‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 8 sur 218 · A BORD DE LA FLOTTILLE · texte numérisé non relu

A BORD DE LA FLOTTILLE

Franceschi me conseilla de paraître reconnaissant de cette mission, comme je le devais; la raison commençait à me revenir : j'allai remercier le maréchal. Il me reçut fort bien, m'encouragea et me dit, entre autres choses : « En revenant ^ ici avec nos canonnières, vous rencontrerez les Anglais, on f se battra, et tous les boulets qu'on vous enverra, je les ferai « tomber dans votre poche; il faudra bien alors qu'on vous i rende votre croix. » Je dis la croix en parlant de la Légion d'honneur, parce que cet Ordre paraissant à cette époque devoir remplacer celui de Saint-Louis, on disait assez généralement « la Croix > pour exprimer la décoration de l'Ordre de la Légion d'honneur, et le maréchal Soult, qui certes n'était pas de l'ancien régime, avait lui-même adopté cette dénominotion, qui avait une certaine commodité d'expression propre à la mettre en usage.

Je le crus, et je partis gaiement; je fus bien accueilli au Havre, surtout par M. de Montcabrié (1), capitaine de frégate, commandant la division des canonnières avec laquelle je devais revenir à Boulogne, et par M. Domon (2), alors chef d'escadrons au 3* régiment de hussards, et depuis lieutenant général.

Pour la forme, je restai quelques jours embarqué sur la canonnière amirale, et j'y étais bien malade; enfin je me fis

puté à TAssemblée législative de 1791 ; nommé, en l'an VI, commissaire pour Torganisation de la descente en Angleterre, convertie ensuite en expédition d'Egypte; ministre de la marine le 2 frimaire an YIII, conseiller d'État, préfet maritime au Havre, puis à Gènes, en prairial an Xin.

(1) Peytes de Montcabrié (François-Henri, comte de), né à Toulouse le 3 juin 1766, flO juin 1833, aspirant garde de la marine le 28 mai 1781, capitaine de frégate le 21 mars 1796, chef d'état-major et des mouvements an Havre, puis embarqué sur la flottille de Boulogne. Admis à la retraite le 26 août 1818 avec le grade lionoriûque de contre-amiral.

(2) Domon (Jean-Siméon, baron), né & Maurepas (Somme) le 2 mars 1774, t 5 juillet 1830. Entra dans le 4« i)ataillon des volontaires nationaux de la Somme le 6 septembre 1791, colonel du 8« de hussards le 10 août 1809, baron de r£mpîre le 22 octobre 1810, général de brigade le 7 août 1812, capitaine des gardes du roi do Ne pies, puis colonel général de la cavalerie du royaume de Naplcs, lieutenant général le 19 août 1814, mis en nonactivité le 1" octobre 1815, éloigné comme suspect, rappelé à l'activité pour la campagne de 1823.

16 MÉMOIRES DIT GÉNÉRAL DE SÀINT-GHAMANS.

débarquer et je ne retournais plus à bord que lorsque le vent paraissait nous devenir favorable pour mettre à la voile.

Nous l'attendîmes quarante jours, pendant lesquels je fis au maréchal de fréquents rapports, ainsi qu'il me l'avait ordonné, et il me fit connaître qu'il en était satisfait (1).

Enfin nous partîmes; nous profitâmes d'une nuit obscure afin de nous dérober à la croisière anglaise qui, ayant des bâtiments beaucoup plus forts, nous aurait pulvérisés; nous voguâmes assez rapidement toute la nuit et une partie du lendemain, mais nous fûmes joints à la hauteur de Dieppe par une frégate et quelques bâtiments légers, anglais, avec lesquels nous engageâmes une canonnade assez nourrie pendant deux heures : l'affaire me parut chaude, et, quoique un peu étourdi d'un feu aussi vif, auquel je n'étais pas encore accoutumé, je montrai assez de bonne volonté et de fermeté pour qu'on fît de moi une mention avantageuse dans l'ordre du jour qui parut sur cette affaire; et je me sentis tout con-

(i) Extrait d'une lettre du colonel Franceschi, premier aide de camp du maréchal Soult :

« Boulogne, 17 fructidor an XII.

« Le général en chef est satisfait de votre correspondance et de votre « zèle; il compte sur vous, il vous Ta dit vingt fois; comptez sur son « amitié, elle est durable pour les personnes qui, comme voas, ont un bon « cœur, de l'intelligence et le désir de bien faire; les détails que voas lui « donnez lui font plaisir ; quant au désir que vous témoignez de faire « quelque chose qui lui soit agréable, il est persuadé que si cela n'arrive « pas, c'est Toccasion qui vous manquera, et si vous ne la trouvez pas sur « votre canonnière, plus tard le hasard vous servira mieux.

« Continuez à écrire au général, surtout continuez à aimer les personnes « qui vous aiment ; ce sera acquitter une dette envers lui et envers « moi, etc., etc.

« Signé : J.-B. PaANCEScm. »

Extrait d*unê leUre de M. Ducolombier, tecrétaire particulier du maréchal Soult.

« Boulogne, le 29 fructidor an XII.

€ M. le Maréchal me charge, mon cher Saint-Chamans, de vous témoi- « gner sa satisfaction de votre conduite, de votre exactitude et de l'intelli- « gence que vous déployez dans la mission qu'il vous a conûée. Il espère « que les vents favorables vous amèneront bientôt près de lui avec la « division que vous devez escorter, et il vous re verra avec beaucoup de « plaisir, etc.

« Signé : Ducolombier. »

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