PRISONNIER DE GUERRE
j'étais en garnison avec mon régiment à Rostock; mais le réveil était rude quand il nous fallait aller toucher notre demi-thaler chez le commandant suédois.
Je ne voyais pas de raison pour que tout cela fintt, et je commençais à m'ennuyer de cette position; mes finances, d'aiUeurs, touchaient à leur fin; j'avais bien écrit partout, même en Amérique, pour avoir de l'argent; mais les lettres voyageaient d'une manière si lente et si incertaine que je désespérais de jamais recevoir de réponse, quand nous apprîmes tout à coup que le prince royal de Suède venait de donner l'ordre que nous fussions reconduits en France, sur parole de ne plus servir, de toute la guerre, contre la Suède ni ses alliés, jusqu'à parfait échange.
Je n'essayerai pas de peindre notre joie; elle tenait de la folie; nous calculions déjà le jour de notre rentrée en France, celui où chacun de nous reverrait sa famille et ses amis; nous ne prévoyions aucun obstacle, et nous signâmes gaiement le cartel qui nous fût représenté par ordre du prince royal de de Suède; il était ainsi conçu :
c Je soussigné.... fait prisonnier de guerre par l'armée que c commande S. A. H. le prince royal de Suède, et remis en c liberté à condition de me représenter au temps et lieu où c j'en serai requis et de ne plus servir pendant la guerre c actuelle, ni contre les troupes de S. M. le roi de Suède, ni c contre celles des puissances ses alliés, jusqu'à parfait c échange, promets et m'engage sur mon honneur de remplir c fidèlement lesdites conditions. En foi de quoi j'ai signé la c présente.
« Rostock, le 4 décembre 1818. »
Le jour de notre départ, le commandant suédois nous donna à déjeuner; nous n'avions eu qu'à nous louer de lui pendant que nous avions été sous sa surveillance; le déjeuner fut gai et amical; nous bûmes, et de grand cœur, à la santé du prince royal, qui nous rendait à notre pays et à nos familles, et les officiers suédois burent à la santé de l'empereur Napoléon.
Nous partîmes dans des chars à bancs et dans des charrettes du pays qu'on renouvelait dans chaque gîte; nous avions avec nous un officier suédois chargé de notre police en route.
Tout se passa bien jusqu'à Hanovre, mais là, nous eûmes un premier désagrément : ce fut de voir changer ToÉBcier commandant le convoi; il avait eu tant d'attentions pour nous que nous résolûmes de lui donner une marque de souvenir; ce n'était pas un cadeau riche, nous n'étions pas en état de l'offrir, et il ne l'aurait pas accepté; mais en nous cotisant, nous ramassâmes quelques louis dont on acheta une assez belle pipe d'écume de mer, garnie en argent; il ne fit aucune difficulté de l'accepter, car nous étions plutôt ses amis que ses prisonniers.
Nous continuâmes notre route pour Wesel, qui était le point où nous devions être rendus; ce trajet était rude pour nous dans une saison aussi cruelle et voyageant toujours dans des charrettes découvertes; nous arrivions le soir transis de froid et mouillés jusqu'aux os, et le gîte et le souper qu'on nous donnait ne contribuaient pas à nous restaurer; ma santé, déjà languissante, en souffrit beaucoup, et je recommençai à sentir des douleurs de poitrine qui provenaient de ma dernière blessure, mais le bonheur de revoir la France et ma famille me faisait passer par-dessus tous ces maux, et je me promettais tant de repos et de plaisirs dans mon pays, que j'aurais été presque fâché de ne pas souffrir avant d'y arriver; je n'avais plus d'argent, mais je me disais que dans peu de jours rien ne me manquerait.
Nous arrivâmes à la fin de décembre dans la petite ville de Bochold, où le général prussien de Borstell, qui commandait dans cette partie, avait établi son quartier général; nous n'étions qu'à deux lieues de Wesel, où nous savions qu'était le maréchal Macdonald avec un corps d'armée français; nous ne doutions pas que le lendemain nous ne lui fussions envoyés par un parlementaire; mais qui compte sans son hôte compte deux fois, et le général Borstell fut pour nous un hôte très fâcheux.
Il nous fit venir chez lui, et quand nous y fûmes tous ras-