‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 85 sur 218 · POLOTSK · texte numérisé non relu

POLOTSK

conquêtes qu'il aurait ambitionnées, soit vers Pétersbourg, soit vers Moscou.

Mais ce plan était trop lent et trop sage pour Napoléon, qui des plus grandes entreprises de guerre voulait toujours faire des coups de main... Revenons à Polotsk.

Le maréchal Oudinot eut, les 30 juillet et i*' août, sur l'armée russe qui nous était opposée, et qui était commandée par le prince de Wittgenstein, quelques avantages marqués; sur ces entrefaites, le général Gouvion-Saint-Cyr, qui commandait un corps d'armée bavarois (de 25,000 hommes en entrant en Russie, et déjà, sans avoir combattu, réduit à 8^000), vint se joindre à nous; ce qui restait de ce corps était très beau et se battit fort bien.

Le prince de Wittgenstein marchait au même moment pour nous attaquer; après diverses affaires assez insignifiantes, le maréchal Oudinot se replia sous les murs de Polotsk le i6 août.

Le 17, une fusillade fort vive s'engagea entre les deux armées, sans cependant qu'il y eût d'engagement général, ni de mêlée; un village fut vivement disputé par les tirailleurs des deux armées; la cavalerie ne donna pas; le maréchal Oudinot, toujours au milieu des tirailleurs, y fut atteint d'une balle et partit pour Wilna. Le général Gouvion-Saint-Cyr prit alors le commandement des deux corps d'armée réunis ; il était fort capable de les bien mener.

Le 48, après avoir passé une partie de la journée à faire ses dispositions, le général Gouvion-Saint-Cyr attaqua l'ennemi campé à un quart de lieue de nous, et profita si bien de quelques accidents de terrain en faisant filer son infanterie dans des ravins et des chemins creux, qu'il surprit l'infanterie russe dans ses bivouacs et la battit complètement, quoiqu'elle fft une vigoureuse résistance; mon régiment fut engagé le soir, et fit d'ailleurs une assez belle charge sur des tirailleurs d'infanterie russe, au nombre d'environ 1,500, qui furent tous tués ou pris; mais ayant rencontré ensuite quelques escadrons de cuirasisers russes, nous fûmes ramenés, dans le plus grand désordre, jusqu'auprès de Polotsk, où les Russes furent à leur

tour chargés par des cuirassiers français qui les hachèrent, et nous les poussâmes fort loin, même après la nuit venue.

Le général en chef bavarois de Roy fut tué dans cette bataille, où l'armée bavaroise fit merveille.

Cette affaire, fort belle pour le général Gouvion-Saint-Cyr, et qui lui fit donner aussitôt le bâton de maréchal, fut assez triste pour notre brigade; car leâO chasseurs et le %• lanciers furent encore plus malmenés que mon régiment; j'y courus de grands dangers (1).

Une circonstance assez plaisante m'arriva dans toute cette mêlée; un de mes chasseurs qui conduisait mon cheval de rechange, ayant vu de loin que notre première charge avait réussi, accourut, dans l'espérance de dépouiller quelques prisonniers et de faire du butin ; mais il se trouva mêlé dans la chasse que nous donnèrent les cuirassiers russes, et fut pris par deux d'entre eux qui mirent aussitôt pied à terre et commencèrent par lever la schabraque qui était sur ma selle et par prendre mes effets de bivouac, c'est-à-dire une grande redingote dans laquelle je me couchais, et un bonnet fourré de velours, pour la nuit; ce bonnet fourré, où il y avait quelques galons d'or, les tenta tous deux, et ils se disputèrent vivement et longtemps à qui l'aurait; pendant ce temps, nos cuirassiers ramenèrent vigoureusement les Russes, et mes .deux coquins, n'ayant pas eu le temps de remonter à cheval,

(î) Le maréchal de Gouvion-Saint-Cyr, dans ses Mémoiret, donne la relation suivante de l'affaire da 3 septembre 1812 devant Polotsk :

« Le 3 septembre, le général Radianow ayant passé la Dwina, prôs de Drissa, à la tête d'un détachement de cavalerie composé de son régiment de Cosaques, de celui de Platow, des escadrons de réserve des régiments de uhlans et de dragons de la garde, tomba à l'improviste sur un petit bataillon de marche d'environ 300 hommes, que le commandant de Wilpa avait envoyé pour détruire le vaste et fameux camp retranché établi si inutilement par les Russes à Driessa avant l'ouverture de la campagne.

« Le bataillon en question avait avec lui pour s'éclairer un escadron du 7" chasseurs. Surpris et enveloppé par les troupes dix fois supérieures du colonel Radianow, il eut assez de bonheur ou d'adresse pour se tirer d'affaire sans d'autre perte que celle de ses maraudeurs. Mais l'escadron du 7* chasseurs perdit une grande partie de ses cavaliers. >

L'escadron engagé dans cette affaire était le S"; il perdit : 1 sous-lieutenant tué, M. d'Âubusson-Lafeuillade : t sous-lieutenants prisonniers, M. Perret, M. Poupard ; 48 hommes de troupe tués. (Archives de la guerre.)

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