RETRAITE SUR RAMBOUILLET
avec moi, et il est reconnu que les chevaux suivent toujours lorsque les cavaliers le veulent bien ; quant aux deux faibles bataillons qu'on m'avait donnés, ils avaient rarraichi assez longtemps à Trianon, après leur arrivée de Saint-Cloud, pour entreprendre une nouvelle marche.
J'arrivai à Rambouillet entre minuit et une heure, le i*' août, avec toute ma cavalerie et une partie de l'infanterie, dont le reste rejoignit dans la journée, ou ne reparut plus; j'appris plus tard que dans les autres corps d'infanterie de la garde il y avait eu des désertions assez nombreuses pendant cette marche de nuit.
£n entrant à Rambouillet, je ne trouvai personne pour m'indiquer le placement des troupes, ni postes établis en avant de cette ville pour la sûreté du Roi qui y était depuis quelques heures avec les gardes du corps ; la cour se croyait en pleine paix. Je fis entrer provisoirement mes troupes dans le parc, où elles finirent par établir tout à fait leur bivouac, et nous restâmes jusqu'au départ, quoique la position ne fût pas celle qu'aurait dû occuper la cavalerie; mais personne ne donnait d'ordres.
Cependant j'avais couru au château pour prendre langue et demander des instructions, mais il était trop tard, et je ne trouvai personne pour m'en donner; ce fut alors que j'allai réveiller le duc de Raguse, qui ne m'en donna pas davantage, et je pris le parti de placer, tellement quellement, des petits postes avancés sur les routes de Pontchartrain, Cognières et Épernon, pour être du moins à même de reconnaître ce qui arriverait par ces divers chemins.
Je pensais qu'au point du jour l'emplacement des troupes serait rectifié; il n'en fut rien : personne ne se mêlait de ces détails, et la cavalerie resta bivouaquée dans le parc, bien fermé de fossés et de murailles, et qui était militairement la position à faire occuper par l'infanterie, tandis que cette dernière était bivouaquée dans un pré à l'entrée de Rambouillet, sur la gauche de la route en arrivant de Paris; elle y était entassée et dans la plus mauvaise position.
Mme la Dauphine arriva dans la matinée; le lieutenant
général Foissac-Latour, arrivant de Normandie, nous rejoignit également ; il avait commencé par aller nous chercher au ch&teau de Saint-CIoud, et n'y avait rencontré que les insurgés parisiens, par lesquels il avait même été sur le point d'être fort maltraité, bien qu'il n'en fût pas connu; mais il paraissait chercher le Roi .et la garde royale, et c'était effectivement plus qu'il n'en fallait pour leur être suspect.
M. le Dauphin, en vertu du commandement que j'avais dans la garde royale, avait mis sous mes ordres, depuis notre établissement à Rambouillet, le général de Montgardé (1) avec le i8* régiment de chasseurs à cheval, qui se trouvait à Épernon, sur la route de Chartres, et avec lequel j'avais lié communication par un poste placé au Buissonnet; ce régiment paraissait bien disposé, ainsi que son colonel, le comte de Beaumont, et comme la division de cavalerie légère de la garde était excellente et à son grand complet, et que j'ignorais la désorganisation et la défection de la division de grosse cavalerie commandée par le lieutenant général Bordesoulle, je pensais que le Roi pouvait compter encore sur une belle et nombreuse cavalerie; j'espérais aussi que celle du camp de Lunéville allait nous rejoindre; je savais du moins qu'elle en avait l'ordre : je ne balançai donc pas à émettre l'avis, dans nos réunions et nos causeries des salons de Rambouillet, d'occuper les plaines de la Beauce avec ces masses de cavalerie, d'y rallier tout ce qui, dans l'armée, resterait fidèle à ses serments, et ainsi établis dans une riche et fertile province, de lier nos communications avec la Vendée et de menacer Paris»
J'eus lieu de croire que, dans le conseil du Roi, on penchait à adopter ce plan, et je pressais vivement pour qu'au moins on prtt tout de suite un parti, car la désertion augmentait dans une proportion eff'rayante parmi l'infanterie campée à
(1) De Montgardé (Marie-Mathurin-Henry), né à Versailles le 9 janvier 1772, surnuméraire daos la compagnie de chevau-légers de la garde du Roi !•' janvier 1786, sert à l'étranger du 2 juin 1792 au 19 août 1805, aide de camp de Léopold Berthier le 5 octobre 1806, chef d'escadron en 1809, sous-lieutenant à la compagnie de chevau-légers le 1*' juillet IMI, colonel le 19 août 1814, maréchal de camp le 13 décembre 1821, retraité le 5 ami 1832.