‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 40 sur 218 · FÊTES A LA COUR · texte numérisé non relu

FÊTES A LA COUR

tous les noms des ouvriers chargés de faire les habillements des danseurs, car il fallait que nous fussions habillés en Espagnols, et les danseuses, je crois, en Polonaises, et l'on m'invitait à me rendre à Fontainebleau pour y assister aux répétitions que nous devions faire des pas et figures du quadrille.

La curiosité m'entraîna à faire cette corvée.

J'allai donc à Fontainebleau, et, tous les matins, pendant trois ou quatre jours. Despréaux (1) nous faisait faire une répétition des figures, des pas, etc., que nous devions exécuter dans ce quadrille; il y avait parmi les danseurs quelques vieux roués de cour qui faisaient une mine assez plaisante entre les mains de M. Despréaux; le plus lourd et le plus maladroit de tous ces danseurs était le prince Borghèse, beaufrère de l'Empereur; c'était le danseur de Mme Murât.

Je dansais avec Mme Duroc, femme du grand maréchal, et en face de Mme de Broc, femme du grand maréchal de Hollande et belle-sœur du maréchal Ney; cette jeune femme a péri depuis en tombant dans un précipice aux eaux d'Aix en Savoie; elle avait la figure et la tournure des plus séduisantes et elle jouissait de la plus grande faveur auprès de la reine de Hollande (Mme Louis Bonaparte).

Ënfîa le jour du fameux quadrille arriva; mais lorsque nous étions en quelque sorte derrière la toile et qu'on n'attendait plus que l'arrivée de l'Empereur dans la salle du bal pour nous faire paraître et danser devant lui, on vint annoncer qu'il ne viendrait pas, et nous fûmes réduits à n'avoir pour spectateurs que l'impératrice Joséphine avec toute sa cour; cela désappointa beaucoup de monde, et particulièrement nos danseuses, qui comptaient briller aux yeux du maître ; Mme Murat en éprouva un très vif chagrin, mais il ne fut pas de longue durée, car on nous fit revenir le dimanche suivant à Fontainebleau pour y recommencer la môme fête, et cette fois l'Empereur y fut présent.

J'avoue que l'aspect de cette cour composée uniquement des plus belles femmes de Paris, et de jeunes officiers, me

(1) Fameux maître de danse et, je crois, maître des ballets à l'Opéra avant Gardel.

parut ravissant : tout y respirait le plaisir et la galanterie. Il y en avait plus qu'il ne fallait pour tourner la tète d'un jeune homme qui, depuis cinq ans, n'avait presque pas quitté l'armée; la mienne tourna effectivement, et au lieu d'aller rejoindre le maréchal Soult, comme c'était mon devoir, je m'avisai, sans l'avoir consulté, de demander un congé de trois mois au maréchal Berthier, qui me l'accorda aussitôt.

Je passai ces trois mois dans un tourbillon de plaisirs, tels que pouvait les goûter un jeune homme de vingt-six ans, qui avait fort peu vu le monde, et qui y débutait avec un grade supérieur et de l'argent à manger; ce moment de congé s'écoula bien rapidement, mais le réveil fut cruel.

J'avais presque oublié que j'étais aide de camp du maréchal Soult : il prit soin de me le rappeler; un de mes camarades, et fort de mes amis, qui arriva à Paris, aussi avec des dépêches, m'apprit que j'avais tout à fait encouru la disgrâce du maréchal en prenant un congé sans sa permission; il me confia que le maréchal demandait au ministre de la guerre que je fusse envoyé dans un régiment(l), et il me conseilla de partir le plus tôt possible pour l'apaiser, s'il en était encore temps.

(1) BURE AD DE l'ÉTAT-MAIOR.

Janviar 1808.

Rappori fait au miniitre.

M. le maréchal Soult demande que M. Saint-Chamans, son aide de camp, nommé chef d'escadrons le il juillet 1807, soit placé en cette qualité dans un régiment de dragons ou de cavalerie légère.

n assure que cet officier donne de justes espérances par son application et son zèle.

Les services de M. de Saint-Chamans remontent au 9 vendémiaire an X. Il est aide de camp du maréchal Soult depuis le 24 ventôse an XII.

Le ministre est prié de faire connaître si son intention est de proposer M. de Saint-Chamans pour un emploi titulaire de son grade.

Signé : Henry Ddrosnbl.

Monsieur,

M. A. de Saint-Chamans, aide de camp du maréchal Soult, est proposé pour un régiment, mais comme il a des raisons qui lui font désirer de retarder cette demande, veuillez. Monsieur, avoir l'obligeance d'en suspendre la présentation. C'est un service personnel que je sollicite, puisqu'il regarde mon cousin et un de mes amis.

A. GiRARDIN.

Parti, SS déCMBbre 1807.

CORRESPONDANCE DE SAVART. 97

Je suivis son conseil, et je partis de Paris à la fin de 1807, pour rejoindre le maréchal qui venait d'établir son quartier général à Stettin; je fis une extrême diligence, m'arrètant à peine le temps nécessaire pour manger, et j'arrivai à Stettin dans les premiers jours de janvier 1808.

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