SÉJOUR A LU
1er i l'Empereur, qui était alors à Vienne, ses rapports sur l'expédition de Portugal, et ces affaires terminées, il se sépara du maréchal Ney, avec lequel il eut Tair d'arrêter, pour la conservation de la Galice, un plan de campagne auquel tous les deux étaient, je crois, résolus d'avance de ne pas se conformer, car ils voulaient le moins possible se trouver ensemble; d'ailleurs, nous venions d'apprendre que l'Empereur était engagé dans une nouvelle guerre en Autriche, et personne ne se souciait de rester en Galice, loin de toute communication avec l'armée d'Espagne, et exposé à chaque instant à être cerné par des forces très supérieures qui au» raient pu venir du Portugal et de toutes les parties de l'Es* pagne. *
Il fallut donc se mettre encore en marche, après un repos d'une quinzaine de jours à Lugo : nous nous rendîmes d'abord à Monforte de Lemor, d'où nous manœuvrâmes sur Orense, ce qui entrait dans le plan arrêté entre les deux maréchaux; et là, le maréchal Soult n'ayant eu aucune nouvelle de l'autre corps, qui devait aussi se porter sur ce point, crut ou feignit de croire que le maréchal Ney avait changé d'idée, et se rejeta sur Zamora, où il était pressé d'arriver, car c'était là qu'était son grand dépôt, et il comptait par conséquent y réorganiser entièrement son corps d'armée au moyen des isecours en hommes et en effets qu'il devait y trouver arrivant de France pour le rejoindre et de l'artillerie qu'il recevrait de nos dépôts en Espagne.
Après avoir parcouru longuement ce pays de montagnes, entre Lugo et l'Ësla, nous arrivâmes près de Zamora.
Sur les bords de l'Ësla, nous commençâmes à communiquer avec les troupes françaises qui étaient dans cette partie et dont la plupart, cantonnées à Zamora et à Toro, étaient destinées à renforcer le corps du maréchal Soult; le frère du maréchal, le général Soult, commandait tous ces dépôts, et nous apprîmes par lui, avec une bien vive satisfaction, que
de guerre à Leipzig. Ce fut chez lui que le maréchal Soult se cacha lorsqu'il tomba sous le coup de l'ordonnaoce du 28 juillet 1815. Pair de France, lieutenant généraL
tous les moyens nécessaires pour recruter et réorganiser nos régiments étaient près de nous.
Ce fut dans ce moment que le général Franceschi nous quitta; nous ne devions plus le revoir; c'était un de mes bons amis et camarades, et j'ai déjà dit les services qu'il m'avait rendus au camp de Boulogne ; son amitié pour moi ne s'était pas démentie depuis cette époque.
Après la bataille d'Austerlitz, où il commandait le 8* régiment de hussards à la tête duquel il s'était couvert de gloire, il avait été nommé général de brigade, et avait ensuite accompagné, comme aide de camp, Joseph Bonaparte, qui, après la même bataille, avait été nommé (1) roi de Naples.
Dans ce pays, Franceschi avait rendu de grands services lors de la guerre de Calabre, car il se distinguait partout où il allait, et de quelque manière qu'on l'employât; c'était un excellent officier; il avait, à son retour de la Calabre, épousé Mlle Dumas, fille du général Mathieu Dumas, alors ministre de la guerre du roi Joseph.
Franceschi était éperdument amoureux de sa femme, qui était dame d'honneur de Mme Joseph Bonaparte, reine de Naples. Quand toute cette cour, par un nouvel avancement, passa du trône de Naples à celui de Madrid, Mme Franceschi resta à Paris avec sa reine, et Franceschi ayant accompagné Joseph Bonaparte en Espagne, y reçut le commandement d'une division de cavalerie légère composée du !•' régiment de hussards, du 22* de chasseurs, du 8* de dragons et de la légion hanovrienne à cheval; c'est avec cette division qu'il faisait l'avant-garde du maréchal Soult en Portugal.
A notre retour à Lugo, il reçut de sa femme des lettres, déjà vieilles de dates, où elle lui disait qu'elle allait partir avec la Reine pour rejoindre Joseph Bonaparte à Madrid.
L'extrême désir de revoir cette femme qu'il adorait agita Franceschi depuis notre départ de Lugo jusqu'au moment où nous pûmes communiquer avec les troupes françaises sur les bords de l'Esla, et alors il partit en poste pour Madrid avec
, (1) NapoléoD, à cette époque, commençait à créer des rois et des royaumes de même qu'il « nommait » des généraux.