DÉFECTION DES TROUPES
de la barrière, qui était fermée et barricadée, et je fus forcé de la faire enfoncer à coups de canon, tandis que je détachais un bataillon sur ma droite pour tourner la montagne des Bonshommes en gravissant les hauteurs du palais du roi de Rome, d'où un feu assez lent était dirigé contre nous; dans le même instant, un peloton des chasseurs de la garde engageait avec beaucoup de résolution une charge dans les rues de €haillot; nous fûmes promptement maîtres de toutes ces positions, et là comme la veille dans Paris, aucune troupe réunie ne se présenta pour lutter corps à corps contre nous; les insurgés se contentaient de tirailler, en se cachant et en se mettant à l'abri autant qu'ils le pouvaient; cette escarmouche ne fut meurtrière ni de part ni d'autre; le général baron de Druault (1), qui s'était rallié, comme volontaire, à ma colonne, montra de la vigueur dans cette attaque; le chef de bataillon Loqueneux (2), du !•' régiment, se fit remarquer par son intrépidité et par la manière dont il enleva sa troupe ; déjà la veille il avait été blessé, près la rue Saint-Denis, d'un coup de fusil chargé de plomb de chasse. Le 1*' régiment, malgré les mauvaises dispositions qu'il avait manifestées au moment du départ, fit bien son devoir.
Ce point nettoyé, je ne trouvai plus d'obstacle dans ma marche; une barricade était construite à l'embranchement de la grande route de Sèvres et du chemin qui se dirige sur Auteuil , mais elle fut totalement abandonnée à notre approche, et j'occupai Auteuil et Passy sans éprouver de résistance : à la sortie de ce dernier endroit, je fis une halte de rafraîchissement pour l'infanterie, que la grande chaleur avait déjà bien
(1) Druault (Louis-Paul))» né 29 janvier 1763 à la Basse-Terre (Guadeloupe), 80U8-lieu tenant à la suite du régiment do la Martinique !•' septembre 1879; lieutenant au !•>' chasseurs de la Martinique, 16 octobre 1788 ; émigré en 1793; major aux chasseurs anglais de la Guadeloupe 17 septembre 1793; sert dans Tarmée anglaise jusqu'au 1*' juillet 1814; colonel 13 janvier 1815 ; eolonel du 2* d'infanterie de la garde royale le 8 septembre 1815; maréchal de camp le 23 janvier 1819; retraité le 20 août 1830.
(S) Loqueneux (André- Joseph), né à Saint^Souplet (Nord) le 31 octobre 1786, soldat au 17* d'infanterie le 23 avril 1802, sous-lieutenant au 17* dlnfanterie le 8 mars 1807, chef de bataillon au l*' régiment d'infanterie de la garde royale le 29 octobre 1828.
fatiguée; nous n'entendions plus tirer que faiblement et de loin en loin dans la direction de Paris, et je me flattais d'une pacification que je désirais bien ardemment. Je remis la troupe en marche après un repos d'une demi-heure; je comptais rentrer à Paris par la barrière de l'Étoile et les Champs- Elysées, mais au moment où j'allais arriver à l'Arc de triomphe, je rencontrai le régiment des dragons de la garde, qui venait de sortir de Paris et se mettait en bataille sur ce point; beaucoup d'autres troupes, assez mal en ordre, sortaient également de Paris se dirigeant sur l'entrée du bois de Boulogne, et j'appris là, par les officiers de dragons, les tristes événements qui venaient d'avoir lieu; un instant après, je rencontrai le duc de Raguse qui me donna l'ordre de diriger ma colonne sur Saint-Cloud (1).
(i) Extrait de l'historique du i*' régiment d^infanterie de la garde royale. Le 27 juillet, le i*' bataillon monta la garde au châteaa des Tuileries et de Saint-Cloud, comme de coutume.
Le 2« bataillon, ou plutôt un piquet de 500 bommes, alla vers quati^ heures du soir prendre position sur le boulevard de la Madeleine près le ministère des affaires étrangères; il rentra à la caserne à une heure da matin sans avoir eu aucune affaire.
Le même jour, un détachement de 30 hommes était de piquet à l'étatmajor; ce détachement a fait déjà plusieurs sorties pour apaiser les troubles et dissiper les rassemblements. Jusque-là les sorties avaient été assez paisibles, quoique plusieurs hommes aient été atteints par des pierres. Sur ravis donné par l'état-major que la maison Perrin-Lepage, armurier rue do l'Ëchelle, est assaillie à coups de pierres, le commandant avec 15 hommes reçoit l'ordre de s'y porter. Un détachement de lanciers y est aussi envoyé. Les lanciers mettent en fuite les assaillaots et sont assaUUs eux-mêmes par une grêle de pierres ; le détachement continue sa route malgré une barricade, entre dans la rue Saint-Honoré, et reçoit aussi des coups de pierres ; deux hommes sont blessés par des coups de feu ; Tofficier qui conduit le détachement fait tirer; un renfort de lanciers arrive et met en fuite de nouveau le rassemblement et tout rentre dans l'ordre.
Le 28 dès huit heures du matin, le 2* bataillon, qui devait aller à Saint- Cloud monter la garde, reçoit l'ordre d'aller aux Tuileries; en y allant il reçoit l'ordre de se porter vers le Palais-Royal; il y resta toute la journée.
Le poste des Tuileries fourni par le !•' bataillon ne fut pas relevé. Le 3* bataillon et tout ce qui restait des l*' et 2« bataillons furent dirigés sur le boulevard de la Madeleine; il parcourut tous les boulevards jusqu'à la place de la Bastille. Arrivé devant le théâtre du Gymnase, le détachement trouva une barricade qui fut franchie ; il essuya plusieurs coups de feu venant de la rue Bonne-Nouvelle.
A la porte Saint-Denis le détachement était au repos, l'arme au pied, lorsque des hommes postés dans l'intérieur de la porte Saint-Denis tirèrent sur lui ; on flt éclairer ce monument et on en fit descendre ceux qui