‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 73 sur 218 · BELLE CONDUITE DE MON ESCORTE · texte numérisé non relu

BELLE CONDUITE DE MON ESCORTE

avant cet ëvénement, mais celles-là valaient des années d'intimité; rien ne rapproche les hommes et ne leur inspire de véritable attachement comme de jg^ands dangers qu'ils partagent à la guerre et les secours qu'ils se prêtent, au risque même de leur propre vie, dans ces occasions d'un péril si imminent; je l'ai cependant perdu de vue, parce qu'il resta en Espagne et que j'allai en Russie ; je crois me rappeler qu'il s'appelait de Guillebon (4); c'est une bonne famille de Picardie.

Il me raconta qu'aux premiers coups de fusil qu'il avait entendus après notre départ d'Ornachos, il avait rassemblé ce qui lui restait de monde pour venir à notre secours, mais un homme qui lui manquait, et qui n'avait pas paru (2), Tavait retardé, parce qu'il ne voulait pas l'abandonner: enfin après l'avoir attendu vainement une demi-heure, il était parti, en recommandant à ses hommes de marcher à la distance de six pieds les uns des autres et de traîner leurs pieds dans la poussière, afin de faire croire qu'ils étaient beaucoup plus nombreux ; ce stratagème, tout simple qu'il était, réussit : les guérilleros l'envoyèrent reconnaître par quelques éclaireurs, mais il les reçut en faisant pousser de grands cris à ses hommes et en faisant battre la charge, en même temps qu'il faisait exécuter des feux de peloton; les Espagnols, qui virent qu'il n'y avait là que des coups à gagner et point de butin à 'faire, eurent bientôt pris leur parti, et c'est alors qu'ils s'éloignèrent de nous, emmenant la malle aux lettres, dans laquelle ils mirent leurs blessés, au nombre de huit, ainsi que me le dirent les postillons de Valdestillas, quand je repassai par cet endroit à mon retour de France.

(i) De Guillebon ( Antoine- Josepb-Théodore), né à Amiens le 14 juillet 1789, lieutenant au 4« bataillon auxiliaire de l'armée d'Espagne, mis à l'ordre da jour le 8 septembre 1810, pour avoir traversé un corps de 600 à 700 Espagnols avec un détachement de 22 hommes allant au secours de M. de SaintpChamans, aide de camp de M. le duc de Dalmatie. (Archives de la guerre.)

(2) Cet homme ne revint dans le village qu'après le départ de l'oflQcier et fut caché par l'alcade dans le clocher; les cavaliers espagnols qui nous avaient attaqués se portèrent sur ce village en apprenant qull était évacué et y brûlèrent le poste retranché qu'avait occupé M. de Guillebon et ses cinquante hommes.

En arrivant dans ce dernier village, j'y trouvai M. de Fontenay (i) (fils de la célèbre Mme Tallien, princesse de Garaman ou de Chimay). Il était aide de camp du général Beaumont (2) et allait joindre ce général employé à l'armée d'Andalousie; je lui appris ce qui venait de m'arriver; depuis le matin il entendait notre feu et attendait à Yaldestillas le départ d'un détachement pour continuer sa route, mais on savait déjà que les guérilleros étaient en force du côté d'Olmedo, et personne n'était pressé de se diriger vers ce point; je lui persuadai de revenir avec moi à Yalladolid, et je mis mes blessés dans un convoi de malades qui partait de Yaldestillas pour Yalladolid, où ils arrivèrent le même jour.

J'allai descendre dans cette ville chez le général Kellermann (3) (comte de Yalmy), qui en était gouverneur; il était à table au moment où j'entrai chez lui, et après avoir reçu de moi tous les détails que je viens de donner sur cette affaire, il me dit qu'on lui avait rapporté que les bandes réunies des Bourbons (4) et de Sahornil avaient enlevé le matin un officier (c'était moi) avec son escorte, et que tout avait été massacré; et effectivement, un quart d'heure après, au moment où nous sortions de table, un officier d'état-major, qu'il avait encore

(1) Devin de FonUnay (Théodore), né & Paris le 1*^ mai 1789, voloûtaire dans la garde du roi de Naples en 1806, officier dans la légion portugaise le 1" avril 1808, aide de camp du général Beaumont le 29 août 1809, capitaine au 8« hussards le 9 février 1813, aux chasseurs des Ardonncs en 1824.

(2) Beaumont de Carrière (Louis, baron), né à Malplacey (Aisoe) le 14 avril 1771, f *6 décembre 1813, cavalier au 6« dragons le l*»" avril 1787, sous-lieutenant au 6* hussards le 29 novembre 1792, chef de brigade le 27 germinal an IX au 10* hussards, général do brigade le l*' nivôse an XI Y, général de division le 4 novembre 1812.

(3) Kellermann (François-Etienne, comte de Valmy), né à Metz en 1770, f 2 juin 1835, sous-lieutenaot au régiment colonel-général-hussards, volontaire au 1«' régiment de hussards, chef de brigade, puis adjudant général pendant la campagne d'Italie; contribua d'une manière décisive à la vio toire de Marengo par sa charge & la télé des 2« et 10* régiments de grosse cavalerie; générai de division le 16 messidor an VIII, pair de France en 1815; quitte le service en 1816.

(4) La bande des Bourbons s'appelait ainsi, parce qu'elle s'était formée d'une partie du régiment de Bourbon-cavalerie.

La bande de Sahornil avait pris le nom de son chef. Ces deux bandes rétinies formaient un corps de 500 &600 chevaux. (Noie de VauUur,)

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