ÉVACUATION DU PORTUGAL
retrouvé son caractère et son activité militaires; parcourant sans cesse la colonne de la tête à la queue, il remédiait à tout, encourageait tout le monde, et trouvait des ressources où personne n'en voyait. L'avant-garde anglaise qui nous suivait nous inquiéta peu; nous marchions d'ailleurs, pendant cette retraite, dans un pays qui, à chaque instant, offrait de formi-* dables positions de défense.
Le 49, nous atteignîmes ainsi Orense, où nous nous reposâmes un jour; ce repos était nécessaire, et il nous rendit la force et les moyens de continuer cette pénible marche; nous fûmes bien reçus dans cette ville, parce que nous nous étions bien conduits en y passant : car les Espagnols, malgré la haine qu'ils portaient à notre gouvernement, étaient justes envers nous, et si tous nos corps d'armée en Espagne avaient été aussi bien disciplinés et administrés que ceux commandés par les maréchaux Soult et Suchet, nous nous serions établis dans les provinces conquises de manière à n'en pas être chassés facilement; mais l'indiscipline de nos troupes dans d'autres parties de l'Espagne, les désordres de toute nature qu'elles commettaient, la soif d'argent de quelques généraux, les dilapidations et les vols de la plupart des agents de l'administration militaire, joints à la mauvaise conduite de Joseph Bonaparte et de sa cour, ruinèrent nos affaires dans ce pays et nous aliénèrent toute la nation.
Nous acquîmes à Orense la certitude que le corps du maréchal Ney était toujours en Galice, et qu'il avait des troupes à Lugo; le maréchal se dirigea sur cette ville, afin d'y opérer sa jonction avec Ney.
Nous traversâmes, entre Orense et Lugo, un pays qui avait peu souffert des maux de la guerre, et nos troupes y vécurent bien; cette armée, chassée du Portugal, et qui venait de faire une marche si pénible, était encore belle et redoutable; les chevaux de la cavalerie, qui s'étaient toujours nourris de blé
le poot détrait sur une poutre qui y restait encore, mais, favorisés par la nuit la plus noire, la plus orageuse et pluvieuse, vraie nuit d'hiver, ils no sont yns ni entendus des Portugais, dont ils égorgent le premier poste; le reste du régiment prend la fuite, et le passage et le salut de l'armée française sont ainsi assurés. {Note de Vauteur.)
dont les épis étaient déjà bien formés, se trouvaient dans le meilleur état; nous avions conservé tous nos chevaux d'artillerie, et ils étaient superbes; enfin notre infanterie, déguenillée à la vérité, ne se composait que d'hommes éprouvés par les plus grands dangers et les plus grandes fatigues; ils ne doutaient plus de rien, car ils venaient d'éprouver qu'avec de la résolution et de la persévérance on pouvait se tirer de la plus mauvaise position.
Quand nous approchâmes de Lugo (i), cette ville était assiégée par une armée de milices et de paysans espagnols, qui se retirèrent précipitamment en apprenant notre arrivée; le général Fournier, du corps du maréchal Ney, commandait dans cette place, où nous entrâmes le 23.
Nous y fûmes d'abord assez bien reçus; mais le maréchal Ney étant arrivé peu de jours après, les choses changèrent de face, et on eût dit alors que nous n'étions plus un corps français ; tout nous était refusé, et nos malades mouraient en foule dans les hôpitaux, faute de remèdes et d'aliments; car tout était réservé, par les ordres de Ney, pour son corps d'armée, et l'on peut bien dire qu'il nous traita de Turc à Maure.
Le maréchal Soult se hâta alors de composer un fort détachement des bouches inutiles dont son corps d'armée était encombré; il y joignit quelques cadres de bataillon, tous les cavaliers démontés, donna le commandement de cette troupe au comte de Girardin, alors colonel du 8* de dragons, et fit partir tout ce monde, soit pour rentrer en France, soit pour se rendre dans les dépôts établis en Gastille et en Biscaye; il chargea Brun de Villeret (2), un de ses aides de camp, de por-
(1) J'y fus envoyé par le maréchal un jour avant que Tannée y pût arriver; j'avais sous mes ordres un fort détachement de cavalerie; je revins le lendemain matin au-devant du maréchal et lui rapportai des nouvelles de France^ les journaux et les bulletins de la Grande Armée ; il y avait quatre mois que nous n'avions communiqué avec la France, ni directement, ni indirectemenl.
(2) Brun de Villeret (Pierre-Louis-Bertrand, chevalier), né au Malzîeu (Lozère) le 3 février 1773, f li février 1845, élève è l'École d'artillerie an Vi, sous-lieut(»nant et aide de camp de Soult an VII, chevalier de l'Empire le 21 décembre 1808, général de brigade le 18 mai 1813, prisonnier