RETRAITE SUR LEPEL
du corps russe qui avait passé cette rivière, et avec lequel nous eûmes quelques affaires assez vives, et toutes à notre avantage; dans la dernière, nous lui fîmes près de 2,000 prisonniers; mais le maréchal Gouvion-Sain^Cyr avait été forcé de s'affaiblir pour nous envoyer des renforts.
C'était à Polotsk que la grande affaire se décidait; le maréchal, après s'y s'être battu avec acharnement pendant deux jours, jugea nécessaire d'évacuer la ville, que l'ennemi bombardait et qui était déjà en feu; les Russes souffraient horriblement pendant ces diverses attaques.
Ce fut dans la nuit du 19 au 20 octobre que la retraite se flt; le maréchal Saint-Cyr, blessé, se retira à Wilna; mon régiment se trouva pendant quelques jours sous les ordres du comte de Wrède, général bavarois qui commandait une de nos colonnes; c'était un bon général, et qui connaissait bien la guerre; je l'avais vu aussi fort beau sur le champ de bataille de Polotsk, le 18 août.
Du 19 au 23 octobre, nous nous battîmes tous les jours avec la cavalerie russe, en continuant notre retraite sur Lepel.
Le 24 octobre (1), nous fûmes attaqués par 12 ou 1,500 che-
(1) Relation de raffaire du 24 octobre, d'après les mémoires du général Curely , qui y prit part avec un.détachement do 20* régiment de chasseurs :
« Pendant ce temps, l'ennemi arriva avec des forces supérieures et nous « canonna de manière à nous faire partir ; il répara de suite le pont et mit «toute sa cavalerie à nos trousses.
« Nous nous trouvâmes alors adossés à un bois, le colonel de Saint-Gha- « mans avec le 7* régiment de chasseurs et moi avec mes 50 hommes. Nous « avions contre nous toute la cavalerie ennemie, accompagnée d'artillerie, « qui tiraillait à mitraille sur le 7*. Le bois que traversait le régiment était « très étroit ; nous retirer par ce chemin en colonne par deux nous exposait à « perdre les trois quarts de notre monde. J'étais placé avec mes 50 hommes « juste en avant du déûlé et j'avais le 7* & ma gauche ; je pouvais me retirer « sans perte, mais il n'en était pas de même du 7*. Le colonel lo sentit bien ;
< il vint au galop me trouver, et en deux mots nous convînmes qu'avec « mes 50 cavaliers je chargerais et je mettrais en fuite plus de 200 Cosaques « qui étaient devant moi, que je tournerais ensuite rapidement à gauche « pour prendre en flanc le gros de l'ennemi, qui faisait face au 7«, et qu'au « même moment ce régiment le chargerait de front. Ce qui fut dit fut fait ; « les 200 Cosaques ne pesèrent pas une once ; je tombais déjÀ sur le gros de « l'ennemi, très étonné de voir que le 7* ne l'avait pas encore abordé, mais
< il arriva une minute après; l'ennemi fut culbuté, sabré, mis en déroute, « et ses canons furent pris; il revint encore à la charge et fut encore re- « poussé. Alors un régiment de troupes fraîches reprit la charge en masse;
vaux soutenus par de l'artillerie; le pays par lequel nous de* vions nous retirer étant un défilé presque continuel, nous nous hâtâmes d'en sortir, afin de trouver une plaine où notre brigade, qui faisait l'arrière-garde du général de Wrède, pût se former et manœuvrer devant l'ennemi; mais les Russes nous serrèrent de si près qu'à la sortie d'un défilé, et avant d'entrer dans un autre, le général Corbineau profita d'une petite plaine pour y mettre mon régiment en bataille, et il m'ordonna d'y tenir ferme afin d'arrêter l'ennemi, et de donner aux deux autres régiments le temps de passer tranquillement le défilé qui était derrière nous, ce qu'ils firent aussitôt.
Au même moment, l'avant-garde de l'ennemi débouchait sur moi en trois colonnes formant à peu près six escadrons de hussards et lanciers; ils mirent, sans perdre un instant, leur artillerie en batterie, et ils commencèrent à nous mitrailler vigoureusement.
J'avais quatre escadrons; j'en laissai un en réserve, et j'ordonnai aux trois autres de charger chacun une des colonnes ennemies; je me plaçai à la tête de l'escadron du centre, et je fis aussitôt mon mouvement.
En un clin d'œil ces trois colonnes furent enfoncées et leur
« nous tînmes encore un instant, mais il fallut céder; nous perdîmes les « canons que nous avions pris; nous nous repliâmes sur le chemin du « bois et y entrâmes fort tranquillement; l'ennemi respectait noire audace. « Le colonel de Saint-Chamans, qui montra une grande bravoure, fut « blessé d'un coup de lance & l'épaule droite. Le 7*était fort de 300 hommes, « j'en avais 50, nous battîmes & nous deux plus de 1,200 cavaliers russes. « Le renfort qui leur survint ne comptait pas moins de 400 à 500 hommes. « Nous perdîmes 5 ou 6 hommes; l'ennemi eut beaucoup de blessés, et « nous tuâmes tous les chevaux de ses canons et de ses caissons» puisque « nous ne pouvions les emmener. »
Ei€U nominatif des officien et sout-officieri propoiés pour l'avancement ou Vadmiition dam la Légion d^honneur après la bataille de la Bérézina.
« Sourd, chef d'escadron, proposé pour officier; Dausse, capitaine ; Mouginot, capitaine; Grandin, lieutenant-a4Judant-major ; Hulot, lieutenant; Grillon, lieutenant; Dubois (Hippoly te), sous-lieutenant; Villageux, souslieutenant; Durelet, sous-heu tenant; Oenoix, chirurgien; Yandelmer, maréchal des logis; Gendron, maréchal des logis; Ancé, maréchal des logis, proposés pour chevaliers.
« Certifié par le colonel du 7* régiment de chasseurs,
« Chevalier db Saint-Chah ans. »
(Archives de la guerre.)