COMBATS SUR LA PASSARGE
nant général à la bataille de Salamanque, en Espagne : c'était un de mes amis depuis le camp de Boulogne.
Il n'entrait pas dans le plan du maréchal Soult de conserver cette tète de pont, mais seulement d'empêcher l'ennemi de passer la rivière; après avoir laissé pendant plusieurs heures l'infanterie russe se faire écharper devant notre position, où nous combattions avec beaucoup d'avantages, le maréchal m'envoya porter l'ordre au général Ferey d'évacuer la tète de pont, de repasser la rivière et de détruire, en se retirant, le pont en bois que nous y avions établi; je trouvai nos troupes bien en avant de la tète de pont, où il n'était resté que la réserve, et engagées dans le bois près du château de Lomitten, défendant contre l'infanterie russe le passage d'un ravin, que celle-ci tenta plusieurs fois sans pouvoir y réussir, et où elle perdit bien du monde. Nos hommes étaient échauffés par le carnage; diverses charges à la baïonnette avaient eu lieu, toutes à notre avantage, et malgré les ordres les plus précis, nous ne pouvions leur persuader de se retirer; ils s'y résignèrent cependant avec peine, mais encore avant de rentrer dans la tète de pont, ils se reportèrent plusieurs fois en avant pour montrer à l'ennemi que s'ils se retiraient, c'est qu'ils le voulaient bien; je n'ai jamais vu de plus braves soldats; cette brigade était composée des 46* et 57* régiments d'infanterie de ligne.
Le pont fut détruit sans obstacle, et l'ennemi ayant perdu l'espérance de passer sur ce point, se retira le soir même et disparut totalement dans la nuit.
Je crois que ce mouvement des Russes, le 5 juin, sur notre ligne dont plusieurs autres points avaient été attaqués, mais sans plus de succès, avait pour but d'occuper le maréchal Soult et de l'empêcher de marcher au secours du corps du maréchal Ney qu'ils attaquèrent le même jour à Gutstadt, avec des forces très supérieures, et qu'ils comptaient enlever; mais ce général
Marigny pendant les guerres de Vendée, chef de bataillon le l*' septembre 1793, général de brigaide le il fmetidor an XI, baron de TEmpire le 13 janvier 1809, général de division le S octobre 1810. blessé mortellement à la bataille des Arapyles.
86 retira en fort bon ordre et n'éprouva qu'une perte légère. L'Empereur, qui était à Finkenstein, fut aussitôt instruit de ces événements ; il se rendit promptement, le 6 juin, à Deppen, point sur lequel s'était retiré le corps du maréchal Ney» et réunit toute l'armée sur la Passarge; le maréchal Soult se rendit également à Deppen, pour y prendre ses ordres; je vis là le maréchal Ney, dont tous les bagages avaient été pris, demander en plaisantant au maréchal Soult s'il ne pouvait pas lui prêter des culottes; car, disait-il en riant et en se frappant sur la cuisse, les Russes ne m'ont laissé que celle-là (encore était-ce une culotte de nankin).
Le 7, toute l'armée campa sur la rive droite de la Passarge et le 8, au point du jour, elle était en grande marche sur l'ennemi, qui se retira de tous côtés; le 9, nous étions à Altkirch, où l'Empereur, qui avait passé la nuit à Gutstadt. vint nous joindre le 10 au matin : on ne savait plus où prendre l'ennemi; on avait envoyé des reconnaissances de cavalerie légère dans toutes les directions; le rapport de l'une d'elles, composée de chasseurs à cheval de la garde, fit penser que l'armée russe se retirait sur Heilsberg, et l'armée française y marcha aussitôt; la cavalerie de Murât et l'infanterie du maréchal Soult formant l'avant-garde.
A deux lieues d'Heilsberg, avant d'y arriver, nous trouvâmes l'armée russe en bataille; l'affaire s'engagea aussitôt très vivement; la cavalerie de Murât, après quelques charges heureuses, finit par avoir le dessous; le corps d'armée du maréchal Soult avait affaire à l'infanterie russe, belle et nombreuse; le choc fut violent, mais toujours décisif en notre faveur, et de position en position, nous poussâmes l'ennemi en désordre jusque sur une ligne de redoutes qu'il avait construites à un quart de lieue d'Heilsberg, et dans lesquelles ses troupes se renfermèrent; ce moment nous devint funeste : notre infanterie, animée par ses succès, se précipita sur ces redoutes et en enleva quelques-unes; mais les Russes recevant à chaque instant des troupes fraîches, et protégés par une nombreuse artillerie déposition, nous forcèrent à les évacuer; le carnage fut grand dans cet endroit; j'y reçus à la cuisse