‹ Mémoires du général Dirk Van Hogendorp, comte de l'empire, etcChapitre 17 sur 32 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Départ pour Vienne avec mission de passer par Cassel. La nouvelle cour du royaume de Westphalie. Négociations qui n'aboutissent pas. Jean de Muller, Thistorien des Suisses. Aspect de la cour du roi Jérôme. Ordre de partir pour Vienne. Nouveaux changements de ministres en Hollande. M. G. Six. Le baron de Roest. Arrivée à Vienne (1808). Fêtes du mariage de l'empereur d'Autriche avec sa troisième épouse. Mme Van Hogendorp, avec ses enfants, rejoint son mari. Les créanciers Hollandais de l'Autriche. DépréciiUion des finances Autrichiennes. Projets de remède à la situation. Ils sont traversés par les financiers Hollandais. M. Van der Hoop, représentant de la maison Hope.

Le roi me pressa de partir et me chargea de passer par Cassel pour complimenter son frère sur son avènement à la couronne de Westphalie, et pour négocier avec lui la cession qu'il vouloit lui faire de huit bataillons d'infanterie tout équipés. et composés d'Allemands , pour la plupart Westphaliens.

J'obtins du roi la permission d'emmener avec moi mon fils comme auditeur, attaché à la mission. La saison me força de laisser à La Haye ma femme et mes enfans, qui dévoient me rejoindre au printemps.

Je trouvai la nouvelle cour de Cassel dans la confusion d'un premier établissement. Le roi Jérôme m'accueillit fort bien, et, comme l'ambassadeur d'un prince de sa famille , me fit loger au pavillon de Belle-

vue, habité auparavant par la maîtresse de Télecteup, où je trouvai tous les agréments possibles. J'allois dîner tous les jours au Palais , avec le grand-maréchal ; et le soir j'avois l'honneur de faire la partie de la reine ^ ordinairement avec le vieux comte de Westphalen et le comte de Meerfeld, tous deux alors fort assidus à faire leur cour.

Après les compliments d'usage de la réception , je lui parlai des huit bataillons Allemands. Je lui vantai la belle tenue des troupes. Oui! dit-il, en riant, le pré-» sent est fort beauj si beau même que je soupçonne qudque dessous de cartes de la part de mon frère. H me renvoya à son ministre de la guerre. Celui-ci étoit un officier François, nommé Moris, qu'il avoit en peu de temps avancé au grade de général. Ce jeune homme, chargé d'organiser une armée pour le nouveau royaume,* n'y entendoit rien, et avoit pourtant une grande pré* somption; il craignoit, voyant ime foule d'officiers Aile-» mands et François s'offrir pour sa nouvelle armée, de resteindre son patronage en acceptant des bataillons complets. Mais il ne couvroit ce motif d'aucune raison plausible. Je m'adressai encore au roi, qui étoit si bien prévenu par Mr. Moris qu'il ferma les yeux à ses propres intérêts; et j'annonçai ensuite au roi Louis l'opposition que j'avois éprouvée, ce qui l'irrita. H licencia les troupes; la plupart des soldats Westphaliens, que j'avois enrôlés l'année d'avant comme prisonniers Prussiens , et les officiers , gens instruits et pleins de bravoure qui sortoient des régiments de Waldeck, entrèrent isolément au service de Westphalie.

J'attendis à Cassel le retour de mon fils, que j'avois envoyé à Utrecht pour annoncer au roi le résultat de

la négociation; ce qui me permit de voir rouverture de l'assemblée législative du nouveau royaume. Comme il étoit composé d'une infinité de petits états , qui différoient par leurs constitutions, leurs moeurs et leurs religions, les députés formoient un assemblage singulier de personnes étonnées sans doute de se voir ensemble membres d'un même corps. J'y trouvai parmi les Prussiens quelques anciennes connoissances. J'y revis le célèbre Jean de Muller , l'historien des Suisses , l'auteur d'une histoire générale et de plusieurs autres ouvrages fort estimés, et regardé comme un des premiers publicistes de l'AUemagne. Il s'étoit toujours hautement déclaré contre Napoléon. Mais en 1806 l'empereur, étant entré dans Berlin et sachant qu'il étoit dans cette ville, le fit venir, et eut avec lui dans son cabinet une fort longue conversation. Jean de Muller en sortit l'un de ses plus grands admirateurs , et rempli d'enthousiasme et d'attachement pour ce même homme dont il avoit été jusques-là im des ennemis les plus acharnés. J'eus avec Jean de Muller quelques entretiens confidentiels , dans lesquels il me raconta lui-même ce fait. L'empereur Napoléon l'avoit recommandé , comme un homme propre au ministère des relations extérieures, à son frère Jérôme qui étoit loin d'en faire le même cas, et qui néanmoins lui donna cette place. On cherchoit à la cour à le rendre ridicule; on répandit sur son compte des bruits injurieux: et ce savant modeste, qui ne se sentoit pas fait pour le ministère, le quitta et obtint la direction-générale de l'instruction publique, dont n ne jouit pas longtemps : la mort le moissonna peu après.

La cour oflfroit im aspect plus bizarre encore que

rasssemblée législative. Les François y dominoient, mais n'étoient pas en général fort distingués. Quoique l'empereur eut permis à ses frères d'emmener des François avec eux, il n'aimoit pas à leur voir prendre ce parti, et les désapprouvoit en les voyant donner à ceux qui les avoient suivis les meilleures places civiles et militaires de leurs états , au détriment des nationaux. Mais ses frères ne savoient pas se prêter à ses conseils. Et ils furent pourtant quittés successivement par la plupart des François, qui se trouvoient placés dans une situation fausse et qui aimoient mieux retourner en France, où ils étoient obligés de redescendre à des grades inférieurs à ceux qu'ils avoient obtenus en passant au service étranger.

Le roi Jérôme étoit, comme ses autres frères, fort jaloux de Tascendant que Napoléon devoit naturellement avoir sur eux; il répétoit sans cesse qu'il n' étoit pas et qu'il ne vouloit pas être le préfet de son frère. H montroit d'ailleurs d'heureuses dispositions, de l'appli* cation au travail , et le désir de faire le bien. La reine étoit la princesse Catherine , fille du roi de Wurtemberg de son premier mariage avec une princesse de Brunswick. Elle aimoit passionnément le roi , en étoit même jalouse et avoit lieu de l'être. Jérôme portoit toujours sur son sein le portrait du fils qu'il avoit eu de son premier mariage avec M"® Patterson. La reine avoit de la grâce et de la beauté avec un peu trop d'embonpoint; et sa politesse engageante ne sembloit que l'expression de sa bonté naturelle. La grande-maîtresse de sa cour étoit la comtesse de Truchsess de Waldbourg , née princesse de HohenzoUem, qui joignoit à une belle figure et à un extérieur imposant un caractère hautain^

impérieux, et qui voulut tout gouverner à force d'intrigues. Son mari étoit Prussien , fils d'une parente de la comtesse de Keyserling, de celle-là même dont j'ai parlé au commencement de ces mémoires. Je Tavois connu enfant à Koenigsberg. Son épouse ne pouvoit supporter la présence des Françoises venues avec la cour.

Mon fils m'apporta enfin l'ordre de partir aussitôt pour Vienne. Le roi Louis venoit encore de changer entièrement son ministère. H s' étoit dégoûté de son ministre secrétaire d'état, Mr. Roëll, et pour s'en débarrasser, lui avoit donné le ministère des relations extérieures à la place de Mr. Van der Groes, qui ne fiit plus que grand-chancelier de Tordre royal de Hollande avec une forte pension. H étoit pourtant , par ses connaissances, par son caractère doux et ses manières distinguées , éminemment propre au poste qu'il cédoit à Mr. Roëll , qui s'y trouvoit tout-à-fait hors de sa sphère. Mais le roi ne vouloit pas un ministre pour secrétaire d'état , ce qui le gênoit ; et il étoit dans son caractère et dans ses principes d'employer les hommes à ce qui lui plaisoit, sans s'inquiéter si leurs talents s'y prêtoient ou non. Pour éloigner le plus possible de lui Mr. Verhuell, il l' avoit nommé à la mission de St. Pétersbourg, et l' avoit forcé, malgré lui, à partir sans retard. Mr. Verhuell trouva moyen d'en instruire l'empereur Napoléon, qui alors le demanda pour être ambassadeur à Paris, et, comme il ne voyageoit qu'à petites journées , il reçut ordre à Francfort de se diriger vers la France.

Mr. Guillaume Six , homme d'esprit et d'une instruction fort étendue, mais d'une vanité ridicule, n' étoit encore qui conseiller d'état, et brûloit d'envie d'être

ministre. Il tut enfin nommé ministre-président du conseil d'état, et peu de temps après, au premier jour de Tannée 1808, venant à la tête du conseil d'état complimenter le roi, il s'avisa de lui parler beaucoup du Grand Napoléon son frère.

Le lendemain Louis le nomma son ministre près la cour de Russie, à la place de Mr. Verhuell.

Dès ce moment il commença à ne se plus contraindre ; il détruisait sans cesse pour créera il satisfesoit, autant du moins qu'il le pouvoit, cette inconstance qui étoit devenue en lui comme une passion.

H étoit le même dans son intérieur ; il se plaisoit à étonner tout le monde par des nominations bizarres et inopinées. Un jeune homme de vingt ans, le baron de Bioest , devint en moins de deux ans , de sous-lieutenant, général-major et grand-marécbal du palais , sans aucun de ces talents distingués ou de ces qualités supérieures qui font pardonner un avancement extraordinaire , sans autre recommandation que d'être attaché à la religion Catholique, à laquelle en effet Louis tenoit beaucoup. Quand je pris congé du roi Jérôme, il me pria de commencer à établir entre lui et la cour de Vienne des relations diplomatiques , et de communiquer au comte de Stadion, alors ministre des relations extérieures en Autriche, l'intention où il étoit d'y envoyer comme son ministre le comte de Meerfeld. En acceptant la commission qu'il me donnoit, je lui dis que je doutois que cette nomination, agréable sans aucun doute à la cour de Vienne , plût également à l'empereur Napoléon. La suite Ta prouvé: il ne goûta pas alors mon avis.

J'arrivai à Vienne, en Janvier 1808, pendant les fêtes du mariage de l'empereur avec sa troisième femme ,

fille de son oncle Tarcliiduc Ferdinand , et de la princesse Béatrix de Modène. Je reçus un accueil amical du comte de Stadion, dont j'avois été le collègue en Russie. Je fus , peu après , présenté à Tempereur François , à l'impératrice et aux archiducs, qui tous me donnèrent de grands témoignages de bienveillance.

La commission dont m'avoit chargé le roi de Westphalie eut un heureux succès , et la cour de Vienne en voya le comte de Grtiime, comme son ministre à CasseL On apprit cependant , quelque temps après , que ce seroit Mr. d'Estemo qui viendroit , au lieu de Mr. de Meerfeld*

D'après tous les usages reçus en diplomatie, je devois m' attendre, de la part du roi de Westphalie, à un présent, sur lequel pourtant j'aurois en vain compté. Je ne sais si les présents ne sont que la récompense de la corruption ou de l'intrigue; mais j'ai toujours été laissé à cet égard dans un honorable oublL

Le seul que j'aie jamais reçu est le diadème en diamants que l'empereur de Russie a donné à ma femme.

Le frère de ma femme, le prince de Hohenlohe, colonel au service d'Autriche, obtint alors un congé pour aller en Hollande voir sa mère et ses soeurs, et à son retour me ramena ma femme et mes enfans, au mois de mai 1808.

Une de mes principales obligations étoit de veiller aux intérêts des créanciers HoUandois de l'Autriche. La cour de Vienne avoit successivement , dans le cours du dernier siècle , fait des emprunts très considérables en Hollande. Une des conditions étoit que les rentes seroient payées exactement en Hollande même, et en argent de Hollande , par les banquiers chargés de ces négociations , Mrs. GoU et Co. à Amsterdam , et Mrs. Ozy à Rotter-

dam; ce qui ftit observé pendant une longue suite d'années, à Tlionneur du crédit de rAutriclie. Mais après les revers multipliés qu'éprouvèrent ses armées pendant les guerres de la révolution, elle se trouva épuisée et hors d'état de fournir les fonds pour le payement des intérêts en Hollande; et sous le ministère des finances du comte de Zichy elle déclara ne pouvoir solder les rentes, ni faire le remboursement des capitaux aux termes fixés, qu'à Vienne même et en billets de banque de Vienne, qui n'avoient réellement que le tiers ou même le quart de leur valeur nominale , de sorte que c'étoit faire une banqueroute presqu' entière à ses créanciers. Ceux-ci firent éclater leur indignation ; mais n'ayant pas deux cent miUe hommes à faire marcher pour appuyer leurs plaintes, eUes restèrent sans effet, surtout tant que dura la guerre. Dans une assemblée tenue par les intéressés, mécontents de la conduite de la maison GoU et Co. , on avoit fait choix de la maison 'Hope et Co. pour prendre en main les intérêts des créanciers, et agir en leur nom auprès de la cour de Vienne; et on y députa Mr. Robert Voûte, dont j'ai déjà parlé , et qui avoit été si heureux en Russie dans une circonstance à peu près semblable. Il le ftit moins cette fois ou , pour mieux dire , il échoua tout-à-fait. Les créanciers s'adressèrent ensuite au roi Louis, pour obtenir son intervention en faveur de leurs droits et de leurs justes prétentions auprès de la cour de Vienne. Ce soin me fat donc confié. A la première audience que j'eus de l'empereur, je lui représentai l'état malheureux où se trouvoient réduits les créanciers Hollandois par le changement arbitraire introduit dans le

mode de payement des rentes. L'empereur en parut

frappé, touché même, et me dit qu'il en consulteroit avec ses ministres , qui me feroient connoître sa réponse. C'étoit la marche naturelle de l'affaire. Le comte de Stadion m'en parla bientôt, mais de manière à me laisser peu d'espoir. Je lui présentai alors une note par écrit, fort détaillée, où je développois le véritable état de la question, et où je demontrois l'injustice qu'on fesoit aux créanciers en les forçant à accepter des valeurs si au-dessous de celle à laquelle ils avoient droit de prétendre, ce que je ne craignois pas de nommer une banqueroute au moins partielle, dont la conséquence étoit la ruine du crédit de la cour de Vienne en Hollande. H me répondit: mais sa note contenoit une suite de justifications et de raisonnements , qui ne prouvoient rien que la pénurie où l'Autriche avoit été réduite par les guerres et les désastres qu'elle avoit essuyés. H me renvoya pourtant au comte de Zichy, et au comte d'Odonnel, qui venoit de remplacer le premier dans le ministère des finances. Les conférences que j'eusavec eux n'eurent pas un plus grand effet. Des plaintes , des réclamations appuyées sur le bon droit, d'un côté; de l'autre des protestations d'une bonne volonté rendue inutile par les circonstances, des excuses, et quelqu'espoir pour l'avenir, rien enfin qui amenât une conclusion. Le roi m' avoit autorisé , pour accélérer la marche de l'affaire à correspondre directement avec la maison de Hope et Co. J'en reçus des notes volumineuses où le bon droit des créanciers étoit établi avec une évidence , inutile pour moi, qui en étois convaincu, et pour les ministres Autrichiens, qui s'y refusoient. Ils n' avoient pas d'argent, ou peut-être ne vouloient pas en donner, ayant déjà en vue la nouvelle guerre de 1809.

Je dirigeai alors mes tentatives stir un antre point.

La cour d'AntricHe essaya dans ce temps de vendre nne partie de ses riches et vastes domainL. non ponr payer ses dettes , mais pour se mettre en état de courir une autrefois les chances de la guerre. Mais dans l'intérieur il n'y avoit pas d'argent ; les étrangers n'avoient pas de confiance; la vente ne put s'effectuer. Je formai là-dessus mon plan: je ne négligeai rien, avant d'agir, pour m' assurer qu'il étoit raisonnable; il fut approuvé entr' autres par le baron de Millier, banquier Suisse et en même temps chargé des affaires de la république Helvétique à Vienne, très au courant des affaires intérieures et de l'état financier de l'Autriche , qui me donna toutes les informations que je pouvois désirer.

Je résolus, donc de proposer au gouvernement Autrichien l'achat, dans chacune de ses provinces proportionnellement, d'une partie de ses domaines estimés d'après les cadastres sur le prix auquel ils étoient affirmés , pour la valeur totale de sa dette en Hollande , ce qui auroit en même temps l'avantage de relever son crédit pour de nouveaux emprunts, s'il en avoit besoin, et donneroit peut-être à d'autres capitalistes assez de confiance pour acheter aussi de ces domaines.

Je proposois de l'autre côté aux créanciers en Hollande de s'associer à rentreprise pour la valeur de leurs créances , en échangeant leurs titres de l'Autriche contre des actions, et de se former en une société qui se choisiroit des directeurs. H devoit y avoir à Vienne, pour l'administration et les rentes, une direction centrale, composée de commissaires HoUandois, et dans chaque province une sous-direction , qui , tenue de rendre ses comptes à la première, auroit régi les domaines et

dirigé les rentes annuelles. On auroît envoyé en Hollande le produit des revenus , qui auroit été distribué aux intéressés au lieu de rentes ou dividendes. On auroit annuellement dans les provinces vendu un vingtième, ou un vingt-cinquième de la totalité des domaines, ce qui auroit servi à payer le capital d'autant d'actions, en forme de loterie ; de sorte qu'au bout de vingt à vingtcinq ans , toute la dette eut été liquidée. Beaucoup de gens sensés et qui se connoissoient en finances l'ont jugé ainsi. Les intéressés eussent été totalement remboursés en valeur effective; ils sont maintenant estimés avoir perdu les deux tiers ou les trois quarts de ce qu'ils ont avancé. La réussite de mon plan dépendoit de la promptitude et du secret. J'expédiai mon fils en Hollande. Le roi parut d'abord tout approuver. Mais le ministre des relations extérieures, Mr. Roëll, après avoir consulté la maison Hope, ou plutôt Mr. Laboucbère, qui en étoit déjà comme le chef, et Mr. Robert Voûte, l'oracle, comme je l'ai déjà dit, des capitalistes, soutint avec ces messieurs et persuada au roi que mon projet ne valoit rien. Pour les raisons , on ne me les a jamais dites. Mr. Voûte fit au roi un espèce de rapport, qui servit à motiver la décision qu'on lui fit prendre, et qui me fat envoyé en réponse. Il ne rouloit que sur de vaines déclamations contre la probabilité que la cour d'Autriche y consentit et sur les difficultés qu'on trouveroit dans l'exécution. Mr. Voûte finissoit par établir qu'une affaire de cette nature devoit être traitée, non pas diplomatiquement, par un ministre, mais commercialement, si je puis le dire, par des négociants instruits en finances, auxquels le ministre ne feroît que prêter au besoin son appui. C'étoit pour tirer l'af-

faire de mes mains , que Mr. Voûte et ses amis , voulant agir à leur fantaisie et dans leurs propres intérêts, avoient provoqué la décision que le roi adopta. Mr. S^oëll m'en instruisit , et me manda que la maison Hope , agissant pour les intéressés , avoit chargé Mr. Van der Hoop de se rendre à Vienne et d'y continuer cette négociation qui me devenoit étrangère; que le roidésiroit seulement que je présentasse à la cour Mr. Van der Hoop, et le jeune Mr. Hodshon qui devoit raccompagner. Du reste il se contraignoit jusqu'à louer mon zèle et mes bonnes intentions.

Quelque désagréable tournure qu'eut prise pour moi cette affaire, je résolus de faire mon devoir. Je communiquai au comte de Stadion l'ordre que j'avois reçu et le désir que j'avois de présenter Mrs. Van der Hoop et Hodshon à l'empereur. Le comte de Stadion s'y refusoit, ne les considérant que comme des agents ou commis de maisons de commerce. Mais je lui représentai que Mr. Van der Hoop étoit le fils d'un membre distingué de l'ancien gouvernement, qui avoit été fiscal de l'amirauté, ce qui équivaut à la place de ministre de la marine , et que Mr. Hodshon , fils d'un négociant riche et fort considéré d'Amsterdam, avoit reçu du roi une croix de commandeur de l'ordre royal de Hollande , et que tous deux étoient admis à la cour, ce qui sert généralement de règle dans les présentations aux cours étrangères. Ma demande me fut accordée. Ces commissaires arrivèrent bientôt après ; je ne connoissois personnellement ni l'un ni l'autre. Je me rappellois seulement avec un vif plaisir le vieux Mr. Van der Hoop lorsqu'il étoit fiscal de l'amirauté, les bontés qu'il avoit eues alors pour moi , et l'amitié dont il m'a-

voit toujours donné des témoignages. J'offris donc mon logement à son fils, ma table à tous les deux. Ils acceptèrent ma seconde proposition. Je remarque cette circonstance , indifférente en elle-même pour une raison dont on s'appercevra dans la suite. Je les présentai à l'empereur et à la cour, mais j'eus beaucoup de peine à obtenir pour eux des conférences avec les comtes de Zichy et d'Odonnel, qui ne y ouloient , comme ministres , négocier qu'avec des ministres ; et je fus obligé de în' engager à venir assister moi-même aux entrevues, de sorte qu'ils seroient censés avoir toujours continué cette affaire avec moi. Mr. Van der Hoop me pria luimême de consentir à cet arrangement, qui étoit en sens contraire des ordres que j'avois reçus. Ces conférences n'aboutirent à rien. On cbercha d'autres canaux de communication avec des agents et des employés subalternes des finances , qui , au fond , en savoient autant que les ministres, et souvent étoient plus en état de conduire à un résultat. On n'en obtint pourtant aucun , et bientôt après la guerre éclata. Depuis , il paroit qu'on a recommencé quelques tentatives , et le jeune Hodsbonfut renvoyé à Vienne , même pendant la guerre. L'Autriche espéroit toujours [se faire accorder un nouvel emprunt à la faveur de l'ancien, en promettant quelqu' amélioration dans le payement des rentes. Mais les créanciers Hollandois ne voulurent pas bazarder le certain pour une chance fort incertaine de recouvrement, et leur sort est toujours resté le même. Seulement la valeur des billets de banque de Vienne haussoit, quand il arrivoit quelqu'événement heureux à cette puissance : valeur bien au-dessous pourtant de celle des capitaux que mon projet , je crois , eut mis autre les mains des créanciers.

Page 1