‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 65 sur 218 · CONQUÊTE DE L'ANDALOUSIE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE L'ANDALOUSIE

Nous passâmes rapidement à Andujar, et nous nous emparâmes sans coup férir de Cordoue; nous entrâmes de même à Ecija et à Carmona. Cette dernière ville n'est qu'à neuf lieues de Séville; on ât la faute de s'y arrêter trois jours à parlementer pour la reddition de Séville, qui ne pouvait se défendre, au lieu de marcher droit sur Cadix, dont nous nous serions emparés très facilement; cette faute fut énorme et eut une grande influence sur les suites de la guerre en Andalousie; le duc d'Albuquerque eut ainsi le temps de se jeter dans l'île de Léon et dans Cadix avec un corps de troupes espagnoles; nous aurions pu y être avant lui ; son arrivée releva le courage des habitants qui, dans leur consternation, n'avaient aucunement pensé â se défendre : aidés des soldats du duc d'Albuquerque, ils travaillèrent jour et nuit, et ils fortifièrent si bien le passage de l'île de Léon que, quand nous nous présentâmes quelques jours après pour y entrer, on reconnut que cela était absolument impossible : on y aurait perdu beaucoup de monde sans résultat.

Il fallut donc se borner à bloquer Cadix par terre, ce qui ne gênait en rien les Espagnols, et nous fûmes forcés de laisser devant cette ville une immense quantité d'artillerie et le corps d'armée du maréchal Victor, qui nous aurait été si utile sur d'autres points.

Nous étions entrés fort paisiblement à Séville; la population entière de cette ville y était restée et nous fournissait toutes les ressources d'une province riche et civilisée. Je n'ai rien vu

MaïUebois, avec le grade de souB-lieutenant ; passa dans Tartillerie hollandaise, où il resta jusqu'en 1791 ; aide de camp du général Dillon à l'armée du Nord, général de brigade en 1793, général de division le 13 floréal an V, eomte de l'Lmpire.le 6 juin 1808; capitule à Baylen et ne partage pas le sort de ses troupes: à sa rentrée en France, il est arrêté et traduit devant la haute cour de justice; reconnu coupable à. l'unanimité, l'Empereur rendit sur cette affaire, le i*' mars 1812, un décret contenant l'article suivant : « Le général Pierre Dupont est destitué de ses grades militaires. Les décorations qui lui ont été accordées lui sont retirées ; son nom sera rayé des contrôles de la Légion d'honneur. Il lui est interdit de porter & l'avenir l'habit mUi taire. 11 sera transféré dans une prison d'État pour y être détenu jusqu'à nouvel ordre. » La Restauration le Ût sortir de prison, le nomma ministre de la guerre et commandeur de Saint-Louis le 6 déeembre 1814.

d'aussi beau dans aucun pays que cette campagne de l'Andalousie, qui offrait à la fois à nos yeux, étonnés de tant de richesses, les productions de l'Europe et de l'Afrique : ces bois d'orangers et dé citronniers, ces buissons d'aloès et de lauriers-roses, ces forêts d'oliviers se mêlaient de la manière la plus pittoresque avec les arbres fruitiers, les vignes et les autres productions de notre pays. Cette population immense, qui ne nous paraissait avoir rien de l'air farouche des habitants des autres provinces espagnoles que nous avions parcourues, augmentait encore la riante perspective que nous avions devant nous, et, dans ces premiers moments, je crois que nous avions tous oublié les dangers et les horreurs de la guerre d'Espagne, et que: peu d'entre nous auraient désiré être transportés en France. Il faut nous pardonner ces sentiments et ce moment de distraction : ils ne furent pas de longue durée.

Sur ces entrefaites, le: maréchal Soult me remit des dépèches à porter au général Sebastiani.qui, d'Andujar où il s'était séparé du gros de l'armée, avait marché sur Jaen et Grenade; il avait même l'ordre de pousser jusqu'à Malaga.

Le maréchal, en me remettant ces dépèches, me recommanda ce qu'il nous recommandait toujours : de faire grande diligence, de ne point nous faire tuer, surtout de ne pas nous laisser prendre et de revenir promptement, toutes choses aussi faciles les unes que les autres dans ce maudit pays; je dis maudit, malgré le portrait que je viens d'en faire, car, en enfourchant mon bidet de poste, les orangers, les citronniers, . les aloès et les lauriers-roses étaient pour fort peu de chose dans ma pensée : je ne voyais que les guérillas, et il me semblait déjà être entre les mains du Capucchino.

Pour suivre le chemin qu'avait tenu l'armée française, il , aurait fallu que je retournasse jusqu'à Andujar, et là, j'aurais couru sur la route qu'avait prise le corps du général Sebastiani; mais ce chemin était beaucoup plus long qu'en allant directement, par les montagnes, de Cordoue à Grenade; le maréchal Soult m'avait dit de consulter le général Dessolle, qui commandait à Cordoue, sur la meilleure direction à suivre.

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