‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 46 sur 218 · PRISE DU FERROL · texte numérisé non relu

PRISE DU FERROL

Après y être restés deux jours, nous en partîmes pour aller mettre le siège devant le Ferrol, qui se rendit aussi facilement, le 26 janvier; il est vrai que cette ville n'avait pas les mêmes moyens de défense que la Corogne et que la retraite précipitée des Anglais avait répandu la terreur et le découragement dans ce pays.

Nous prîmes dans le port du Ferrol une fort belle escadre espagnole, composée de vaisseaux de ligne et de frégates; la ville fut ménagée comme celle de la Corogne, où nous retournâmes peu de jours après; mais le maréchal Ney y était arrivé pour prendre le commandement de la Galice, et le maréchal Soult ayant reçu l'ordre d'entrer en Portugal avec son corps d'armée, nous nous mîmes aussitôt en marche dans cette direction.

Nous commençâmes par nous rendre à Saint-Jacques de Compostelle, où se réunissait l'armée destinée à envahir le Portugal; elle se composait d'environ 20,000 hommes d'infanterie et 3 à 4,000 hommes de cavalerie, avec une quantité d'artillerie proportionnée à ce nombre d'hommes; cette force était tellement insuffisante pour une pareille opération qu'il faut croire qu'au moment où il l'ordonna. Napoléon était possédé de cet esprit de vertige qu'il a montré si souvent depuis. Pouvait-il risquer, au milieu d'un royaume insurgé tout entier, un si faible corps d'armée, sans communication avec les autres troupes françaises en Espagne, surtout dans l'instant où lui-même rentrait en France avec une partie de ses forces pour aller combattre les armées autrichiennes qui s'avançaient vers le Rhin? Cette démence est inconcevable I sa confiance pourtant était telle qu'il avait envoyé au maréchal Soult un ordre de marche, que j'ai vu, et d'après lequel nous devions être à Lisbonne le 24 février; il est vrai qu'il nous y faisait aller par journées d'étape, et sans éprouver d'obstacles.

De Saint-Jacques de Compostelle nous marchâmes sur Vigo, et de là à Tuy et à la Guardia; ce pays est rempli de petites villes riches et bien peuplées; les habitants y étaient restés; nous ne trouvâmes pas de paysans révoltés sur la route, et ces marches, quoique faites par un temps pluvieux, ne nous fati-

guèrent pas trop, parce que partout on trouvait bon gtte et bonne table.

Le projet du maréchal était d'entrer en Portugal en jetant un pont sur le Minho, vis-à-vis de la Guardia, près de l'embouchure de ce fleuve; suivant ensuite le bord de la mer, il serait arrivé à Porto en peu de jours; mais les grandes pluies avaient grossi le Minho, les paysans armés et quelques milices étaient campés>ur la rive gauche de ce fleuve vis-à-vis de notre point de passage, et paraissaient très résolus à ne pas nous recevoir en amis; nous apprenions de tous côtés que les Portugais, que l'Empereur nous avait représentés comme nous attendant à bras ouverts, et dont, disait-il, nous viendrions à bout avec des proclamations, étaient, au contraire, exaspérés contre les Français et résolus à se défendre jusqu'à la dernière extrémité.

Nous fîmes cependant une tentative pour jeter de nuit quelques compagnies de voltigeurs sur la rive gauche de Minho, au moyen de plusieurs gros bateaux qu'on s'était procurés; étant ainsi maîtres des deux rives du fleuve, on aurait pu établir un pont avec nos bateaux et faire passer toute l'armée sur ce point; mais cette entreprise ne réussit pas; un de nos bateaux, et tous ceux qu'il portait, furent pris par les Portugais en abordant sur l'autre rive; la plupart des bateaux dans l'obscurité de la nuit se séparèrent les uns des autres, et se trouvèrent très heureux de revenir s'échouer de notre côté.

Le maréchal renonça alors à son premier projet, et il résolut de remonter le Minho et d'aller le passer à Orense, où il y avait un beau pont, et où d'ailleurs le fleuve n'était pas assez fort pour qu'on ne trouvât pas moyen de le passer à gué ou autrement, quand bien même les Espagnols auraient coupé le pont; la difSculté était de faire suivre notre artillerie, car les chemins étaient afl'reux et pratiqués seulement pour des mules, ou de petites charrettes du pays; on remédia en partie à cet inconvénient en mettant une compagnie de sapeurs à l'avant-garde, pour arranger les chemins et les élargir avant que l'artillerie y arrivât; malgré cette précaution, il fallut s'arrêter tous les trois ou quatre jours pour réparer les trains

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