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droite une balle qui me fit une forte cootusion dont je souffris longtemps, et mon cheval fut blessé de cinq coups de feu; il pouvait à peine se traîner au moment où nous nous retirions, et sans un escadron de dragons que je rencontrai fort à propos, et auquel je me ralliai, j'allais être pris par des Cosaques qui me poursuivaient, et sur lesquels ces dragons chargèrent franchement; je ne m'amusai pas à regarder alors ce qui se passait derrière moi, et je me retirai de la bagarre aussi vite que mon cheval put aller; je souffrais d'ailleurs beaucoup de ma blessure.
La division de cavalerie légère du général Lasalle ayant été mise au même instant dans la déroute la plus complète, ce générai n'eut que le temps, pour ne pas être pris, de se jeter dans un carré d'infanterie formé par un bataillon du 105* régiment; Murât et le maréchal Soult s'y trouvaient déjà, car la déroute de notre cavalerie avait été si prompte que chacun s'était jeté où il avait pu : ce carré était débordé par la cavalerie russe qui le cernait de tous côtés; il fit cependant sa retraite en bon ordre et sans être entamé, repoussant par un feu bien nourri toutes les charges de cavalerie qui se présentèrent; si les Russes avaient su quels prisonniers ils pouvaient y faire, ils l'auraient sans doute enfoncé en sacrifiant quelque cavalerie (1).
La nuit mit fin à ce combat sanglant et glorieux pour le
(i) On m'a assuré que, quelques jours avant cette affaire. Murât et le maréchal Soult avaient eu une discussion assez vive sur la prééminence à accorder en campagne à la cavalerie sur l'infanterie, ou à cette dernière sur la cavalerie : Murai tenait pour la cavalerie, et le maréchal pour Tinfanterie; quand ils furent enfermés dans le carré du 105*, d'où l'on voyait la plaine couverte de notre cavalerie en déroute, tandis que ces 500 hommes dlnfanterie se retiraient en bon ordre au milieu de 10,000 cavaliers russes, le maréchal demanda à Murai, en lui rappelant leur discussion, ce qu'il en pensait. J'ignore ce que ce dernier répondit, mais ce que je sais fort bien, par nn de mes camarades qui étaient près de lui, c'est qu'il criait à chaque instant aux soldats avec son accent gascon : « Tenez bon, mes amis, c'est le cas. » (Noie de l'auteur,)
Le soir du combat d'Heilsberg, Murai, reconnaissant que l'infanterie avait triomphé de la cavalerie et se considérant ainsi comme vaincu, envoya au maréchal Soult le sabre qu'il avait porté durant la journée.
Cette arme, qui a figuré cette année à l'exposition de l'Empire, appartient an lieutenant*colonel de Mornay-Soult, marquis de Mornay. {Note iêt éditeur.)
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corps du maréchal Soult, qui, lui-même, y avait eu son cheval blessé d'une balle; nous avions perdu beaucoup de monde, plus qu'à Austerlitz, mais sans résultat.
Je restai au bivouac toute la nuit sur le champ de bataille; j'y souffrais beaucoup, et l'eau-de-vie camphrée dont on me frottait souvent ne me soulageait pas; mais ce n'était le mo* ment ni de se plaindre, ni de s'en aller sur les derrières, et je serais remonté à cheval le lendemain si l'on s'était battu; heureusement la journée se passa à manœuvrer pour tourner les redoutes de l'ennemi, car on savait ce qu'il en coûtait pour les attaquer de front; il les évacua dans la nuit du il au 12; l'Empereur le suivit, avec toute l'armée, sur la route de Friedland; le seul corps du maréchal Soult, qui avait beaucoup souffert au combat d'Heilsberg, fut détaché sur Kônigsberg, et nous arrivâmes dans cette ville le 14.
Deux lieues avant d'y arriver, nous rencontrâmes quelque cavalerie prussienne, qui fut poussée par la nôtre jusque dans les faubourgs de la ville, où des redoutes garnies d'infanterie prussienne ne nous permirent pas de nous établir; nous prîmes un moment après un petit corps russe et prussien de 2,000 hommes qui, arrivant par la route de Branderbûrg pour entrer à Kônigsberg, venait deux heures trop tard : ces troupes ne se rendirent qu'après un combat très vif, et après avoir perdu tout espoir de forcer le passage.
Nous établîmes des batteries autour de la ville, et nous commençâmes à y envoyer des obus; quelques instants après, il s'y manifesta un incendie assez considérable, mais il fut bientôt éteint, et la garnison ne parla pas de capituler, ce qui nous ennuyait fort; car après toutes nos fatigues et nos dangers, une ville aussi grande et aussi riche nous promettait des ressources et des plaisirs dont nous avions grand besoin.
Nous nous établîmes pendant les journées du 14 et du 15 dans un gros moulin situé près d'un petit village appelé Prateln : le pays était bon et riche; l'armée, hommes et chevaux, se trouvait dans l'abondance, mais il nous manquait le luxe, la recherche, et les agréments des grandes villes, et
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tout ce superflu est si aimable qu'on pourrait dire que, pour celui qui en a joui, c'est le nécessaire.
Le 16, au moment où nous nous disposions à emporter la ▼ille de vive force, nous apprîmes que la garnison, ayant reçu dans la nuit la nouvelle de la bataille de Friedland, gagnée par l'Empereur sur l'armée russe, était partie précipitamment; nous y entrâmes aussitôt sans obstacles, et le plus grand ordre y fut maintenu : les habitants eurent sans doute à souffrir des contributions de guerre qui leur furent imposées, mais nullement du pillage ni des autres désordres qui accompagnent quelquefois l'entrée d'une armée ennemie dans une grande ville.
Kônigsberg répondit à l'idée que je m'en étais formée : des femmes charmantes et élégantes; une profusion des choses nécessaires ou agréables à l'homme qui veut bien vivre, une chère excellente, des vins délicieux, des logements commodes et élégants, un assez bon spectacle (quoique allemand), tous les beaux et voluptueux éiablissements des grandes villes, voilà ce que nous y trouvâmes, en sortant des chaumières et des bivouacs que nous habitions depuis cinq mois. On peut juger si tout cela fut bien reçu, et de l'empressement avec lequel nous nous jetâmes sur ces aimables objets dont nous étions privés depuis si longtemps. Nous ressemblions à des marins qui débarquent pour la première fois après un voyage de long cours.
Je me trouvai alors dans une veine de bonheur : le maréchal me témoignait beaucoup de confiance, et j'étais devenu son aide de camp favori.
Une femme charmante, aimable et belle comme une Française et bonne comme une Allemande, avait agréé mes hommages; je me trouvais sous ce rapport le plus heureux des hommes; je n'en dirai pas davantage pour ne pas violer la loi que je me suis imposée à cet égard.
Enfin l'Empereur, en partant de Tilsitt, vint droit à Kônigsberg; il y passa, le 12 juillet, la revue de l'armée du maréchal Soult, qui me présenta à lui en me donnant les louanges les plus flatteuses sur ma conduite dans cette dernière campagne.
et notamment à Lomitten et à Heilsberg : je fus à Tinstant même nommé chef d'escadrons (11 juillet 1807); je comptais en même temps dans l'état-major de la garde impériale, comme aide de camp du maréchal Soult, colonel général de cette garde, ce qui me donnait des appointements considérables*
Mon ami Lameth, qui avait reçu une balle dans le bras au combat d'Heilsberg, fut nommé aussi chef d'escadrons; les grâces de l'Empereur pleuvaient en ce moment sur notre corps d'armée, mais en vérité nous ne les avions pas volées, et on n'en achèterait pas longtemps au même prix.
D'après les conditions du traité de paix, nous devions évacuer Kônigsberg le 25 juillet, avoir repassé l'Oder le 1*' septembre et l'Elbe le l*' octobre ; la première de ces conditions fut seule remplie.
Nous partîmes donc de Kônigsberg le 25 juillet, et le même jour nous allâmes coucher à Braunsberg, où nous restâmes le 26; le 27, nous nous établîmes à Elbing.
Ce pays était si riche que, malgré la guerre qu'on y faisait depuis sept mois et la présence continuelle des armées française, russe et prussienne, tout s'y trouvait encore en abondance : aussi étions-nous fort heureux sous ce rapport, et sans l'extrême désir que nous avions de rentrer en France, nous nous y serions trouvés très bien.
Le maréchal commandait une grande étendue de pays; l'Empereur, en partant, avait laissé sous son commandement une forte:partie de l'armée française, et entre autres la garnison de Dantzig, commandée par le général Rapp; le maréchal alla en passer la revue, et je l'accompagnai dans cette tournée : j'étais alors, comme je l'ai déjà dit, en grande faveur auprès de lui.
Nous fûmes parfaitement reçus, non seulement à Dantzig, mais sur toute la route; j'eus Jieu de juger pendant ce voyage combien la position de l'armée française était heureuse depuis la conclusion du traité de paix : une seule compagnie d'infanterie ou de cavalerie occupait de beaux et riches villages où un régiment entier aurait pu vivre largement; les officiers y étaient parfaitement bien sans qu'il leur en coûtât rien, et ils