‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 91 sur 218 · ARRIVÉE A STRASBOURG · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A STRASBOURG

J'étais donc loin de prévoir, en arrivant avec ces idées i Strasbourg le l*' février 1813, que six mois après je me retrouverais encore sur les champs de bataille.

Il y avait un an que j'avais quitté les environs de Cadix et les bords du Guadalquivir pour venir faire la guerre sur les rives de la Dwina et du Dnieper; j'avais parcouru un espace de 1,200 lieues de continent, et partout sur ma route j'avais trouvé les divisions de l'armée française occupant les principaux points militaires, et leurs commandants donnant des lois depuis le détroit de Gibraltar jusque sur le Kuriches HafT; à présent cette même armée, non pas battue, mais anéantie, et qui avait perdu l'existence sans perdre l'honneur, repassait l'Elbe sans cavalerie, sans artillerie, sans armes, et dans le plus affreux dénuement; mais tout à coup^ paraissant reprendre une nouvelle vie à mesure qu'elle s'approchait de la terre natale, elle se reporta en avant et courut à de nouveaux triomphes qui, hélas ! ne devaient être qu'un nouvel aliment i l'extravagance de son général; en approchant des bords du Rhin, je rencontrais chaque jour de nombreux bataillon^ qui, par la gaieté et la rapidité de leur marche, semblaient appeler et défier les armées ennemies; j'espérais encore une paix avantageuse pour la France; j'avais oublié que Napoléon était là pour nous commander et nous détruire (1).

(i) Note de la main du colonel de Saini-Chamans figurant au dattier du 7* régiment de chatteurt.

État des pertes en oflBciers subies pendant la campagne de 1812 : Capitaine Minot, blessé &la bataille de la Bérézioa, pris à Wilna; Bachot, lieutenant, mort des suites de ses blessures ; Caudrillier, lieutenant, prisonnier de guerre; Chaumont, lieutenant, tué le 24 octobre 1812; D'Aubnsson-Lafeuillade, sous-lieutenant, tué le 8 septembre 1812; Perret, sous-lieutenant, prisonnier de guerre le 3 septembre 1812; Picquot, sous-lieutenant; Nidard, sous-lieutenant; Poupart, sous-lieutenant, prisonniers de guerre.

On n'a pas de nouvelles de M. le capitaine Grottel, mais il y a tout lieu de croire qu'il est & Dantzig.

Certifié véritable par le colonel.

Chevalier de Saint-Gh amans.

Paris, le îeféTTier 1813.

Je restai quinze jours à Strasbourg, et j'y achevai ma convalescence. La bonne chère, le bon vin, l'air de France, le plaisir de parler à des Français, la joie de n'être pas resté en Russie, les lettres de ma famille et de mes amis..., que de motifs pour reprendre de la santé 1 Aussi j'en repris si fort que, quand j'arrivai à Paris, où le ministre m'autorisa à venir soigner ma blessure, on me trouva presque engraissé et vermeil.

Une seule chose m'inquiétait : c'est que je ne retrouvais pas l'usage de mon bras droit; je faisais assez bien les mouvements qui dépendent de la main, mais je ne pouvais lever le bras, ni le porter en arrière; les plus fameux chirurgiens, que je consultai, me conseillèrent d'attendre les chaleurs et de prendre des douches très chaudes sur l'épaule et sur le bras.

Malgré nos affreux, désastres et la perte, en une seule campagne de 300,000 hommes, nos compatriotes ou nos alliés, on n'en était pas moins gai à Paris; il y avait même des fêtes à la cour très fréquemment, et notamment un bal masqué où je fus invité, et où l'on ne voyait que des dominos roses.

Je suivis le torrent, et je m'amusai beaucoup; le vin de Bordeaux et les belles Parisiennes me firent oublier la bière et les paysannes de Jurowitschi; je ne pensai plus que je venais de bivouaquer en Russie, et que bientôt j'irais bivouaquer en Allemagne; dans ce temps de ma jeunesse, hier ni demain n'étaient rien pour moi.

Le carême vint cependant, et avec lui les réflexions ; je n'en

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