FÊTES DU SACRE
Je passai dans le mois d'août de cette année la revue d'inspection des dragons et des chasseurs de la garde à Fontainebleau et à Melun; le lieutenant général vicomte Digeon étant venu me rejoindre dans la première de ces villes pour faire la clôture de l'inspection et passer la revue d'honneur, il fit réunir huit escadrons de ces deux régiments dans la plaine de Chailly, où je les exerçai pendant quatre heures aux grandes manœuvres, qui furent beaucoup mieux exécutées que celles que nous commandions devant les princes au Champ de Mars pendant le temps du service de ces régiments à Paris; mais aussi à Chailly le terrain était plus favorable.
Ces inspections étant terminées et le travail d'écriture qui en est la suite ayant été expédié par moi au lieutenant général, je me trouvai libre pour l'époque de l'ouverture des chasses, et je me rendis promptement à Chaltrait, terre appartenant à mon frère atné et aux environs de laquelle je possédais moi-même d'assez beaux bois. Je comptais y passer deux mois à chasser du matin au soir; mais après avoir pris ce fatigant plaisir pendant quelques jours, je fus atteint d'une maladie sérieuse : c'était une fièvre bilieuse, nerveuse, pernicieuse, ataxique, putride, maligne, typhoîdique, que sais-je encore! avec complication d'irritation et d'inflammation du foie et de l'estomac, qui me mit bien vite sur le bord de la tombe. Cependant la force de mon tempérament me sauva de ce danger, malgré les soins de deux médecins de village qui disputaient à la fièvre la gloire de me tuer; mais soit l'effet et la suite de leurs remèdes mal appliqués, soit que le terme de la bonne santé dont je devais jouir dans cette vie fût arrivé, je n'ai jamais pu me relever complètement d'une si rude secousse, et cette maladie, d'abord si violente et aiguë, tourna à l'état chronique, et depuis cette époque j'en suis resté fort souffrant et fort abattu, avec des embarras au foie et des maux d'estomac qui ne m'ont plus permis de jouir de rien dans ce monde.
lieutenant aux mousquetaires gris en 1814, colonel des grenadiers à cheval de la garde et maréchal de camp le 18 août 1814, pair de France le 17 août 1815, ministre de la marine du 14 décembre 1821 au 3 août 1824, lieutenant général le 4 janvier 1822, ministre de la guerre du 11 août 1824 au 4 janvier 1828; admis à la retraite le 19 août 1831.
Je fus nommé au commencement de cette année, par le ministre de la guerre, membre d'une commission d'administration destinée à régler les rapports et les attributions des intendants militaires, soit avec les officiers généraux, soit dans l'armée active, et plus tard le même ministre me nomma président d'une commission qui devait examiner les causes d'insalubrité des écuries de la caserne de Beauvais et proposer les mesures nécessaires pour y remédier; mais ma santé qui était toujours dans l'état le plus fftcheux me fournit dans ces deux circonstances une raison, malbeureusement trop bien fondée, pour m'excuser de faire partie d'aucune de ces commissions.
J'es.sayai néanmoins de faire mon service actif dans la garde royale pendant les mois de mai et de juin, mais je fus de nouveau pris par la fièvre, qui cette fois fut moins dangereuse et dont je me débarrassai promptement avec quelques doses de sulfate de quinine ; je repris heureusement, dans le cours de Tété, assez de force pour vaquer aux affaires de notre division; je dis heureusement, parce que j'y étais le seul officier générai; le vicomte Digeon était tombé très gravement malade à cette époque, et le général Talon avait été envoyé à Pétersbourg à la suite du maréchal Harmont, duc de Raguse, chargé par le Roi d'assister au sacre de l'empereur Nicolas; j'avais donc le commandement et l'inspection des quatre régiments de notre division, et tout me portait à croire que je le conserverais longtemps, lorsque la maladie de notre malheureux lieutenant