‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 32 sur 218 · DÉPART POUR PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

DÉPART POUR PÉTERSBOURG

pouvaient envoyer les trois quarts de leur solde en France ; les soldats n'étaient pas moins bien traités.

Nous restâmes i Dantzig les 17, 18 et 19 août; le 20, nous étions de retour à Elbing, d'où le maréchal m'expédia pour une mission assez importante dont je vais rendre compte.

Je partis d'Elbing le 22 août pour me rendre en courrier i Pétersbourg, auprès de l'empereur de Russie.

Ce voyage précipité avait un but important; le maréchal Soultme remit pour le général Savary, depuis duc deRovigo, alors envoyé extraordinaire (et fort extraordinaire) de France i Pétersbourg, et pour l'empereur de Russie lui-môme, plusieurs dépêches dont je vais tâcher de donner une idée succincte : c'était moi-même qui avais écrit ces dépêches sous la dictée du maréchal.

La police d'Ëlbing, dont plusieurs agents étaient soldés par lui, venait de lui rendre compte des discours virulents qu'un officier prussien, dont je ne me rappelle plus le nom, avait tenus en différentes circonstances, et tout récemment, contre l'empereur de Russie, disant que ce souverain, après avoir laissé sacrifier la Prusse à l'ambition de Napoléon, s'était hâté de conclure la paix avec lui aussitôt que les armées françaises s'étaient approchées des frontières de Russie, et qu'à présent il recherchait l'amitié des Français aux dépens de la Prusse, tandis qu'il aurait dû employer ses derniers efforts à les en chasser par la voie des armes ; mais que cela ne durerait pas longtemps, que les Anglais et les vrais Prussiens sauraient bien y mettre ordre, que l'empereur Alexandre finirait comme son père, etc.

Enfin cet officier tenait des discours assez imprudents pour que le maréchal jugeât à propos de s'assurer de lui; mais quand on se présenta pour l'arrêter dans l'auberge où il avait logé, on apprit qu'il était parti la veille, et on ne put savoir de quel côté il s'était dirigé, mais on pensait qu'il s'était embarqué pour Saint-Pétersbourg.

Le maréchal Soult craignit que cet homme, dont la tête paraissait très exaltée, ne s'y fût rendu pour y tenter un crime horrible; sa politique lui fit aussi penser que l'empereur de

Russie serait sensible à Tintérèt que la France témoignait pour sa conservation, et que cette démarche entrerait aussi dans les vues de TEmpereur, qui» à cette époque, choyait beaucoup le gouvernement russe, qu'il sollicitait vivement de fermer ses ports aux Anglais.

Mes dépèches contenaient donc des renseignements sur l'officier prussien dont je viens de parler et son nom, afin que s'il s'était rendu i Pétersbourg, pn pût le faire arrêter.

J'étais aussi porteur de différentes lettres pour le maréchal prussien de Kalkreuth, alors gouverneur de Kônigsberg, et pour le comte de Goltz, ministre du roi de Prusse, qui était i Memel avec sa cour.

Je partis d'Ëlbing le 22 août, assez bien muni d'argent, dans une bonne calèche, accompagné d'un valet de chambre intelligent. Nous étions tous deux bien armés, car je me faisais une idée assez désavantageuse de la police des grandes routes de Russie, surtout au moment où l'armée russe, venant de rentrer dans ses garnisons, pouvait avoir laissé beaucoup de vagabonds dans les forêts immenses de ce pays et dans les endroits isolés.

Je me trompais entièrement sous ce rapport, et d'Elbing i Pétersbourg, je ne rencontrai rien qui pût me donner le moindre sujet d'appréhension , quoique je courusse jour et nuit.

Je vis en passant i Kônigsberg M. le maréchal de Kalkreuth, que j'eus l'honneur d'entretenir assez longtemps sur le contenu de mes dépèches, qui avaient rapport à quelques légères discussions entre lui et le maréchal Soult sur la fixation des endroits à occuper par les troupes des deux nations.

A Memel, en me rendant chez le comte de Goltz, j'eus l'honneur de rencontrer dans la grande rue de cette ville le roi et la reine de Prusse sans aucune suite ;Ja reine me parut fort belle et d'une grande élégance de tournure et de toilette, quoique simplement mise.

En sortant de chez le comte de Goltz, j'allai chez l'envoyé de la cour de Russie (j'ai oublié son nom). Après que je lui eus montré l'ordre que j'avais de M. le maréchal pour me

Page 1