BATAILLE DE LEIPZIG
regardait pas, mais pour tuer le temps, nous nous amus&mes i tirailler; nous n'étions pas en force sur ce point du champ de bataille; les Autrichiens s'en aperçurent, et ils firent venir un bataillon dont le feu nous gênait beaucoup, et une batte^ rie d'artillerie qui nous incommodait encore davantage, car elle nous tirait si fort à son aise que pas un coup ne manquait son homme; je perdais beaucoup de monde sans pouvoir me défendre, et j'avoue que cela me faisait de la peine; ce feu devint si vif, et mes rangs s'éclaircirent tellement que le désordre commença à s'y mettre; les chevaux abattus et qui gigotaient encore faisaient reculer les autres, et plusieurs hommes mettaient pied à terre pour emporter leurs camarades blessés; la contenance du régiment était encore fort bonne, mais il fallait encourager mes chasseurs pour que cela continuât, et je commençais à leur dire quelques bonnes paroles militaires en allant de la droite à la gauche, quand tout à coup je fus enlevé de dessus mon cheval et jeté à terre sans aucune connaissance (1). C'était un boulet qui, ayant passé assez près de moi pour effleurer le cuir de ma giberne, à hauteur des épaules, m'avait renversé et causé une terrible commotion (particulièremen dans la poitrine) dont je me suis ressenti longtemps, et dont je me ressens encore quelquefois.
(1) Bîai de» pértei iubies par 1$ 7* régimefU dé ekauêun
pendant la bataille de Leipzig.
Iflf. Dubois, a4judant-niajor, tué.
Grandin, capitaine, tué.
Duboismandé, lieutenant, tué.
Bontin, sous-Ueutenant, tué.
VaDgrasweld, sous-lieutenant, tué.
Castel, capitaine, mort des suites de ses blessures. Saint-Ghamans, colonel, blessé et prisonnier de guerre. Yieillageux, lieutenant, blessé.
Larderet, chef d*escadrons, blessé.
Denoix, chirurgien aide-major, prisonnier de gueire. Vénière, capitaine, prisonnier de guerre. Saint-Ghamans, lieutenant, prisonnier de guerre. Mespliés, lieutenant, prisonnier de guerre. Ghavaudon, lieutenant, prisonnier de guerre. Micfaonnet, sous-lieutenant, prisonnier de guerre. BottSii, 8008-lieutenant« prisonnier de guerre.
(Archives de la guerre.)
240 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL DE 8AINT-GHAMANS.
Quand je revins à moi, on m'emportait dans un manteau et j'entrais dans le village où, deux heures avant, nous devions manger le pâté; je sentais ma bouche se remplir abondamment, je crachai dans ma main, et je vis avec effroi que c'était du sang; je ne doutais plus que je ne fusse perdu; d'ailleurs, j'éprouvais d'affreuses douleurs, et je me persuadai fermement que j'avais les reins cassés.
J'avais avec moi mon chirurgien, il en appela un autre fort instruit (je crois du 23* ou du 24* de chasseurs); malgré leur air d'assurance, ils me paraissaient assez inquiets; enfin, après m'avoir déshabillé et tàté tout le corps, ils décidèrent que c'était une forte contusion et commotion, et qu'il fallait me saigner, ce qu'ils firent aussitôt et fort abondamment; mais je ne me sentis pas soulagé, et je persistais à croire que j'avais peu de moments à vivre.
Le village où l'on m'avait déposé pouvait à chaque instant être emporté par l'ennemi, car la fusillade était très vive et notre armée ne gagnait pas de terrain; on résolut de me porter à Leipzig; nous en étions à deux lieues; on mit de la paille sur une civière à fumier, on me campa là-dessus non sans me faire jeter les hauts cris, car pour peu qu'on me touchât le haut du corps, j'éprouvais des douleurs atroces depuis la nuque du cou jusqu'au bas des reins.
On me portait avec beaucoup de peine, et nous avancions lentement; en entrant dans un grand village, à une lieue de Leipzig, nous vîmes revenir beaucoup de blessés qui nous apprirent que les Cosaques interceptaient la route de Leipzig, et l'on me déposa dans une maison inhabitée; il me prit un moment après des vomissements violents presque tout composés de sang noir et en caillots; j'éprouvais des douleurs si vives que je suppliais ceux qui m'avaient porté de m'achever en leur disant que c'était un service à me rendre ; heureusement, aucun d'eux n'en voulut rien faire, car quoique j'aie bien souffert depuis, je trouve que la vie est encore une bonne chose (1).
(1) Il fallait que je fusse bien high-tpiritêd au moment où je dictais cette dernière phrase, mais je chante rarement sur ce ton-là..