‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 48 sur 218 · MARCHE SUR OPORTO · texte numérisé non relu

MARCHE SUR OPORTO

lation qu'elle avait faite avec le général portugais Silveyra.

En partant de Chaves, l'armée se dirigea sur Braga, ville grande et belle; les approches en étaient défendues par une espèce d'armée assez considérable, composée de paysans, auxquels on avait joint quelques troupes de nouvelles levées; tout cela fut bientôt culbuté (i), mais comme ils avalent voulu tenir, la cavalerie en tua beaucoup; on ne ût point de quartier à ceux qu'on put joindre; car les horribles cruautés commises par les Portugais sur le peu de prisonniers qu'ils pouvaient nous faire, avaient exaspéré nos soldats, et il fallait que nous montrassions (les ofiiciers) une grande rigueur vis-à-vis de nos troupes pour en obtenir de ne pas massacrer tous les paysans qu'elles prenaient.

La ville de Braga était déserte; il n'y restait pas une âme; mais nous y trouvâmes en abondance, comme dans tous les pays que nous venions de parcourir, des vivres et de bons vins.

Nous nous y arrêtâmes peu de temps, et nous marchâmes sur Oporto, où nous étions impatients d'arriver, car la conquête de cette ville paraissait aussi importante que celle de Lisbonne; nous espérions, d'ailleurs, rétablir de là nos communications avec l'armée française en Espagne, dont le maréchal annonçait qu'il attendait de puissants renforts.

Entre Braga et Oporto, nous trouvâmes à combattre des nuées de paysans ; chaque village formait sa troupe, et ces hommes, armés, les uns de fusils de chasse, les autres d'armes de calibre, se postaient derrière les rochers, ou sur les montagnes escarpées à portée de la route que nous suivions, et de là, ils tiraient sur nous comme sur des lapins, jusqu'à ce qu'on eût envoyé quelques compagnies de voltigeurs pour les déloger; favorisés par la parfaite connaissance qu'ils avaient de leur terrain, ils attaquaient la nuit nos postes avancés, ou venaient même tirer des coups de fusil et assassiner des hommes jusque dans nos bivouacs; cette espèce de guerre, quoique peu meurtrière, nous fatiguait beaucoup, parce qu'elle

(1) An combat de LaDhoio, livré le 20 mars.

nous tenait perpétuellement sur le qui-vive, et d'ailleurs, tout ce que nous laissions en arrière de soldats éclopés, malades ou ivres, était impitoyablement égorgé; les paysans portugais leur faisaient même souffrir, avant de leur donner la mort, des tortures atroces dont ma plume se refuse à tracer ici le déplorable détail.

Le métier d'aide de camp avait bien ses désagréments dans cet affreux pays; sans cesse employés à porter des ordres aux divisions détachées, et sans avoir d'autre escorte qu'un cavalier d'ordonnance, nous courions perpétuellement le risque de tomber entre les mains des paysans.

Un soir, le maréchal me fit appeler et me donna l'ordre de me rendre auprès du général Franceschi et de lui porter des nouvelles; ce général commandait notre avant-garde de cavalerie qui devait être à six lieues en avant de nous, et depuis deux jours, on n'en avait pas entendu parler; je devais trouver à moitié chemin la division d'infanterie du général Delaborde qui, ayant tenu cette route toute la journée, l'avait sans doute assez éclairée pour qu'il y eût moins de dangers à la parcourir; la commission ne m'en parut pas moins mauvaise, mais il fallait faire contre fortune bon cœur : je choisis pour m'accompagner, parmi les ordonnances du maréchal, un vieux dragon fort bien monté, et il me fut aisé de juger à sa mine qu'il se serait bien passé de cette préférence; je pris mon meilleur cheval, et je partis fort vite dans l'espérance d'arriver avant la nuit noire auprès du général Delaborde, qui me faciliterait peut-être les moyens de parvenir jusqu'au général Franceschi.

Tant que le crépuscule m'éclaira, mon voyage se fit assez bien; les paysans, ayant jugé qu'à cette heure-là nous étions établis dans nos camps, avaient quitté les environs de la route, et la trace de notre infanterie m'indiquait suffisamment le chemin que je devais suivre; car, comme ce n'était pas une grande route (il n'y en a guère dans ce pays-là), j'avais besoin de ce renseignement; je fis près de trois lieues de cette manière, et je me croyais près des bivouacs de la division Delaborde, lorsque la nuit devint tout à fait noire; c'était un

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