DÉPART POUR LA FRANCE
niers furent moins heureux, et beaucoup périrent par le feu des Espagnols et des Anglais; nous en sauvâmes cependant encore plus de 300.
Vers le milieu d'août, le 22, le maréchal Soult ayant des dépêches importantes à envoyer en France m'expédia en courrier pour Paris; malgré les risques à courir dans ce voyage, je fus charmé d'aller respirer Tair de France; d'ailleurs, l'exemple de tant d'ofBciers d'état-major pris et massacrés sur les routes avec leurs escortes ne m'effrayait pas, et je ne doutai pas que je ne fusse plus heureux qu'eux.
Nous étions si paisiblement possesseurs de l'Andalousie qu'on pouvait y voyager jour et nuit sans escorte; et la Manche étant bien garnie de cavalerie, j'obtins facilement d'être escorté ainsi depuis la Caroline jusqu'à Madrid; je traversai donc rapidement les provinces qui sont entre Séville et cette capitale, quoique la distance soit de quatre-vingt-dix lieues d'Espagne, c'est-à-dire environ cent quarante lieues de France.
Je restai un ou deux jours à Madrid, et j'en partis pour Rayonne avec un courrier-estafette de l'Empereur qui était chargé de dépêches du roi Joseph et deux courriers de la malle aux lettres qui avaient leurs femmes et leur malle-poste avec eux; ils étaient ravis de faire le voyage avec moi, parce que j'avais plus facilement des escortes.
Notre course se passa bien jusqu'à Olmedo, où nous couchâmes le 30 août; l'estafette, qui avait déjà fait plusieurs fois le voyage, me prévint que cet endroit était fort dangereux, parce que le maître de poste d'Olmedo était connu pour ennemi acharné des Français et avait son beau-frère dans une des bandes qui infestaient ces provinces; en partant de cette petite ville au point du jour, le 31, nous avions pour escorte 50 hommes d'infanterie qui devaient nous conduire jusqu'à Omachos, petit village à deux lieues d'Olmedo, où il y avait un poste de 50 hommes et un officier qui devaient nous mener à Valdestillas, tandis que mon escorte d'Olmedo devait garder son poste d'Ornachos jusqu'à son retour.
En arrivant à Omachos, l'officier qui y commandait, jeune
homme qui me parut fort intelligent, me dit qu'il était absolument inutile qu'il marchât avec ses 60 hommes pour m'escorter, puisque d'après tous les rapports des paysans et des alcades des environs, il n'y avait plus aucune guérilla dans le pays, qu'elles en étaient parties depuis plus d'un mois pour la Navarre, et que les routes étaient entièrement sûres.
En conséquence, je ne pris que 30 hommes d'infanterie, commandés par un sergent; cette escorte devait être relevée à deux petites lieues de là par un poste établi dans un grand couvent fortifié appelé Siete Iglesias. (L'escorte venue avec nous d'Olmedo y retourna sur-le-champ.)
Nous marchions gaiement et en toute confiance, et arrivés à un grand quart de lieue de ce couvent (que nous voyions très bien ainsi que la sentinelle française avancée), l'estafette me dit qu'il allait faire un temps de galop pour commander l'escorte qui, là, devait relever celle d'Ornachos, afin que nous n'attendissions pas et que nous pussions arriver de bonne heure à Valladolid; il partit en même temps, mais à peine était-il à cent cinquante pas de nous que les guérilleros, débouchant en foule d'un chemin creux où ils étaient embusqués, se jetèrent sur lui et le massacrèrent à nos yeux; je le vis se débattre un instant au milieu d'eux, mais il tomba bientôt percé de coups, et plusieurs de ces misérables mirent pied à terre pour s'emparer de ses dépouilles.
Cette rencontre me parut des plus fâcheuses; je voyais bien que nous n'étions pas en état de résister; les femmes des courriers commencèrent à jeter les hauts cris, et leurs maris ne paraissaient pas non plus très rassurés, c Voilà, dis-je au sergent, une vilaine affaire; il faut nous pelotonner autour de la voiture (la malle du courrier) et nous battre là. — Je crois, me répondit-il, qu'il vaut mieux gagner ce fourré, si nous en avons le temps, i
Il me montra, en disant ces mots, une espèce de petit bois qui était à environ cent pas sur notre droite; notre parti fut aussitôt pris, et nous nous y jetâmes promptement; mais avant d'y arriver, nous fûmes chargés par une partie des guérilleros: nos coups de fusilles arrêtèrent; ils commencèrent à