‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 198 sur 218 · ÉVACUATION DE PARIS · texte numérisé non relu

ÉVACUATION DE PARIS

Tuileries avec deux régiments d'infanterie de la garde, deux de cavalerie et six pièces de canon, et de m'y établir militairement, tandis qu'une autre brigade de la garde occuperait la place Louis XV et les Champs-Elysées jusqu'à la barrière de l'Étoile, afin de maintenir libre les communications entre les Tuileries et Saint-Cloud. Ce plan n'est pas adopté, malheureusement pour Charles X et ses successeurs légitimes, car s'il l'avait été, ces princes, en sacrifiant le ministère Polignac et quelques autres inutilités, seraient restés sur le trône. Dans cet entretien, le Roi me donne à entendre qu'il me destine le commandement supérieur de Paris.)

Je fus appelé dans la matinée du lendemain 30 chez M. le Dauphin, où le Roi se trouvait au même moment; ces princes me firent part de leurs inquiétudes sur les difficultés que pouvait rencontrer Mme la Dauphine, alors en route pour revenir de Dijon à Saint-Cloud, et M. le Dauphin, en me remettant une lettre pour elle, me donna l'ordre (1) de partir dans

Berry , à peu près habillée en homme ; elle me tendit fort gracieusement la main« que je m'agenouillai presque pour baiser.

Cinq ans après, & Prague, quand elle me trouva près de son flls comme gouverneur, une des premières choses qu'elle me dit fut de me demander si je me rappelais le grand escalier de Saint-GIoud. On ne peut imaginer avec quel empressement je lui répondis que c'était là im de ces moments qu'on n'oubliait jamais. « Eh bien ! me dit-elle, recommençons » ; et avec un sourire très aimable et un geste plein de grâce^ elle me tendit la main, que je reçus comme à Saint-Cloud. (Note de Vauieur.)

(1) L'ordre écrit par l'état-major général de la garde était ainsi conçu :

< Saint-Qoad, 30 juillet 1830.

« Mon Général,

« En vertu des ordres de 8. A. R. M. le Dauphin, que M. le maréchal me charge de vous transmettre, vous devez partir demain à la pointe du jour avec le régiment des dragons de la garde pour aller attendre S. A. R. Mme la Dauphine & la Croix de Bemy. Une voiture destinée & ramener à Saint-Cloud Son Altesse Royale partira avec vous.

« Vous attendrez Mme la Dauphine jusqu'à lundi matin, à moins qu'il ne vous parvienne des renseignements certains que Son Altesse Royale s'est décidément arrêtée et dirigée d'un autre côté ; on aura soin de vous faire parvenir de nouveaux ordres si M. le Dauphin a un avis contraire, et Son Altesse Royale vous remettra ce soir une lettre pour Mme la Dauphine.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

« Signé : L'aide-major général de service,

« Marquis db Ghoiseul* »

la nuit avec le régiment de dragons de la garde pour aller au-devant de cette princesse vers le pont de Choisy-le-Roy, protéger son passage et la ramener à Saint-Cloud. Notre départ de ce dernier endroit pour Trianon et ensuite pour Rambouillet, qui fut résolu dans la soirée, empêcha qu'il ne fut donné suite à cette mission, pour le succès de laquelle j'avais déjà reçu les instructions les plus détaillées de M. le Dauphin et de Tétat-major général de la garde royale.

Le même jour, voyant que tout était tranquille sur notre ligne, je remontai au château pour recevoir les dernières instructions relatives à mon départ avec les dragons; on venait de lire à tous les corps de la garde un ordre du jour du maréchal duc de Raguse qui leur apprenait que le Roi était entré en arrangement avec le gouvernement provisoire de Paris; d'après les termes de cet ordre, nous dûmes supposer que tout tendait à une prompte pacification et qu'il ne serait plus question de guerre civile.

En entrant dans la cour du château, je fus abordé par un officier supérieur de dragons de la garde qui me raconta avec une vive émotion que la plupart des colonels d'infanterie delà garde s'étaient réunis et avaient été prévenir M. le Dauphin qu'ils ne pouvaient plus répondre du bon esprit de leurs hommes. D'après ce qui m'était arrivé à moi-même la veille au moipent de mon départ de la place Louis XV, cette nouvelle ne me surprit pas, mais supposant en conséquence de l'ordre du jour (1) dont je viens de parler (du duc de Raguse) qu'un arrangement pacifique était conclu avec Paris, je n'en fus pas aussi alarmé que j'aurais dû l'être, et j'entrai à l'étatmajor général pour y prendre les ordres qu'on devait me donner; mais il paraît que cette démarche des colonels avait changé les projets du Roi, et avait décidé le prompt départ de Saint-Cloud, probablement dans l'idée d'éloigner des séductions de Paris des troupes déjà mal disposées : j'appris donc du chef d'état-major qu'au lieu d'aller au-devant de Mme la Dauphine, je devais quitter mon bivouac à minuit pour me

(1) Détails que je tiens de Talon sur cet ordre du jour qui motive son refus de prendre le commandement.

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