‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 201 sur 218 · RETRAITE SUR RAMBOUILLET · texte numérisé non relu

RETRAITE SUR RAMBOUILLET

Rambouillet, et j'appris bientôt, par le comte de BordesouUe lui-même, qui arriva tout seul, que sa division entière l'avait quitté successivement pour faire sa soumission au nouveau gouvernement, à l'exception d'un certain nombre d'officiers.

Au moment où notre mouvement sur Chartres paraissait décidé, je reçus du général baron de Hontgardé un rapport par lequel il me rendait compte que laville de Chartres, qu'il s'était chargé d'occuper avec le i8* régiment de chasseurs à cheval, venait d'arborer le drapeau tricolore » que le préfet avait été forcé d'en sortir, et qu'il s'y était formé des attroupements que la garde nationale contenait difficilement : ce général faisait remarquer qu'il y aurait de l'imprudence à vouloir pénétrer dans cette ville avec de la cavalerie seulement, en cas de résistance de la part des habitants.

Je courus porter ce rapport à l'état-major général; les mauvaises nouvelles y arrivaient de tous côtés : le 5* régiment d'infanterie de la garde, assiégé dans sa caserne à Rouen par la populace, avait capitulé, et le colonel de ce corps rapportait son drapeau au Roi; on n'avait pas de renseignements favorables sur la marche des camps de Lunéville et de Saint- Omer, mais, par contre, on savait que la plupart des corps de l'armée, en garnison dans un rayon de quarante à cinquante lieues de Paris, reconnaissaient le nouveau gouvernement établi à Paris et lui obéissaient; l'infanterie de la garde, déjà si peu nombreuse, s'affaiblissait encore à chaque instant par la désertion qu'on n'essayait même plus d'arrêter; les soldats partaient en plein jour, en disant hautement qu'ils allaient au pays, et en s'efforçant de débaucher leurs ccmiarades (il en. désertait néanmoins encore plus pendant les nuits); au peu d'hommes qui restaient sous les drapeaux, et avec cette monomanie de désertion, il était facile de calculer que dans peu de jours il ne resterait autour du Roi que quelque cavalerie avec les gardes du corps et un assez grand nombre d'officiers isolés, troupe inutile et même embarrassante.

Ce fut sans doute alors, d'après toutes ces considérations (appuyées peut-être aussi de quelques motifs secrets qui ne

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sont pas venus à ma connaissance), que le Roi et son auguste fils eurent pour la première fois la pensée d'abdiquer; dans ces tristes circonstances, j'eus plusieurs fois l'honneur d'être appelé auprès d'eux, surtout par M. le Dauphin, et je fus à portée de me convaincre de la noblesse et de la grandeur de leurs sentiments; ils sacrifièrent leurs droits à l'espoir d'assurer par ce moyen à M. le duc de Bordeaux le trône qui semblait leur échapper; mais avant d'en venir là, j'entendis plus d'une fois le Roi, qu'on s'effrayait de voir rester inactif dans Rambouillet, et que l'on pressait de prendre un parti quelconque, répondre avec fermeté : t Non, j'attendrai la révolte ici, et je saurai mourir en roi. > Sa Majesté ne changea de sentiment à cet égard que lorsqu'on lui eut fait observer que la vie, si précieuse, de M. le duc de Bordeaux et celle des prio* cesses de la famille royale pouvaient être compromises dans le désordre qui suivrait une attaque sur le château de Rambouillet, avec le peu de moyens de défense qui nous restaient : cette considération dut faire une profonde impression sur Charles X, et je pense que c'est elle qui, en définitive, le décida à abdiquer, et ensuite à abandonner tout projet de résistance dans Rambouillet, dont la position, avec notre petit nombre d'hommes, n'était pas tenable contre une attaque sérieuse.

J'ai rencontré bien des gens, et j'ai lu bien des articles de journaux royalistes qui établissaient que le Roi, à Rambouillet, avait encore 12,000 à i 5,000 hommes de troupes de la garde royale, d'une fidélité éprouvée, et prêts à tout entreprendre pour ramener Sa Majesté à Paris et pour exécuter toute autre opération militaire; j'ai laissé dire. A quoi bon divulguer notre faiblesse dans ces pénibles moments, et la démoralisation qui avait atteint une bonne partie des corps de la garde? Ce n'est pas cependant que j'aie jamais douté qu'avec quelques pièces d'artillerie, les quatre régiments de cavalerie légère de la garde et les gardes du corps (et certes nous pouvions hardiment compter sur ces troupes) nous n'eussions facilement culbuté et mis en déroute les prétendus 80,000 hommes venant de Paris; mais à quoi cela eût-il servi?

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