‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 74 sur 218 · RÉFLEXIONS PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS PHILOSOPHIQUES

envoyé aux renseignements (et qui n'y avait pas été), vint lui rapporter que l'offlcier attaqué du côté de Valdestillas avait été pris et tué avec toute son escorte ; ces messieurs de l'état-major, qui entendaient dire cela dans la ville, aimaient mieux le croire que d'aller y voir; le général Kellermann le reçut assez mal, et lui fit entendre clairement qu'il n'était qu'un étourdi, pour ne rien dire de pis.

Je restai deux jours à Yalladolid, attendant toujours une escorte, car le général Kellermann avait fait marcher toutes ses troupes disponibles pour donner la chasse aux guérilleros; j*y étais vu d'assez bon œil, ce combat avait fait du bruit, et le rapport de mes blessés, que plusieurs personnes avaient été questionner, était fort à mon avantage; le général fit luimême au prince Berthier, alors major général, un rapport très favorable pour moi, et dont j'étais porteur; je n'en fus pas plus récompensé. Si un ofBcier de Tétat-major de l'Empereur ou de Berthier s'était aussi bien tiré de ce mauvais pas, il n'y aurait pas eu assez de place dans les journaux pour chanter ses louanges, pas assez de grâces à répandre sur lui, soit au ministère de la guerre, soit à la Légion d'honneur; mais c'était un aide de camp du maréchal Soult qui s'était distingué, cet aide de camp était tout à fait étranger à la cour et aux coteries de ces messieurs, on n'en parla donc pas. On me refusa même le grade de colonel, que le maréchal Soult demandait pour moi à cette époque, et je vis accorder ce grade, dans ce même voyage, à beaucoup de mes cadets qui avaient l'esprit de ne pas aller se faire échiner en Espagne et de gagner leurs épaulettes dans les salons et dans les boudoirs de Paris.

Un gouvernement se garderait bien de ces injustices, si communes dans l'état militaire, s'il savait le déplorable effet qu'elles produisent ; un régiment donné à tort à un officier médiocre décourage et mécontente les lieutenants-colonels de Tarmée et tous les officiers de son grade qui y prétendaient avec plus de droits que lui; quelque dévoué que soit un militaire, un passe-droit l'irrite; il se néglige, et souvent cette injustice le jette hors de la ligne de ses devoirs; il en est

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sévèrement puni, et il paye quelquefois de sa tète une faute que le gouvernement, qui le fait condamner, l'a presque forcé à commettre; mais ceci n'est pas de mon sujet : je viens de me transporter à Paris et à la cour, revenons à Yalladolid.

J'en partis avec une escorte d'infanterie de 50 hommes commandés par un officier, relevés à toutes les stations par un détachement de pareille force, et je continuai ma route jusqu'à Hernani, petit bourg à quelques lieues des frontières de France, sans aucune rencontre f&cheuse; mais à moitié chemin de cette poste à Oyarzun, je fus attaqué de nouveau par une bande d'une cinquantaine de brigands à pied qui étaient embusqués dans les bois et l/ss gorges au milieu desquels passe le grand chemin dans cette partie; nous continuâmes notre route en tiraillant avec eux pendant une lieue, et en approchant d'Oyarzun, nous trouvâmes une partie de la garnison de cette place qui, avertie par le bruit de la fusillade, venait à notre secours. Les brigands se sauvèrent aussitôt dans les bois, et nous n'en pûmes prendre aucun; j'eus dans cette rencontre un homme blessé, et je reçus une balle qui perça ma redingote sans me blesser.

J'atteignis Irun le même jour, et j'entrai aussitôt en France, me sentant un poids de cent livres de moins sur les épaules en quittant l'Espagne, où j'aurais bien voulu ne jamais rentrer; je courus à franc étrier jusqu'à Bordeaux; là, je louai une chaise de poste, et je me rendis plus commodément à Paris.

J'y restai environ un mois, et j'appris, en recevant mes dépêches pour retourner vers le maréchal Soult, que l'on m'avait refusé le grade de colonel; cela amortit un peu le beau feu qui m'animait en venant; je résolus de voyager moins vite, afin de voyager plus sûrement, et ayant rejoint à Burgos le corps d'armée du général Drouet (i) qui se rendait à Yalla-

(1) Drouei (Jcan-BapUste» comte d'Erlon), né à Reims le 29 juillet 1765, enrôlé dans un bataillon de volontaires nationaux en 1792, aide de camp du général Lefebvre, général de brigade an VIII, général de division an XI; se distingua tout particulièrement à léna; comte de TEmpire avec dotation en 1807; arrêté par ordre du ministre de la guerre le 13 mars 1815; pair de TEmpire le 2 juin 1815 ; se couvre de gloire à Waterloo ; poursuivi & la deuxième Restauration, il se retire en Bavière; amnistié à roecasion

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