‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 66 sur 218 · A TRAVERS LES GUÉRILLAS · texte numérisé non relu

A TRAVERS LES GUÉRILLAS

et il m'avait recommandé de prendre dee escortes quand j'au« rais passé Cordoue : < Vous n'en avez pas besoin jusque-là» ajoutait-il, car la route est bien sûre. > Il m'ordonna en même temps de commander dans toutes les postes jusqu'à Cordoue qu'on ttnt des chevaux prêts pour M. Curnillon (1), officier supérieur de l'état-major de Berthier qui, arrivé l'avant-veille, devait partir quelques heures après moi pour porter à Paris la nouvelle de notre entrée à Séville.

Cette précaution fut bien inutile, car le pauvre Curnillon, parti de Séville six heures après moi, fut assassiné à la Venta de la Portuguesa, maison de poste à douze lieues de Séville. Je n'appris heureusement qu'à mon retour cet événement, car il n'aurait pas contribué à égayer mon voyage.

J'avais quitté Séville le 2 février, et j'arrivai à Cordoue le 3 de grand matin; je sus par le général Dessoiie qu'il n'y avait pas de communication directe ouverte avec Grenade, qu'il fallait donc que je passasse par Andujar et Jaen, et qu'il ne pouvait me faire donner que des escortes d'infanterie, parce qu'il n'avait pas de cavalerie; ces renseignements me désespérèrent, car il me restait <lbnc soixante lieues à faire avec de l'infanterie, ce qui suppose au moins six jours de route, et je savais que le général Sebastiani marchait toujours. Pourrais-je le rejoindre? et plus il serait éloigné de moi quand je marcherais avec une faible escorte d'infanterie pour le rejoindre, plus je serais compromis.

Ces réflexions me déterminèrent sur-le-champ à me jeter dans la traverse qui conduit directement de Cordoue à Grenade, sans escorte, sans poste où je pusse trouver des chevaux pour. relayer, et ayant vingt lieues de traverse à faire pour arriver sur la grande route qu'avait suivie le corps d'armée du général Sebastiani.

Je pris à Cordoue des chevaux de poste qui me menèrent à

(1) Curnillon (Antoine), né à Lyon le 16 août 1771, f 3 février 1810, soldat dans le 4* bataillon de Seine-et-Oise le 18 octobre 1791, sous-lientenant an 54* régiment d'infanterie le 10 thermidor an VI, chef de bataillon i l'état-migor du grince de Wagram le 30 juin 1807 ; assassiné par les insurgés espagnols dans la matinée du 3 février 1810, entre Garmona et Fuentès, k une lieue de cette dernière ville.

Bujalance, petite ville où nous avions passé en marchant sur Séville et où nous avions été bien reçus ; je descendis à la municipalité, qui dans ce moment était rassemblée; j'appris aux municipaux la prise de Séville, qui me parut faire beaucoup d'impression sur eux, et je leur demandai, en offrant de bien payer, un cheval de louage et un guide à cheval pour me diriger sur Grenade; le tout me fut gracieusement accordé, et pendant qu'on préparait mes chevaux, je dînai avec el sefior corregidor.

De Bujalance, j'allai à Caiiete de los Toros, où je ne me vis pas sans quelque émotion entouré par un assez grand nombre de paysans que la surprise de voir un Français seul chez eux, l'envie d'apprendre des nouvelles et mon uniforme de hussard (fort riche) avaient attirés près de moi; je leur contai mon affaire, tout comme à la municipalité de Bujalance, et j'obtins le même succès; on me fournit une mule pour moi et un guide monté de même pour me conduire à Valenzuela, où je n'arrivai pas sans peine, car l'allure de cette mule et ses fréquents caprices m'avaient cruellement fatigué.

Entre Canete et Valenzuela, je rencontrai un officier et une douzaine de soldats espagnols; je n'étais pas monté de manière à leur échapper, et je me crus perdu; ils avaient gravi une montagne de leur côté, tandis que je la montais du mien, en sorte que nous nous trouvâmes nez à nez quand nous eûmes atteint le haut de cette côte; je repris quelque confiance en voyant que l'officier seul était armé; ils s'arrêtèrent en m' apercevant et eurent l'air de se consulter; ils croyaient sans doute que j'étais suivi de quelques troupes françaises; je leur souhaitai fort poliment le bonjour, sans trop m' approcher; l'officier me le rendit de même; je lui demandai où ils allaient, et il me répondit qu'ils rentraient chez eux, à Bujalance, qu'ils étaient fatigués de la guerre et qu'ils ne voulaient plus la faire; je me hâtai de leur souhaiter un bon voyage, et je continuai ma route; j'en rencontrai encore d'autres, isolés et aussi sans armes, auxquels je fis une grande peur, car ils se jetèrent dans la campagne à droite ou à gauche de la route, aussitôt qu'ils me virent; je ne me

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