‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 79 sur 218 · COLONEL DU 20' RÉGIMENT DE DRAGONS · texte numérisé non relu

COLONEL DU 20' RÉGIMENT DE DRAGONS

Aussitôt que j'entrai dans son cabinet, ii me tendit une lettre ministérielle, en m'annonçant que c'était mon brevet de colonel, et que je devais me rendre sur-le-champ & la tète du 20* régiment de dragons, dont le chef était depuis quelque teitips en France et paraissait ne devoir pas revenir en Espagne. « Je vais demander pour vous au ministre, ajouta-t-il, le commandement définitif de ce régiment, qui restera provisoirement sous vos ordres, jusqu'à ce que j'aie reçu sa réponse. »

Je le remerciai de ses bontés, et je me retirais lorsqu'il me rappela pour me dire que, le maréchal Marmont désirant visiter le champ de bataille d'Albuéra, c'était moi qu'il avait désigné pour le lui montrer et lui indiquer nos principales positions et celle des Anglais. Ce fut la dernière mission que je reçus du maréchal Soult, et je m'en acquittai de mon mieux.

Il y avait huit ans que j'étais son aide de camp sans l'avoir quitté une minute, autrement que par suite des missions qu'il m'avait confiées; j'étais entré auprès de lui avec une grande joie et j'en sortis de même, car les mauvaises manières qu'il avait avec moi depuis notre dernière conversation m'avaient tout à fait dégoûté de sa société; il ava^t déjà été de même lorsque je l'avais rejoint à Stettin en 4808, mais alors j'étais dans mon tort, et je redoublai de zèle pour le lui faire oublier; cette fois-ci, je croyais avoir raison, et je ne fis aucun efl'ort pour apaiser sa mauvaise humeur.

Je dis donc que je m'éloignai de lui avec joie, et je m'attends que beaucoup de gens vont me taxer d'ingratitude et me rappeler qu'étant entré auprès de lui en i803 avec le grade de sous-lieutenant, je le quittais en 4841 avec celui de colonel; que j'étais officier de la Légion d'honneur; que dans ces huit années de service j'avais joui à son état-major de très bons appointements, et qu'il m'avait souvent donné des missions agréables, notamment celle de Pétersbourg; mais il me sera facile de répondre à ces allégations, toutes vraies qu'elles puissent être.

Le maréchal Soult est d'un caractère dur, et surtout égoïste; il ne prend qu'un médiocre intérêt à ceux qui servent auprès de lui; il a donc fallu que je lui eusse rendu des services bien

prouvés et de quelque importance pour qu'il m'ait accordé tous les avantages dont je viens de parler; si l'on avait vu de près combien de fois, dans ces huit années, j'ai fait une entière abnégation de moi-même et des choses qui m'intéressaiept le plus pour mieux m'acquitter des ordres qu'il me donnait; si l'on avait été à portée d'apprécier le zèle infatigable et même irréfléchi avec lequel je m'employais de tous mes moyens physiques et moraux pour des choses auxquelles il était presque seul intéressé; si l'on pouvait compter combien de jours et de nuits j'ai passés sans repos pour mieux le servir, combien de soins empressés et de petits sacrifices de plaisirs et de jouissances je m'étais imposés pour lui; si, disje, on pouvait sans prévention récapituler toute cette masse d'obligations, on serait peut être forcé d'avouer que les torts étaient de son côté, car une partie des avantages que j'avais trouvés auprès de lui, il me les avait fait involontairement, tandis qu'au contraire j'avais toujours employé mes plus grands efforts pour l'obliger et lui être agréable.

J'avoue que sans lui. mes services auraient pu être oubliés, ou moins bien récompensés; mais je crois avoir acquitté ma dette par les preuves nombreuses que je lui ai données d'un dévouement sans bornes; j'eusse été blâmable de ne pas en agir ainsi; il eût été ingrat de ne pas m'en récompenser; si cet échange tacite de services et de récompenses n'existait pas entre les petits et les grands, les uns et les autres se trouveraient fort embarrassés; mais en voilà assez, et peut-être même trop sur cet article.

En quittant le maréchal Marmont, après lui avoir montré le champ de bataille d'Albuéra, je me rendis à Séville pour y faire quelques emplettes que ma nouvelle position me rendait nécessaires; j'y tombai légèrement malade, et je ne rejoignis le âO régiment de dragons que dans le mois d'août! Il était alors à Llerena; il était faible en chevaux, et je voyais peu de probabilités qu'il dût être bientôt renforcé; cela m'en dégoûta, et j'écrivis à mes amis de Paris pour qu'ils tâchassent de me faire obtenir le commandement d'un des régiments de cava* lerie stationnés en Allemagne ou en Italie.

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