‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 61 sur 218 · FRANCESGHI EST FAIT PRISONNIER · texte numérisé non relu

FRANCESGHI EST FAIT PRISONNIER

M. Bernard, son aide de camp, et M. Anthoine, aide de camp, du maréchal Soult et neveu du roi Joseph. Il était porteur de dépêches du maréchal Sôult pour Joseph Bonaparte,

L'empressement qu'avait ce malheureux Franceschi de rejoindre sa femme à Madrid ne lui permit pas de songer à prendre les précautions si nécessaires à des Français qui voyageaient en Espagne; il se donnait à peine le temps, dans les postes, de changer de chevaux, et n'ayant point de renseignements sur le pays qu'il parcourait, il s'en fiait à l'amour pour le préserver de tout danger; mais près de Toro et de Yalladolid, il tomba entre les mains d'une bande de brigands commandés par le fameux Capucchino (ainsi nommé parce qu'il était Capucin). Ce chef empêcha qu'on ne massacrât les trois voyageurs, mais ils furent traînés de prison en prison jusqu'à l'Alhambra de Grenade (4).

Pour finir l'histoire de mon malheureux ami, j'interromprai un moment le cours de ma narration.

En 1810, quand nous nous emparâmes de Grenade, il fut transféré par les Espagnols à Carthagène et mis à bord d'un ponton, où, ayant été atteint de la fièvre jaune, il mourut misérablement, en appelant sans cesse sa femme qu'il regrettait plus que toute chose au monde; Anthoine avait déjà été échangé par les soins du maréchal Suchet, son beaufrère, et Bernard, qui avait suivi Franceschi à Carthagène, trouva moyen, après la mort de ce dernier, de rentrer en France; c'est par lui que j'ai appris tous ces tristes détails.

Quand nous entrâmes à Grenade, notre premier soin fut de courir à l'Alhambra, dans l'espérance d'y délivrer notre hrave camarade, mais nous ne trouvâmes que la chambre qu'il y avait occupée, sur les murs de laquelle il avait tracé avec des charbons les principaux détails de sa malheureuse captivité; il dessinait parfaitement bien, et ces ébauches grossières, rapportées en France par quelques amateurs qui les avaient

(I) Ce chef fut à son tour pris par la cavalerie française; on lui laissa la vie en récompense de ce qu'il avait épargné celle de beaucoup de Français qu'il avait pris, et on l'envoya prisonnier en France dans un château fort; mais, s'étant échappé de sa prison, il fut repris et renfermé très étroitement dans un cachot, où je crois qu'il mourut de misère.

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copiées sur les murs de sa prison à Grenade, ont fourni le sujet de gravures très intéressantes et fort recherchées.

Mme Francèschi, qui avait conservé longtemps l'espoir de faire échanger son mari, qu'elle aimait avec passion, fut frappée d'un coup mortel en apprenant sa mort; elle résista peu de temps à une douleur aussi vive et mourut quelques mois après lui, en bénissant le coup qui allait la rejoindre à celui sans qui elle ne pouvait vivre.

Je me suis peut-être trop appesanti sur ces douloureux détails; mais le vif intérêt que je portais à Francèschi, et le plaisir de m'occuper encore de lui, m'ont entraîné sans que je me sentisse la force de m'arrèter, et j'ai trouvé une sorte de douceur à me le rappeler; je ne puis penser sans émotion à ce guerrier sans peur et sans reproche, qui méritait tant de bonheur, et qui fut moissonné au moment où il aurait peut-être pu en jouir.

Je reprends la suite des opérations militaires.

Ce fut le lendemain de mon arrivée à Zamora que j'appris qu'il venait d'être enlevé par la bande de Capucchino; peu d'instants après, le maréchal Soult me fit appeler et me remit des dépêches pour le maréchal Ney, dont il venait d'apprendre l'arrivée à Astorga; je fus aussi chargé de lettres pour le général Delaborde, dont la division, qui faisait partie de notre corps d'armée, était cantonnée entre Zamora et Ben aven te.

J'avoue franchement que je me serais bien passé de cette mission; le sort de Francèschi me revenait sans cesse à l'idée, et d'ailleurs, après une campagne aussi fatigante que celle que nous venions ,de finir, je n'aurais pas été fâché de rester tranquille pendant quelque temps; je fis pourtant bonne mine, et je partis, en apparence fort content, mais, dans le fond de l'âme, très contrarié.

En arrivant sur les bords de l'Ësla, le maréchal Soult avait reçu des dépêches de l'Empereur, qui était en Autriche et qui, par les journaux anglais, ayant eu connaissance de la retraite du maréchal, et prévoyant les grands événements qui allaient se p^ser en Espagne entre ses armées et les armées

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