‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 9 sur 218 · COMBAT NAVAL · texte numérisé non relu

COMBAT NAVAL

soie du désagrément que j'avais éprouvé deux mois aupara- Yant (1).

Nous profitâmes encore de la nuit après cette canonnade, pour dérober notre marche à l'ennemi, et, favorisés par un bon vent, nous nous trouvâmes le lendemain matin dans le port de Boulogne. J'allai saluer le maréchal et lui rendre compte de notre traversée. Il parut satisfait de me revoir, et, de part et d'autre, tout fut oublié.

Tous les bâtiments de la flottille qui, à cette époque, étaient réunis au Havre, étaient arrivés à Boulogne. Il n'y avait donc plus de motif pour moi de repartir, et il n'en fut pas question.

Quand, dans la suite, je me suis rappelé cette circonstance de ma vie, je n'ai pu m'empêcher d'admirer la patience du maréchal Soult, et, certes, à sa place, j'aurais promptement renvoyé dans sa gentilhommière ce petit sous-lieutenant de vingt-deux ans qui, sans avoir encore été bon à rien, venait proposer sa démission avec autant de morgue et d'opiniâtreté qu'aurait pu le faire Turenne ou Yillars; au reste, même au moment où j'écris cette note (1816), je ne sais si je dois le remercier de sa patience ou le maudire, car je me crois encore payé pour penser, malgré le poste honorable que j'occupe, que l'état militaire est le plus malheureux que puisse choisir, un homme par les dégoûts, les injustices, les souffrances, les privations et les dangers dont on y est journellement accablé.

Peu de temps après, le 24 février 1805, je fus nommé lieutenant, et je continuai à servir, comme aide de camp, auprès du maréchal Soult, que j'avais suivi au couronnement de l'Empereur; je reçus mon nouveau brevet à notre retour à Boulogne.

(1) Peu de jours avant mon arrivée au Havre, les Anglais avaient bombardé cette ville, et un chef de division française, embossé dans la rade avec une division de canonnières, étant rentré dans le port peut-être un pea trop tôt, fut accusé par les liabitants d'avoir manqué de courage;

eela qnll fait.

Je m'attachais de plus en plus au maréchal, et, de son c6té, il me témoignait de la confiance et beaucoup de bonté; j'éprouvais une vive impatience de trouver des occasions de lui prouver que je n'en étais pas indigne; elles ne tardèrent pas à se présenter.

L'Angleterre voyait avec trop d'inquiétude les immenses préparatifs que faisait l'Empereur à Boulogne et sur la c6te pour ne pas chercher à détourner l'orage qui la menaçait : elle trouva moyen d'intéresser l'Autriche dans sa querelle; les armées de cette dernière puissance s'avancèrent en Bavière, et les troupes françaises qui, depuis plusieurs jours, étaient embarquées sur la flottille de Boulogne et n'attendaient, pour traverser le canal qui les séparait des Anglais, que l'arrivée d'une flotte française, débarquèrent précipitamment et se rendirent à marches forcées sur le Rhin; jamais la France n'avait eu d'aussi belles troupes, ni plus aguerries; jamais elles n'avaient été animées d'un meilleur esprit, et il était facile en les voyant de prévoir l'issue de cette campagne, quoiqu'elles eussent à combattre les forces réunies de deux grandes puissances, l'Autriche et la Russie; cette dernière venait de s'allier étroitement avec l'Angleterre et l'Autriche, et même la Prusse, mais les troupes prussiennes n'entrèrent en campagne que l'année suivante.

Le maréchal Soult commandait le 4* corps d'armée (c'était le camp de Boulogne), qui se composait de quatre divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie, avec les troupes d'artillerie et du génie à proportion de la force de cette armée et des immenses travaux qu'on exécutait à Boulogne et sur la c6te, et pour lesquels le concours de ces deux armes était nécessaire.

Le maréchal Soult avait de plus sous ses ordres une forte division d'infanterie italienne qui était à Calais, avec de nombreux détachements de cavalerie à pied; mais ces dernières troupes ne le suivirent pas en Allemagne.

Toutes ces divisions réunies ne formaient pas un total de 50,000 hommes (combattants).

Les divisions d'infanterie étaient commandées par les gêné-

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