‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 202 sur 218 · RÉSISTANCE IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE IMPOSSIBLE

nous ne les aurions ni tués ni faits prisonniers, car dans ce dernier cas, qu'en faire, et comment les garder? Nous ne nous serions pas plus trouvés en mesure, avec si peu de troupe, et seulement de la cavalerie, de rentrer dans Paris au milieu des barricades et de cette immense population exaspérée contre nous; ce ridicule combat et cette victoire sans but ni gloire n'auraient fait qu'envenimer les haines et irriter encore davantage les mauvaises passions de la populace contre le Roi et sa famille, tandis qu'avec de la modération on pouvait encore conserver l'espoir, en ayant le duc d'Orléans pour lieutenant général du royaume, de voir H. le duc de Bordeaux arriver au trône, sans guerre civile; c'était, avec quelques légères différences, recommencer la minorité de Louis XY.

Peut-être avec les 5,000 à 6,000 hommes restés fidèles aurait-on pu essayer d'arriver dans la Vendée et de lui faire prendre les armes. Mais ce projet qu'on pouvait tenter d'exécuter avec le Roi et le Dauphin seuls, marchant militairement à notre tète, était-il possible de s'y risquer avec Mme la Dauphinef Mme la duchesse de Berry et les deux jeunes princes ses enfants, qu'il aurait fallu sans cesse escorter et protéger contre des populations insurgées? Et encore, qui pouvait prévoir, ou, pour mieux dire, qui n'aurait pas prévu les nombreuses défections que nous allions éprouver pendant une route de quarante à quatre-vingts lieues, sans argent pour solder sa troupe et pour la faire vivre, et entourés des tentatives d'embauchage et des séductions de tout genre qu'on aurait lancées au milieu de nos rangs et qui, en nous faisant perdre tous les jours une partie de nos moyens de défense, devaient promptement amener l'instant où le Roi et sa famille resteraient sans protection suffisante, à la discrétion de leurs ennemis d'autant plus acharnés contre eux que la guerre civile aurait été plus prolongée et plus sanglante? Croit-on aussi que le gouvernement révolutionnaire établi à Paris nous aurait laissés tranquillement continuer notre marche vers la Vendée et le menacer ainsi d'une opposition armée qui aurait pu lui devenir redoutable? Non, sans doute, et son ministre de la guerre déjà reconnu ouvertement ou tacitement par la

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plupart des corps de l'armée, et qui envoyait des ordres et des sommations jusqu'au milieu de nos rangs à Rambouillet, ne nous aurait-il pas d'avance, au moyen des télégraphes et des ofiBciers et courriers envoyés dans ce but, fait fermer l'entrée des villes et le passage des rivières qu'il nous fallait traverser pour pénétrer jusqu'au Mans, à Laval, Angers ou Vannes?

Mais ces villes mêmes nous les aurions trouvées déjà et de leur propre mouvement armées, par l'impulsion du parti libéral ou républicain, contre l'autorité du roi légitime et préparées à le traiter en ennemi; notre marche n'aurait donc été qu'une lutte continuelle, et avec quels moyens pour la soutenir?

Je pourrais énumérer ici bien d'autres faits qui viendraient à l'appui de mon opinion et feraient juger plus sainement qu'on ne l'a fait en France notre position militaire et financière du i*' au 3 août à Rambouillet, mais ce sujet est trop pénible à traiter, et je dois me borner à dire ici avec la plus douloureuse conviction, avec la honte la plus profonde pour la faiblesse, l'insouciance et la lâcheté du parti royaliste, qu'il n'y avait plus moyen en ce moment de sauver la monarchie légitime en France; peut-être même aurait-on déjà subi ce résultat le 29 juillet, quand la garde royale avait évacué Paris; mais s'il y avait encore, après ce funeste événement, une chance de salut pour la royauté de Charles X, c'était de partir directement, ce même jour 29, de l'Arc de triomphe de l'Étoile pour se porter à marches forcées sur la Vendée, où l'on se serait fait précéder par des agents dévoués et jouissant de quelque influence dans le pays, afin de trouver en arrivant les populations déjà soulevées, armées et prêtes à commencer la guerre en ayant le Roi à leur tête, et appuyées de la cavalerie et de l'artillerie de la garde royale et des gardes du corps. Quel point de ralliement pour tous les royalistes dispersés en France! Mais après les funestes haltes de Saint-Cloud et de Rambouillet» tout moyen de salut était perdu pour la légitimité, si la révolte se refusait à traiter avec elle.

Au reste, le manque total d'argent était un obstacle majeur à tout ce qu'on aurait voulu entreprendre avec Tarmée.

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