‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 39 sur 218 · ARRIVÉE A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A FONTAINEBLEAU

quelques jours à la cour, quand je serais reposé; il me dit même que je serais logé au château; mais tout cela était de Teau bénite de cour, et il n'y pensait plus un moment après; j'aurais mieux aimé qu'il m'eût fait la même politesse que le grand maréchal de la cour de Russie au moment où j'avais pris congé de l'empereurAlexandre, mais il n'en fut pas question, et j'eus même beaucoup de peine à obtenir le remboursement de mes frais de poste : Nul n'est prophète en son pays.

En rentrant à mon auberge, j'allais me mettre au lit, quand j'entendis frappera ma porte à coups redoublés; on me pressait d'ouvrir en criant que c'était de la part de l'Empereur; je vis aussitôt entrer une espèce de valet de pied qui me dit que l'Empereur me demandait sur-le-champ; je courus précipitamment au palais, et en y arrivant, je trouvai ces bonnes gens de courtisans presque sens dessus dessous parce que, disaient-ils, l'Empereur m'avait demandé il y avait près d'un quart d'heure; ils paraissaient tremblants de ce que Sa Majesté avait attendu.

J'y entrai aussitôt, et je le trouvai avec un personnage, qui était M. de Talleyrand ou M. de Caulaincourt; je ne me rappelle plus parfaitement lequel des deux, mais je crois que c'était M. de Talleyrand. L'Empereur me fit encore répéter tout ce que je lui avais dit un moment avant, et il ajouta quelques questions auxquelles je répondis de mon mieux, mais toujours fort librement; il voulut me persuader que le général Savary m'avait remis encore d'autres dépèches pour lui ou ses ministres, mais je lui soutins hardiment le contraire, car j'étais sûr de mon fait. Enfin il me congédia; j'allai dormir quelques heures, et je retournai le soir à Paris.

Après avoir terminé toutes les grandes affaires, je m'occupai de remettre à différentes personnes les lettres dont je m'étais chargé pour elles à Pétersbourg; et, à ce sujet, je ne puis résister à l'envie de raconter ce qui m'arriva chez Mme Savary, duchesse de Rovigo.

Je commençai mes visites par elle : du plus loin qu'elle m'aperçut : t Ah t monsieur de Saint-Chamans, s'écria-t-elle,

que je suis aise de vous voir; il y a deux jours que je fais courir après vous... j'étais d'une impatience!...; car il y a plus de quinze jours que je n'ai reçu de nouvelles, ni du général, ni de mon frère.

Je m'empressai de lui remettre aussitôt des lettres de tous les deux, et en outre un assez gros paquet.

— Qu'est-ce que cela? dit-elle en parlant du paquet.

Je répondis que c'était un soulier d'une dame de Pétersbourg(MmeOuwarow), à qui Faudoas la priait d'en faire faire quelques paires sur cet échantillon.

— Un soulier de femme fait à Pétersbourg, dit-elle; cela doit être assez curieux.

On posa sur la cheminée les lettres du mari et du frère, et le soulier fut vivement tiré de son enveloppe.

— Mais cela n'est pas mal... elle n'a pas le pied trop grand, cette femme-îà... surtout si elle est grande.

Je répondis qu'elle était petite.

— Ahl c'est différent..., elles ont donc de grandes prétentions, les dames de Pétersbourg? en peut-on avoir sur elle& aussi? sont-elles jolies? élégantes?

Je répondis qu'elles étaient l'une et l'autre : la conversation s'engagea sur leur toilette ; je sortis au bout d'une demiheure, et les lettres du mari étaient encore toutes cachetées sur la cheminée.

Peut-être aussi était-ce par politesse pour moi, car il ne faut jamais se hâter de juger défavorablement les femmes.

J'eus, dans ce môme voyage de France, plusieurs occasions d'aller à Fontainebleau et à la cour; c'était le temps du mariage de Jérôme Bonaparte avec la princesse de Wurtemberg, et dans cette circonstance, on donna de grandes fêtes à Fontainebleau; les reines et princesses de la famille impériale imaginèrent de faire danser devant l'Empereur des quadrilles où elles jouaient le principal rôle; Mme Murât n'ayant pas trouvé à la cour un nombre assez considérable de danseurs qui lui convinssent, ou à qui cela convint (il en fallait 16), me fit écrire par une de ses dames, qu'elle m'avait désigné pour faire partie de son quadrille; on m'envoyait en même temps

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