‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 38 sur 218 · EN ROUTE POUR LA FRANCE · texte numérisé non relu

EN ROUTE POUR LA FRANCE

neige, et pendant le reste de la route, un temps froid et humide.

£n repassant à Memel, je me présentai chez le comte de Goltz pour prendre ses commissions pour le maréchal Soult qui était toujours à Elbing, et en sortant de chez lui, j'allai passer un quart d'heure dans le grand café où, à mon passage, j'avais trouvé si peu de prévenances de la part de MM. les officiers prussiens. Il y en avait aussi ce jour-là, et l'un d'eux, s'approchant de moi, me ût quelques politesses; je lui offris un verre de vin de Champagne qu'il accepta. Il en fit ensuite apporter dont je bus ma part, et nous liâmes conversation d'une manière très cordiale. Il s'aperçut que je regardais un assez grand coup de sabre qui lui partageait la figure, et il me dit obligeamment que c'était un de nos hussards qui l'avait traité ainsi. Il me demanda mon nom et me dit le sien; c'était M. de Goltz, neveu du ministre; nous nous séparâmes en fort bonne intelligence; je n'en ai plus entendu parler depuis.

J'arrivai à Elbing de fort grand matin et j'allai aussitôt rendre compte de ma mission au maréchal Soult. Il me remit ses dépèches pour Paris, et je repartis dans l'après-midi.

Je courais jour et nuit, et j'arrivai à Paris dans la soirée du 25 septembre, bien fatigué d'avoir passé tant de nuits en voiture, et comptant passer celle-là dans un bon lit dont je jouissais d'avance; mais il en fut autrement, l'Empereur était à Fontainebleau, et je courus une partie de la nuit à franc étrier pour lui porter mes dépèches. J'arrivai de bonne heure à Fontainebleau le 26, et à neuf heures du matin, j'étais au château; l'aide de camp de service (le général Mouton) m'annonça, et l'Empereur me fit entrer aussitôt.

J'avais été surpris de trouver l'aide de camp habillé de si bon matin en grand uniforme, en culotte blanche, bas de soie et souliers à boucles, mais je le fus bien davantage de trouver le maftre dans la même tenue. Il avait, de plus, le chapeau sur la tète, coiffé militairement, et se promenait de long en large, les mains derrière le dos.

— Comment vous appelez-vous?

Je dis mon nom, quoiqu'il le sût déjà par le général Mouton.

— D'où venez-vous?

— De Pétersbourg.

— Combien êtes-vous resté de jours en route?

— Seize.

— Hum ! (espèce de grognement qui revint plusieurs fois dans la conversation). Que dit Savary, là-bas?

Je lui rendis compte, ainsi que le général Savary m'en avait chargé, de différents détails qui parurent l'intéresser; il s'appesantit particulièrement sur une querelle qui avait eu lieu entre un capitaine de la marine anglaise et quelques officiers de marine russe; il tenait beaucoup à ce que la Russie déclarât la guerre à l'Angleterre; le général Savary pressentait quelques difficultés, à cet égard, qui ne me parurent pas faire impression sur lui.

Il ouvrit ses lettres, et après les avoir parcourues, il me demanda où étaient les paquets que Savary m'avait remis?

— A Paris, Sire.

— Comment, à Paris? en me regardant avec colère.

— Sans doute. Sire; il y a un carton de chiffons et quelques gros paquets; je suis venu à franc étrier à Fontainebleau, et je ne pouvais apporter tout cela sur mon cheval.

— Hum!... Allez vous reposer; vous partirez ce soir pour Paris, et vous adresserez au général Duroc tous ces chiffons^ ainsi que toutes les lettres que vous apportez de Pétersbourg.

Je sortis alors de son cabinet; en rentrant dans le premier salon, j'y trouvai plusieurs courtisans, et du plus haut étage, avec l'aide de camp de service; en me voyant sortir de chez l'Empereur, ils m'entourèrent et me comblèrent de politesses tout en tâchant de savoir ce qu'un aide de camp du maréchal Soult venait faire, en courrier, à Fontainebleau; mais ils s'étaient mal adressés, car je n'ai jamais aimé les questionneurs.

Je vis le grand maréchal Duroc qui m'indiqua la manière de lui envoyer les paquets que j'avais apportés de Pétersbourg; je le vis encore dans l'après-midi, et il m'invita à venir passer

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