‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 20 sur 218 · CAPITULATION DE BLUCHER · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE BLUCHER

sâmes la nuit, pour nous reposer et la préserver de tout accident; nous eûmes le bonheur d'y parvenir.

Le lendemain matin, le général Blùcher, se trouvant acculé sur le territoire danois (1) avec une armée découragée par une longue retraite et les pertes énormes qu'elle avait faites la veille, signa une capitulation d'après laquelle il défila à la tête de ses troupes, et mit bas les armes devant l'armée française commandée par le prince Murât et les maréchaux Bernadotte et Soult.

Cette armée prussienne avait encore au moins 12,000 hommes de bonne infanterie, sans compter une multitude d'isolés et de traînards, une nombreuse artillerie et très bien servie, et 6,000 hommes de très belle cavalerie, bien montés et qui s'étaient peu battus; je n'ai jamais compris pourquoi cette cavalerie, au lieu de mettre pied à terre et de nous livrer ses armes et ses chevaux, comme elle le fit très exactement, ne se jeta pas sur nos derrières pour nous faire une guerre de partisans qui nous aurait fort embarrassés; elle le pouvcùt facilement.

Nous prtmes aussi dans le port de Lubeck 1,200 hommes d'infanterie, tous grenadiers de la garde royale suédoise; ils étaient embarqués depuis plusieurs jours pour retourner chez eux; mais ils n'avaient pu sortir du port et furent pris sur leurs bateaux sans s'être battus; leurs armes étaient même emballées dans des caisses au moment où ils se rendirent prisonniers.

Cette affaire de Lubeck terminée, nous parcourûmes le pays en vainqueurs, mais sans désordre; nous nous dirigeâmes d'abord sur Wismar, où nous fûmes très bien reçus, et de là sur Schwerin, où le duc régnant de Mecklembourg, qui y tenait sa cour, nous reçut avec autant de prévenance et d'amabilité qu'au fond de l'âme il avait d'aversion pour nous; le maréchal Soult, ainsi que son état-major, dtna en grande

(i) Le soir de la prise de Lubeck, les troupes françaises et prussiennes échangèrent quelques coups de sabre avec les troupes légères danoises, qui défendaient l'entrée de leur territoire également contre les deux nations; nous leur fîmes même quelques prisonniers.

cérémonie à la table de Son Altesse Sérénissime; nous y fûmes servis par ses pages, ce qui ne me consola pas de faire un assez mauvais dtner; les dames d'honneur de la duchesse étaient d'ailleurs vieilles et laides, excepté une; le duc avait avec nous des manières familières et souvent triviales.

Nous restâmes cinq jours dans cette ville, qui me parut jolie et bien peuplée; nous nous y délassâmes de la campagne qui venait de finir, et que des marches forcées continuelles- avaient rendue très fatigante; depuis notre départ de Passau, nous avions pris bien peu de repos, et celui qu'on nous accorda aux environs de Schwerin fit le plus grand bien â notre corps d'armée.

Nous en partîmes le 15 novembre, en nous dirigeant sur Berlin; le maréchal avec son état-major y devança les troupes, et nous y arrivâmes du 16 au 17 novembre.

Cette ville, quoique occupée par l'armée victorieuse, était gaie et très animée; elle me parut, au milieu des mêmes circonstances, beaucoup plus agréable que Vienne, et aussi offrir plus de ressources aux plaisirs des étrangers; presque toute l'armée française y passait successivement; cette armée était superbe et enivrée de ses succès, dont les Prussiens ne pouvaient revenir; les badauds de Berlin étaient confondus de voir que nos soldats étaient plus petits que les leurs; d'après ]a bataille d'Iéna et les grands succès qui en avaient été la suite, ils s'attendaient â voir en nous des géants; on ne peut se faire une idée de la terreur que nous leur inspirions, et j'en ai vu qui étaient pénétrés de respect même pour nos palefreniers; ils en sont bien revenus depuis.

Le corps d'armée du maréchal Soult étant arrivera Berlin, y fut passé en revue par l'Empereur, et nous repartîmes le 24 novembre pour Francfort-sur-l'Oder en passant par Fûrstenwald.

De Francfort, nous entrâmes dans la Pologne prussienne par Zielenzig et Meseritz; le spectacle qui s'offrit â nos yeux en arrivant dans ces deux villes était vraiment étonnant; tous les hommes en état de porter les armes s'étaient armés, chacun à sa manière; ils se formaient en bataillons pour nous

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