DÉPART D£ VERSAILLES
porter sur Trianon à la tête des troupes qui m'étaient désignées, et auxquelles on donnait le titre d'escorte du Roi.
Cette marche de nuit sur Trianon, du 30 au 31, fut parfaitement tranquille; mais on put déjà remarquer quelques désertions dans l'infanterie de la garde, et dans la journée du 31, au pont de Sèvres, des bataillons refusèrent à M. le Dauphin lui-même, qui était resté là pour les commander, de marcher contre les Parisiens insurgés qui s'y étaient présentés et y avaient pris position; une compagnie d'infanterie de la garde passa de leur côté avec une pièce de canon, et un bataillon du 1*' régiment suisse de la garde suivit ce honteux exemple; le reste de ce régiment fut mis sous mes ordres en arrivant à Trianon, et c'est alors que j'appris la défection d'un de ses bataillons. Je courus rendre compte de ce fait à M. le Dauphin, croyant lui en donner la première nouvelle : < Je le sais bien, me répondit ce prince, car ils ont passé à l'ennemi sous mes yeux. >
En entrant dans Versailles, avant d'arriver à Trianon, j'aperçus dans la rue un bourgeois avec un fusil sur l'épaule, et comme je donnais l'ordre à un officier de le faire désarmer, cet homme, qui m'avait entendu, dit à haute voix : c Oh ! soyez tranquille, je n'en veux pas faire un mauvais usage, ni m'en servir contre vous; c'est seulement pour le duc de Raguse, et si je le rencontre, je lui ferai son affaire. > Voilà le bon usage qu'il prétendait en faire.
Versailles était aussi mal disposé que Paris pour le Roi : au moment d'y arriver, le général Ducoëtlosquet, qui marchait, en amateur, avec ma colonne, me raconta dans le plus grand détail une scène qui, la veille au soir, avait eu lieu dans la salle des gardes à Saint-Cloud, entre M. le Dauphin etle maréchal duc de Raguse, à propos de l'ordre du jour donné par ce dernier et dont j'ai parlé plus haut. Au dire du général Ducoëtlosquet, des paroles violentes s'étaient échappées de la bouche du prince, et entre autres le mot « trattre » fut proféré à plusieurs reprises : à la suite de cette scène, le maréchal, par l'ordre du Dauphin, fut arrêté et son épée lui fut retirée; mais le Roi, peu d'instant après, l'ayant fait appeler dans son
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cabinet la lui rendit, en présence de M. le Dauphin. Je ne puis émettre d'opinion sur ce fait, parce que je n'y étais pas présent, mais ce que je puis affirmer, c'est qu'un moment avant d'arriver i Versailles, ayant aperçu le maréchal sur le chemin que nous suivions, j'allai lui demander ses ordres* comme au major général de service de la garde royale, pour la direction et l'emplacement de mes troupes, et qu'il refusa de m'en donner en me répondant qu'il ne commandait plus rien et ne se mêlait plus de rien; et comme j'insistais, il me dit formellement que la manière dont il avait été traité la veille par M. le Dauphin ne lui permettait plus de servir où ce prince comjnandait. A cela, je lui fis observer que nous nous trouvions dans des circonstances à faire abnégation de tout sentiment personnel, et i servir, quand même, de tous nos moyens, la cause du Roi; mais je ne gagnai rien sur lui, et la nuit suivante, étant allé, lors de mon arrivé à Rambouillet, le réveiller dans un petit pavillon isolé où il s'était réfugié avec ses aides de camp, et lui ayant de nouveau demandé ses ordres, il me fit absolument la même réponse que le matin, et me laissa libre d'agir à ma volonté.
Nous restâmes peu d'heures à Trianon; les agents de la révolte qui parcouraient nos bivouacs à Saint-Cloud, et les espions envoyés par le gouvernement de Paris, nous poursuivaient à Trianon et à Versailles, et employaient vis-à-vis de nos troupes tous les moyens d'embauchage et de séduction ; pour échapper à ce danger, il était nécessaire de mettre une plus grande distance entre Paris et notre petite armée; les meilleurs serviteurs du Roi conseillèrent donc de pousser plus loin, et vers trois heures après midi, un officier de l'étatmajor de M. le Dauphin vint me demander de la part du prince si ma troupe était en état de marcher encore ce jour-là. Nous avions fait une si petite marche pour venir de Saint-Cioud que je n'hésitai pas à répondre affirmativement, et quelques minutes après, je reçus l'ordre de me metfare en route pour Rambouillet.
La marche était forte (environ huit lieues de poste), surtout en partant si tard : mais je n'avais presque que de la cavalerie