NOMMÉ A L'ARMÉE D'ITALIE
connues, et qui en est éloigné, les regrettera toujours; c'est pour cela que je ne veux plus en parler.
Mon commandement se trouvant ainsi rapproché du quartier général du maréchal Soult, alors établi à Séville, j'avais de fréquentes relations avec lui; j'y mis tout le respect que je devais à mon chef militaire, et l'empressement affectueux que je portais & mon ancien général.
D commença à me regarder d'un œil moins irrité, et quelques affaires heureuses que j'eus dans mon gouvernement contre les partisans espagnols, jointes à mon extrême exactitude dans le service, me rendirent, non pas son amitié, mais une demi-bienveillance gracieuse qui était tout ce que je lui demandais; je résolus de m'en tenir là, et je crois que j'ai bien fait; d'ailleurs, il n'aimait pas qu'on le recherchât trop directement, et si je m'étais jeté à sa tète il m'aurait tourné le do9.
J'avais obtenu de faire quelques remontes dans le pays pour mon régiment; d'un autre côté, j'avais reçu du dépôt, qui était en France, des hommes, des habits et quelques chevaux; à la fin de 4841, j'avais déjà 300 hommes à cheval, et je commençais à me plaire dans le commandement de ce régiment, dont la réputation, sous tous les rapports, était excellente, lorsque je reçus de Paris la nouvelle que j'avais été nommé colonel d'un régiment de chasseurs qui était en Italie (1); le plaisir de rentrer en France, ne fût-ce que pour la traverser, l'espérance d'obtenir un avancement plus prompt en faisant la guerre sous les yeux de l'Empereur (car on parlait déjà de ses querelles avec la Russie), me firent oublier le 20* régiment de dragons et les belles Andalouses; je fis promptement et avec joie les apprêts de mon départ, et le 1** janvier 1812, je me rendis à Séville pour y prendre congé du maréchal Soult.
(1) Cétait le 8* régiment de chaBseurs; il était alors en garnison à Breada.
Je restai deux jours à Séville en attendant les dépêches que le maréchal voulait me remettre pour Paris; je revins passer deux autres jours à Carmona pour faire mes adieux à mes amis, car j'en avais beaucoup, hommes et femmes, dans cette jolie ville, et le 15 janvier dans la nuit, je me mis en route pour France.
A cette époque, on ne voyageait plus en Espagne, une fois sorti d'Andalousie, qu'avec 3 ou 400 hommes d'escorte et quelquefois plus; encore n'était-on pas sûr d'arriver sans obstacles à sa destination; j'étais payé pour bien prendre mes précautions, d'après le combat très vif que j'avais eu à soutenir près d'Olmedo, en 1810; mais d'un c6té l'impatience d'arriver au terme d'une traversée aussi cruelle, et de l'autre l'alternative de rester plusieurs jours dans un mauvais village à attendre une forte escorte, ou d'en partir sur-le-champ avec 50 hommes, me fit prendre souvent ce dernier parti; je n'eus heureusement pas lieu de m'en repentir; je n'aperçus que deux fois les guérillas espagnoles dans ce voyage, et j'étais alors trop bien escorté pour qu'elles vinssent nous attaquer.
J'arrivai à Irun à la fin de janvier, et je me rendis aussitôt à Bayonne, où je trouvai plusieurs lettres qui m'attendaient, dans l'une desquelles on m'apprenait que l'Empereur, à qui on avait persuadé que je n'arriverais pas de longtemps, avait donné le 8* régiment de chasseurs au comte Edmond de Périgord (1) (depuis duc de Dino et lieutenant général).
(1) Tallêyrand-Périgord (Alexandre-Edmond, duc de Dino), né à Paris le !•' août 1787 (aide de camp du prince de Neucb&tel du 10 mars 1807 an