PERSONNEL DE L'AMBASSADE
Savary et aide de camp de Murai, et Talhouet (1), oflicier d'ordonnance de l'Empereur (depuis colonel du 2« régiment de grenadiers à cheval de la garde, et gendre de M. Roy, le plus riche particulier de France).
Je les connaissais tous trois, mais surtout Berthemy et Faudoas.
Je trouvai là en outre M. Lelorgne d'Ideville (2), faisant fonctions de secrétaire d'ambassade, et M. de Lesseps, consul de France à Pétersbourg; ce dernier me parut fort aimable.
Les premières paroles que m'adressa le général Savary furent pour se plaindre très vivement de ce que, depuis plus d'un mois qu'il était à Pétersbourg, il n'avait reçu aucune nouvelle, ni de l'Empereur ni de la France, pas même de journaux français; je comprends que cela n'était pas commode pour un ambassadeur; je lui remis un paquet de gazettes que le maréchal Soult lui adressait, et sur lesquelles il se jeta avidement.
Quand il eut satisfait sa curiosité, il me parla de la mission qui m'amenait i Pétersbourg, et après avoir lu la lettre que le maréchal Soult lui écrivait, il décacheta celle dont j'étais chargé pour l'empereur de Russie, en me disant qu'il devait en prendre connaissance avant que je la remisse.
Il y trouva une phrase qui lui parut maladroite, et je fus assez de son avis; comme c'était moi qui avais écrit ces dépêches, je grattai cette phrase et mis en place quelques mots insignifiants, après quoi nous recachetâmes la lettre, et
6* chasseurs en remplacement du colonel de Talhouet; emprisonné, puis exilé» à la deuxième Restauration ; colonel du 3« chasseurs le 30 juillet 1823, maréchal de camp le 22 février 1829, lieutenant général le 24 août 1838.
(1) Talhouet (Auguste -Frédéric Bonamour, marquis de), né & Rennes le 8 avril 1788, f le 12 mars 1842, élève à l'École spéciale militaire de Fontainebleau, sous-lieutenant au 15* régiment de chasseurs & cheval, officier d'ordonnance de l'Empereur en 1807, baron de l'Empire le 3 août 1810, colonel en 1812; grièvement blessé pendant la retraite de Russie; maréchal de camp et commandant des grenadiers à cheval de la garde royale en 1815, pair de France le 5 mars 1819, retraité le 17 février 1841.
(2) Lelorgne (Elisabeth-Louis-François, baron d'Idoville), né à Paris le 4 octobre 1780, f 30 mai 1852, auditeur au Conseil d'État sous l'Empire, secrétaire-interprète de l'Empereur. La première Restauration le créa baron, mais ne le maintint pas au Conseil d'hlat ; il y rentra après 1830 ; admis & la retraite comme maître des requêtes le 23 septembre 1851.
•84 HÉMOIRES DU GÉNÉRAL DE SAINT-GHAMANS.
il monta sur-le-champ en voiture pour la porter à l'Empereur, qui était alors dans une maison de campagne (Kamennoi- Ostrow), où il passait l'été; c'était aux portes de Pétersbourg; quant à moi j'allai me reposer, et ce n'était pas sans besoin.
A son retour, le général Savary me dit que l'Empereur voulait me parler, et il m'en indiqua l'heure; c'était pour le lendemain : j'y allai exactement. Le grand maréchal du palais, comte de Tolstoï, m'introduisit auprès de l'Empereur, qui me reçut seul dans un salon petit et assez simplement meublé : mon respect pour ce prince ne me permet pas de rendre compte de cet entretien secret, bien qu'il n'y exprimât que des sentiments dignes de sa grande âme.
Je restai environ une demi-heure avec Sa Majesté, et en me congédiant, elle me ût l'honneur de me dire qu'elle souhaitait que je vinsse prendre ses commissions avant mon départ, que le général Savary lui avait annoncé comme très prochain.
J'avais été prévenu par le général qu'il comptait me donner des dépêches pour l'empereur Napoléon, et qu'ainsi je me rendrais directement à Paris, en passant par Elbing, afin de rendre compte au maréchal Soult de mon voyage, et de lui remettre les dépêches qui me seraient confiées pour lui.
En en attendant l'expédition, je tâchai de connaître Pétersbourg et ses habitants, autant que pouvait me le permettre le court séjour que je devais y faire; je passais mes matinées à visiter tous les endroits publics et les monuments remarquables, le palais de la famille impériale, l'ermitage, la citadelle Saint-Alexandre Newski, qui termine si bien la rue de la Perspective, et enfin tout ce qui m'était indiqué comme digne d'être vu; le soir, j'allais dans quelques maisons où j'avais été présenté par le général Savary et ses aides de camp et notamnient chez Mme Ouwarow, femme du général Ouwarow, aide de camp de l'Empereur, ou chez la princesse Wiazemski, ou enfin chez Mme de Tchernischew,mère du comte Tchernischew, aide de camp de l'Empereur et ensuite ministre de la guerre; cette dernière dame ne parlait pas français; c'était la seule femme aussi ignorante sous ce rapport que j'aie rencontrée dans la bonne compagnie de Pétersbourg.