MORT DU GÉNÉRAL COLBERT
en argent pour 100 francs en or; nos bivouacs étaient des marchés d*or et d'argent.
Quand la rapidité de notre poursuite forçait les Anglais à prendre position et à se battre, ils tenaient ferme, et nous jugions bien que nous n'avions pas affaire à de mauvaises troupes; leur arrière-garde nous livra un petit combat à Cacabellos; le général Coibert(l)et son aide de camp Latour- Maubourg (2) y furent tués; leur armée s'arrêta deux jours à Lugo, mais il n'y eut que quelques escarmouches (la nôtre n'étant pas entièrement réunie); elle défendit aussi le passage du pont de Betauzos qu'elle avait fait sauter, et enfin, le 16 janvier dans l'après-midi nous lui livrâmes bataille à une lieue de la Corogne, et près de l'embranchement des routes de Saint-Jacques de Compostelle et de Lugo.
Le combat fut sanglant et disputé; notre artillerie, postée avantageusement tandis que celle des Anglais ne pouvait agir, fit un grand carnage; le général en chef anglais, sir John Moore (3) y fut tué; le commandant en second, sir David Baird (4) y eut un bras emporté; enfin la plupart des officiers
(1) Colbert (Auguste-Marie-François, comte), dô à Parid le 18 octobre 1777, entra au service comme simple soldat, aide de camp de Grouchy et de Murât en Egypte; colonel du 10* chasseurs le 3 nivôse an XII; général de brigade sur le champ de balaille d'Austerlitz, cité au bulletin de la Grande Armé3 pour sa brillante conduite à léna, tué à Tennemi le 3 janvier 1809. Par décret dn 1*' janvier 1810, l'Empereur décida que la statue de Colbert, mort au champ d'honneur, serait placée sur le pont de la Concorde. Ce projet ne fut point exécuté.
(2) Lalour-iSaubourg (Alired-Marie-Louis-Plorimond), né & Paris le 29 mars 1784, f 8 janvier 1809, cavalier au 10* régiment de chasseurs le 8 thermidor an IX, sous-lieutenant au 22* régiment de chasseurs le 14 ventOse an XIII, lieutenant le 22 novembre 1806, aide de camp du général Colbert le 21 décembre 1806.
(3) Moore (John), né à Glascow en 1761, tué à la Corogne en 1809, prit part à la guerre d'Amérique, à l'expédition contre la Corse en 1794, à la prise de Sainte-Lucie en 1796, à la répression des troubles de l'Irlande en 1798, aux batailles d'Aboukir et d'Alexandrie en 1800. Après la paix de Tilsitt il fut mis à la tête d'une division de 10,000 hommes destinée à secourir la Suède contre les attaques combinées de la Russie et du Danemark; mais, revenu bientôt sans avoir pu accomplir sa mission, il prit le commandement en chef des troupes anglaises en Espagne. Poursuivi par le maréchal Soult en 1809, il opéra une admirable retraite, dérobant son armée au général français jusqu'au port de la Corogne, où des vaisseaux l'attendaient. Là, il livra bataille et fut tué pendant la lutte.
(4) Baird (David, baronnet), né en 1757, f en 1829, entra au service
supérieurs anglais furent tués, blessés ou pris; parmi ces derniers se trouvait le major Napier, que nous rendîmes sur parole peu de temps après; il était assez dangereusement blessé.
La perte fut grande aussi de notre côté, et chaque armée resta sur son terrain; mais dans la nuit, les Anglais se jetèrent en désordre dans la Corogne, ville fortifiée, dans le port de laquelle se trouvait leur flotte avec un grand nombre de bâtiments de transport; ils s'y embarqiièrent'précipitamment pendant la nuit, et le lendemain matin, 17 janvier, ils mirent à la voile pour retourner en Angleterre, en essuyant le feu de quelques batteries que nous avions établies sur une hauteur qui dominait le port, et dont ils me parurent souffrir beaucoup.
Les environs de la Corogne présentaient un spectacle déplorable; outre leurs morts et les blessés abandonnés, les Anglais ne pouvant embarquer leurs chevaux, faute de temps, les avaient tous tués afin qu'ils ne tombassent pas en notre pouvoir, et l'on voyait sur les bords de la mer des escadrons entiers de très beaux chevaux étendus morts, et presque rangés en ordre de bataille. Ils avaient aussi abandonné quelques pièces d'artillerie et fait sauter un superbe magasin à poudre situé hors de la ville.
Nous restâmes deux ou trois jours devant la Corogne sans y entrer, et nous y fussions difficilement parvenus, n'ayant pas de grosse artillerie, si le gouverneur avait voulu se défendre ; mais c'était un vieux général, faible et sans moyens, mené par une espèce de courtisane. Il s'empressa de capituler, le 19 janvier, aussitôt que nous eûmes fait semblant de remuer un peu de terre autour de la ville; nous entrâmes donc fort tranquillement dans la Corogne, où nous trouvâmes des ressources immenses. Il ne s'y commit aucun désordre.
fort jeune et fut envoyé aux Indes , fut fait prisonnier et détenu pendant quatre années dans la forteresse de Seringapatam; promu lieutenant-colonel en 1791, il lutta victorieusement contre Tippoo-Salb; envoyé en Egypte en 1801 au moment de la capitulation de Rosette; en 1807 prend part à l'expédition de Danemark, se distingua à. l'armée d*Ëspagne en particulier i\ la Corogne et re^ut le commandement en chef à la mort de sir John Moore. Ses blessures le contraignirent peu après à rentrer en Angleterre.