‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 75 sur 218 · SÉJOUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

SÉJOUR EN FRANCE

dolîd^ je mcurchai jusque-là à petites journées, et en assez bonne compagnie pour ne rien craindre; de Yalladolid, je gagnai Ségovie avec un fort détachement d'infanterie et de dragons, et bien m'en prit, car nous rencontrâmes près de Ségovie la bande de Sahornil; mais elle nous trouva trop forts pour nous attaquer, et elle se contenta de nous observer; nous prîmes, avant d'arriver à Ségovie, un ofiBcier des chasseurs de la Romana, qui était déguisé en paysan; il avait son uniforme sous sa grosse veste de drap brun, et il était porteur de papiers qui le compromettaient; nous le remîmes au gouverneur de Ségovie, et il fut, quelque temps après, jugé et fusillé comme espion et embaucheur.

De Ségovie, j'allai par les escortes ordinaires jusqu'à Madrid, où je ne restai qu'un ou deux jours; j'y vis en passant Joseph Bonaparte, avec qui je causai tête à tète à peu près une heure; il me demanda d'abord ce qu'il y avait de nouveau à Paris, et ensuite si l'on n'y disait pas que je prince des Asturies (Ferdinand VII, alors enfermé à Valançay) allait remonter sur le trône d'Espagne. Je lui répondis, ce qui était vrai, que j'en avais entendu parler confusément à Paris, mais pas par des personnes qui fussent à portée de le savoir.de bonne source.

A l'air aisé et même gai dont il m'avait fait cette question, je m'imaginai qu'il n'aurait pas été fâché que l'Empereur l'eût tiré d'Espagne, pour l'envoyer régner autre part; ce qu'il y a de certain, c'est que les Espagnols en auraient été fort aises.

Je me rendis de Madrid à Séville assez facilement, et j'arrivai dans cette dernière ville trente jours après mon départ de Paris; je n'en avais mis que seize en allant.

Je trouvai le maréchal Soult occupé à préparer une expédition contre Badajoz; il espérait prendre cette ville pendant que les troupes anglaises, espagnoles et portugaises étaient employées en Portugal contre l'armée du maréchal Masséna, et faire en même temps une diversion favorable à cette armée

du sacre, le S3 mai 1823, il ne fut rappelé & l'activité qu'en 1832; gouverneur général de 'Al érie en 1834, maréchal de France le 9 avril 1843.

en se portant en Estramadure; je lui avais appris que le maréchal Masséna était assez embarrassé dans ce pays; en revenant de Paris, j'avais rencontrée Torquemada le générai Foy, qui portait à l'Empereur des dépèches de ce maréchal, et qui m'avait donné sur l'armée française en Portugal des détails qui prouvaient qu'elle n'était pas dans une position avantageuse; il m'avait chargé de les communiquer à Joseph Bonaparte et au maréchal Soult.

Ces nouvelles déterminèrent le maréchal à hâter sa marche sur Badajoz, et il mit ses troupes en mouvement à la fin de 1810; je fus envoyé par lui à Cordoue, afin de marcher avec la colonne, qui, de cette ville, se dirigeait directement sur rËstraviadure, où elle devait rejoindre les troupes venant de Séville.

Je partis de Cordoue avec deux régiments de dragons commandés par le général Bouvier des Esclaz (1), homme sans moyens et qui s'effrayait de tout; nous allâmes nous joindre, en passant par les montagnes de Cordoue, à une belle division d'infanterie commandée peur le général Gircurd (â), jeune homme de beaucoup de bravoure, et qui avait contribué puissamment, à la tète de cette même division, au gain de la bataille d'Ocaf&a; cette division était à Guadalcanal, et nous piarchàmes ensemble sur Llerena, d'où nous chassftmes les Espagnols, et continuant notre route, nous rejoignîmes le maréchal Soult dans les environs de Zafra.

Cette armée, qui allait faire le siège de deux places fortes, se composait de deux divisions d'infanterie du corps du maréchal Mortier, faisant ensemble à peu près 10 i 11,000 hommes, d'un matériel d'artillerie assez considérable, mais cependant pas en proportion de la grandeur de l'entreprise, de quelques troupes de l'artillerie et du génie, d'une division de dragons et de .quelque cavalerie légère.

C'était bien peu, sans doute, mais toutes ces troupes étaient éprouvées, et l'on pouvait tout entreprendre avec elles; d'ail-

(1) Bouvier des Etclaz (Joseph, baron), né & Belley le 7 décembre 1759, f 12 janvier 1830, cavalier dans le 11* régiment de dragons le 7 novembre 1778, lieutenant le 8 juin 1792, colonel du 14* régiment de dragons le 20 septembre 1806, baron de l'Empire le 22 novembre 1808, général de brigade le 8 octobre 1809, retraité le 15 novembre 1815.

(2) Tué au combat de Flenrus, en 1815.

leurs, il n'avait pas été possible de dégarnir davantage l'Andalousie.

Le maréchal Soult, ayant ainsi réuni tout son monde, se porta sur Olivenza, ville forte à quatre lieues de Badajoz; il la croyait abandonnée; mais les Espagnols y avaient jeté une garnison de quelques mille hommes, la plupart milices ou régiments de nouvelle formation» et nous y fûmes reçus à coups de canon; il fallait donc commencer par prendre cette ville avant de songer à Badajoz, et c'était déjà un grand obstacle de plus; on se hâta de remuer de la terre et de mettre quelques pièces en batterie afin de jeter des obus dans la ville; la garnison n'opposa qu'une faible résistance, et au bout de peu de jours elle se rendit prisonnière de guerre.

La prise de cette ville nous donna de grands moyens ea artillerie, et surtout en poudres et boulets, pour le siège de Badajoz, qui fut aussitôt entrepris; mais c'était un morceau de plus dure digestion»

Nous avions aussi trouvé des vivres et beaucoup de bon vin à Olivenza; le maréchal y établit ses hôpitaux et une petite garnison composée d'hommes malingres; l'administration y resta également pendant tout le siège de Badajoz.

On commença, comme dans tous les sièges, par remuer beaucoup de terre autour de la ville, sur les deux rives du Guadiana, car Badajoz est traversée par cette rivière; le maréchal Soult n'épargnait pas ses aides de camp, et toute la journée et toute la nuit, il y en avait dans la tranchée; je ne prétends pas cependant faire l'historique de ce siège avec la minutieuse exactitude d'un ofîicier du génie, qui n'oublierait pas un seul gabion, ni une seule fascine; je me contenterai d'en indiquer les événements.

Nos travaux avançaient rapidement, et la garnison n'en retardait point les progrès; une seule sortie qu'elle avait tentée, et où elle avait été repoussée vigoureusement, l'avait sans doute dégoûtée d'en faire d'autre, quoiqu'elle fût commandée par un homme de cœur et de tète nommé Menachos; les Espagnols se contentèrent de faire sur nous un feu continuel de leur artillerie qui était très nombreuse et très forte;

Page 1