CHAPITRE XVIII
Rentrée de Madame Van Hogendorp (1809). Nomination de son mari au conseil d'état avec rang de ministre. Départ du roi pour Paris. Louis contrarie le système continental de Napoléon. Il nomme six maréchaux de Hollande. Irritation de l'empereur. Traité entre la France et la Hollande par lequel celle-ci cède la province de Zéelande. La reine Hortense. Son éloge. Mesures méticuleuses prises par Louis. L'ambassadeur de La Rochefoucault et son secrétaire Serrurier. Le roi s'établit au pavillon de Haarlem. Il nomme M. Van Hogendorp son ministre à Madrid. Opposition armée de Louis contre son frère l'empereur. Le maréchal Oudinot. Abdication du roi en faveur de son fils; il part. Le général Janssens envoyé vers l'empereur. Incorporation de la Hollande dans la France. État des esprits dans la patrie. Le Brun, duc de Plaisance, à Amsterdam en qualité de lieutenant de l'empereur. Il nomme M. Van Hogendorp président de la députation des armées de terre et de mer vers l'empereur à Paris. L'auteur pour la première fois en présence du nouveau souverain , qui ordonne son entrée dans le conseil de la Hollande. Napoléon donne son opinion sur la Hollande et ses gouvernements successifs.
A la fin de Tété de 1809 ma femme quitta Vienne, et me rejoignit avec ma famille. Comme elle étoit attachée à la cour en qualité de dame du palais , je pris une maison pour Phyver à Amsterdam. Le roi la fit pourtant inviter à venir au château du Loo. Elle s'y rendit, quoique nourrissant son enfant né à Vienne, ce qu'elle a toujours fait avec ses autres enfants. Le roi
lui demanda pourquoi je ne l'avois pas accompagné. Elle lui répondit simplement que je ne paroissois plus lui être agréable. Il affirma le contraire, parla de son estime infinie pour moi, et chargea ma femme de me mander sur le champ. J'obéis à l'invitation : il me reçut assez bien , avec cet air de bonhomie et d'amabilité qu'il savoit si bien prendre quand U le vouloit. De quoi êtes-vous mécontent? me dit-il. Je lui répondis qu'il ne m'appartenoit pas de l'être , que je ne désirois que le servir. Je n^ ai pas, U est vrai, ajoutai-je, adepte la mission de Berlin, Je ne le pouvais pas. Je me suis déjà ruiné dans les missions étrangères. Sotts la république, avant et après la révolution, on n^a jamais donné moins de vingt mille florins aux ministres en Prusse. Onze mille à Berlin ne peuvent mffire. — Le budget de Vannée prochaine a fixé ce traitement: U faut économiser; ces réductions sont indispensables. — JEUes ont été faites par Mr. Roëll; il n'a jamais été hors du pays et ne sait pas comment on est obligé de vivre dans les cours étrangères. — Mais vous n^aimezpas Mr. Roëll. — Non , Sire , je n^aime pas ces gens à vties étroites, qui ne cherchent qu'à plaire, et à garder leurs places en sacrifi<int la justice et les intérêts des autres. Le roi se mit à rire, et me dit qu'il me replaceroit au conseil d'état avec le rang de ministre. Sur cette assurance je repartis avec ma femme pour Amsterdam , où le roi arriva peu-après. Mais quel fat mon étonnement, lorsque le grand-chambeUan m'annonça que le roi venoit encore de décider que le rang de ministre ne seroit que pour les séances au conseil d'état, et non pour les entrées et les honneurs de la cour. A la première audience où j'allai, le roi, voyant que je voulois me plaindre, me dit de m' expliquer. Je lui répondis que
je ne croyois pas avoir mérité par mes services, qu'on me traitât avec aussi peu de considération.
Il m'accorda le traitement de la mission à Vienne pour le dernier trimestre de 1809, ce qui étoit juste et conforme aux règlements, puisque ma famille avoit été forcée par les circonstances d'y rester longtemps encore après mon départ. L'audience finie , j'en fis part à Mr. Roëll , qui me dit sèchement : vous vi! aurez pour^ tant pas ce tritnestre; les fonds réservés au ministère sont épuisés pour cette année. Je ne pus alors me contenir : je le traitai sans ménagement. Il voulut s'en plaindre au roi, déjà rentré dans le salon. Je lui dis que je saurois bien me défendre, et que je saisirois avec plaisir cette occasion, puisque je ne doutois pas qu'il ne fut un de ceux qui avoient cherché à me nuire dans l'esprit du roi. Sans l'intervention de Mr. Twent, alors ministre du Waterstaat, les choses fussent allées plus loin: mon indignation étoit à son comble.
Peu de temps après le roi partit pour Paris , emmenant avec lui Mr. Roëll comme son ministre des affaires étrangères: ce qui fit penser qu'il seroit question de négociations importantes. Mr. Mollerus , alors ministre des cultes , eut le portefeuille de ce dernier par intérim. J'obtins de lui le payement que je réclamois, et je passai cet hyver dans une tranquillité que je n'avois pas goûtée depuis longtemps. Je cultivai beaucoup la société de Mr. de la Rochefoucault , ambassadeur de France , qui voyoit sous le même jour que moi les rapports politiques de la France avec son gouvernement dans l'état des choses , telles qtCéUes étaient alors. Il prévoyoit que le roi, par une obstination aveugle contre son frère, se ruineroit lui-même et envelopperoit le
pays dans ses malheurs. H étoit persuadé que des hommes perfides, tout en affectant le plus grand zèle pour les intérêts du roi, rentraînoîent à dessein dans ces mesures insensées qui finiroient par lui être funestes.
Louis contrarioit le système continental de Napoléon , d'abord par la foiblesse des moyens qu'il opposoit à la contrebande, ensuite par son imprudence de permettre et de favoriser les importations clandestines que fesoient plusieurs maisons de commerce d'Amsterdam et de quelques autres villes, croyant faire par là le plus grand bien à la Hollande , comme le lui disoient les chefs de ces maisons qui savoient bien le flatter pour parvenir à leur but. C étoit le premier et le principal grief de Napoléon, qui étoit d'ailleurs irrité d'une loi que son frère avoit faite , avec le corps législatif, pour la création d'une noblesse suivant le système de la féodalité , et de la nomination de six maréchaux de Hollande. Les discussions sur tous ces points paraissent avoir été fort vives à Paris. Elles aboutirent à un traité , par lequel le roi céda la province de Zéelande à la France, et s'engagea à exécuter scrupuleusement les mesures ordonnées contre le commerce Anglois, et à recevoir des douaniers François dans tous les ports et le long des côtes du royaume. Avant même "son départ de Paris il rapporta ses deux décrets sur l'institution d'une noblesse féodale, et sur la création des six maréchaux de Hollande, qui furent obligés de reprendre les titres de généraux et d'amiraux.
Il revint apïès ces arrangements à Amsterdam, affectant au dehors le contentement mais aigri dans l'âme plus que jamais. La reine arriva peu de temps après lui , apparemment par l'ordre de l'empereur. Elle
logea au palais, mais la mésintelligence entr'elle et son époux étoit plus forte et plus à découvert qu'auparavant. Outre les quatre dames du palais, choisies par la reine, le roi pendant son absence en avoit encore nommé cinq autres des principales familles d'Amsterdam , inconnues à la reine , et qu'il avoit fait venir au Loo, pour y faire le service quand il y étoit. Ce fut à celles-là qu'il donna de préférence le service auprès de la reine. Ma femme se rendoit pourtant auprès de sa personne presque tous les soirs, et souvent le matin ; elle en étoit fort affectionnée : ce qui me permit d'apprendre beaucoup de particularités intéressantes. Ma femme avoit une conviction intime de la pureté de sa conduite , et une haute idée de ses vertus. Son amabilité ne sauroit être mise en doute; elle est connue trop généralement.
A son retour le roi me reçut assez bien , selon sa coutume , mais sans opérer aucun changement dans ma situation ; il ordonna seulement que je jouirois de cinq cents florins par mois , à dater du jour où mon traitement de Vienne avoit fini , jusqu'à celui où je serois employé de nouveau. Cette justice m'étoit due; quoique je ne possédasse plus les bonnes grâces du roi, il m'a toujours estimé ou ne m'a, dumoins, jamais témoigné ce dédain cruel, que je de vois éprouver par la suite sans l'avoir mérité.
Le roi s'étudioit à faire sentir son dépit et son ressentiment à l'ambassadeur de la Rochefoucault , en lui causant tous les petits dégoûts qu'il pouvoit imaginer, en le traitant aussi mal qu'il étoit possible de traiter le ministre de la puissance étrangère la moins amie, non celui d'une cour aussi intimement liée aux véri-
tables intérêts de la Hollande que Tétoit alors la France. Cette conduite, fruit d'un aveuglement si profond ou d'une politique si bizarre, surprît tout le corps diplomatique à Amsterdam. Un chambellan du roi , peut-être pour lui plaire, coudoya l'ambassadeur si violemment qu'il fit tomber par terre son chapeau et , quand celui-ci se retourna, balbutia quelques excuses. Mais Mr. de la Rochefoucault lui dit: Au moins, monsieur, ramas^ sez'le. Ce que fit le chambellan. Enfin, ne voyant pas de terme à l'espèce de persécution qu'il souffroit, l'ambassadeur sollicita et reçut l'ordre de revenir à Paris ; et son secrétaire, Mr. Serrurier, resta chargé des affaires. On s'attendoit que celui-ci seroit mieux traité; au contraire, le roi affecta pour lui le mépris le plus profond, ne lui adressant pas même la parole aux audiences diplomatiques, et passant devant lui sans faire semblant de le voir.
Cet état de choses ne pouvoit durer et on craignoit déjà une explosion. Le printemps commençoit à peine; le roi étoit allé au Loo et, malgré la rigueur de la saison, s'y étoit fait suivre de la reine, qui partit de là pour Paris. Le roi lui-même revint et alla occuper le pavillon de Haarlem, qu'il avoit acquis de Mr. Hope , paroissant de temps en temps à Amsterdam pour les affaires. Nous eûmes vers ce temps le malheur de perdre notre dernière fille, que ma femme nourrissoit encore. Elle en fat désolée , et le roi , dont le coeur étoit réellement sensible , prit beaucoup de part à notre douleur. Il me fit appeller et, après m' avoir dit des choses gracieuses: m^is U faut pourtant, ajouta-t-il, penser à vous donner de Voeeupation. Voulez-vous aller comme mon ministre en Espagne? — Volontiers, Sire, pourvu que vous
me mettiez en état de vous représenter dignement II me dit que le traitement de cette mission étoit fixé, sur le budget, je crois à quinze ou seize mille florins. Je lui fis observer que cette somme étoit insuffisante pour subsister à Madrid. Après avoir marchandé comme avec un Juif, il en vint à m' offrir jusqu'à vingt mille florins. A ce prix j'acceptai , avec la condition cependant que ma femme conserveroit ses honoraires de dame du palais, ce qu'il me promit. Mr. Roëll partoit pour la France sous le prétexte d'un congé pour aller prendre les eaux, mais probablement dans l'espoir de renouer à Paris des négociations secrètes. Mr. Van der Heim, ministre de la marine et des colonies , eut son portefeuille pendant son absence et me présenta au roi pour prêter serment.
Je me disposai au voyage d'Espagne : mon départ étoit prochain. Mais le ciel en avoit autrement ordonné. Les événements prirent un cours subit et inattendu, qui changea non seulement ma situation , mais encore la face entière des affaires de mon pays.
La mésintelligence entre le roi et l'empereur son frère étoit portée à son comble. Le nombre des troupes françaises dans le royaume s'accrut insensiblement; le maréchal Oudinot vint se mettre à leur tête et prit un quartier-général à TJtrecht. Je ne sais si ce fut le roi seul qui conçut la folle idée de soutenir la guerre contre Napoléon, ou si quelques-uns de ses ministres et de ses conseillers l'y poussèrent. Il y en eut certainement beaucoup qui firent tous les efforts du monde pour l'en détourner. Cependant , sur l'avis du ministre de la guerre, le général Krayenhoff, qui lui avoit persuadé qu'en mettant Amsterdam en état de défense , principalement
par rînondatîon des alentours, on pourrôit s'y tenir fort longtemps, il donna des ordres pour commencer les préparatifs et les travaux nécessaires à T exécution de ce projet. Cette conduite irrita l'empereur, qui envoya au maréchal Oudinot Tordre d'entrer dans Amsterdam, sans commettre pourtant aucune hostilité à moins qu'il n'y fat forcé par quelque résistance.
Le maréchal en instruisit le roi, qui, pour gagner du temps, lui demanda de suspendre sa marche jusqu'à l'arrivée des réponses de Paris à ses dernières dépêches; le maréchal avoit des ordres absolus et répondit qu'il ne pouvoit s^en écarter. Alors Louis prit la résotion désespérée d'abdiquer sa couronne en faveur de son fils, et d'abandonner la Hollande à son sort. Il partit du pavillon de Haarlem , dans la nuit du 2 Juin , accompagné du contre-amiral Bloys de Treslong, et du général Travers, colonel-général de sa garde, laissant une lettre pour le corps législatif, et une autre pour les ministres qu'il constitua en conseil de régence, sous la présidence de Mr. Van der Heim, jusqu'au moment où la reine viendroit prendre possession du gouvernement.
Les ministres et le corps législatif s'empressèrent d^ aller au pavillon de Haarlem complimenter le jeune prince, fils du roi Louis. Hs envoyèrent le baron de Spaen de Biljoen à la reine, et le général Janssens à l^mpereur, pour leur apprendre ce qui venoit de se passer. On prioit la reine de venir à Amsterdam se mettre à la tête de la régence.
Peu de jours avant son départ, le roi, sans doute à la réquisition de l'empereur, avoit fait suspendre les travaux de défense entrepris pour Amsterdam, et
même avoit ôté le portefeuille de là guerre au général Krayenhoff. Le maréchal Oudinot entra donc dans Amsterdam, sans éprouver le moindre obstacle ni causer la moindre commotion.
H est probable que Tempereur Napoléon savoit déjà la faite de Louis , avant l'arrivée du général Janssens. Ce dernier eut avec lui, à Rambouillet, une longue conférence, au sortir de laquelle fut signé le décret de l'incorporation de la Hollande à l'empire françois. On ne peut guères supposer que le général Janssens ait eu, ou ait pu exercer quelqu'influence sur cette détermination de l'empereur ; mais en admettant comme possible que des raisonnements solides, des représentations faites avec fermeté, eussent été de quelque poids auprès de lui, le général Janssens n'étoit pas l'homme qu'il auroit fallu envoyer; tous ceux qui le connoissent savent qu'il s'exprime fort difficilement, surtout en François , et qu'il n'a pas un caractère assez ferme pour soutenir une opinion avec quelqu'énergie , surtout contre un homme tel que l'étoit alors Napoléon. Le fait est qu'avant son arrivée l'empereur parut indécis, et qu'après sa conférence avec lui il prononça l'incorporation de la Hollande. TJn autre fait également certain, c'est que dès cet instant l'empereur conçut une grande défiance contre le général Daendels, alors gouverneur des possessions Hollandoises aux Indes Orientales, et promit, ou du moins fit espérer, cette place au général Janssens qui l'avoit toujours désirée et briguée.
Jamais la curiosité et l'attente publique n'avoient été si vivement éveillées que depuis le départ du général Janssens jusqu'à son retour.
Le voeu naturel de tous les coeurs étoît la conservation de l'existence nationale, quelque modification que dût recevoir cette existence, qui est réellement pour le peuple ce que la vie est pour l'individu. Quand la nouvelle calamiteuse de Tincorporation vint surprendre et frapper nos oreilles et nos esprits , la consternation fat universelle. Je ne crois pas qu'un seul Hollandois, quelle que fut son opinion ou son intérêt, ait senti alors de la joie. Pour moi j'en étois d'autant plus étonné, que je croyois avoir de fortes raisons de penser que la réunion n'auroit pas lieu, et que je savois que Mr. de la Rochefoucault s'étoit toujours hautement déclaré pour l'avis contraire, dans ses relations avec l'empereur. Je ne pus m' empêcher d'en témoigner ma surprise et mon chagrin au maréchal Oudinot, avec lequel j'eus une discussion assez vive. Il me représenta vainement que ce changement seroit favorable à mes intérêts particuliers et à ma fortune. Je ne pus me consoler de la perte de notre existence nationale; jamais des considérations d'intérêt privé n'ont balancé dans mon coeur mon attachement à ma patrie. Je reportois avec douleur mes yeux sur le passé ; j'avois la conviction que c'étoient nos propres fautes, nos querelles intestines, nos haines de partis , notre foiblesse de caractère , enfin le malheur d'avoir eu un roi comme Louis , qui nous avoient plongés dans l'abyme. Je voyois de l'autre part que toute idée d'opposition, de résistance, de changement, étoit également vaine et inutile, ou plutôt dangereuse pour le bien-être à conserver. L'alternative n' étoit pas douteuse : il falloit se soumettre et tâcher de tirer le meilleur parti possible des circonstances pour le bien général et pour le bien particulier.
On ne parla plus de ma mission d'Espagne et mon sort retomba dans l'incertitude. Cet état m'a toujours semblé l'un des plus désagréables de la vie.
Amsterdam ne tarda pas à voir arriver le prince architrésorier de l'empire, Le Brun, duc de Plaisance, en qualité de lieutenant de l'empereur en Hollande. La douceur de son caractère , l'aménité de ses manières et son intégrité lui valurent l'estime et l'affection générales. Il étoit chargé de recevoir le serment des armées de terre et de mer, ainsi que des principaux employés, qui restèrent provisoirement en fonction. Ce serment fat prêté sur la grande place devant le palais à Amsterdam, et en sortant de la cérémonie, après que les amiraux et les généraux eurent, d'après l'usage, reconduit chez lui le maréchal duc de Reggio, l'amiral de Winter demanda s'il ne seroit pas convenable d'envoyer à Paris une députation des armées de terre et de mer, pour présenter à l'empereur Napoléon leur soumission et leurs hommages: proposition qui fat applaudie par tous les généraux et par le maréchal. On parut seulement fort indécis sur le choix des personnes qui dévoient composer la commission. Tous se regardoient les uns les autres, désiroient en être, et n'osoient se nommer. Eh! bien, dit le maréchal, puisque vous êtes embarrassés j je vous proposerai^ si vous voulez, quelqu'un pour être le président de la commission qtCon projette. Tous y consentirent et le prièrent de nommer celui qu'il avoit en vue. A mon très grand étonnement ce fut moi. H recommanda en même temps de faire choisir par les corps respectifs les officiers qui dévoient m' accompagner , et de hâter le plus possible notre départ.
Le prince architrésorier étoit chargé de choisir une
trentaine des personnes les pins distinguées de la Hollande , pour en former . une commission civile avec le même objet. H les prit parmi ceux qui avoient été ministres , conseiUers d'état et membres du corps législatif. Le rendez-vous général étoit à Paris , où tous les députés arrivèrent dans les derniers jours de Juillet. Le 15 Août fut fixé pour Taudience où l'empereur recevroit sur son trône les hommages de ses nouveaux sujets. On choisit l'amiral Verhuell, qui avoit été jusqu'alors ambassadeur à Paris, pour le président de la commission combinée. On trouve sa harangue à l'empereur, avec les noms des députés, dans le Moniteur du 16 Août 1810. Le jour précédent, anniversaire de l'empereur, la présentation avoit eu Heu. Je le vis, là, pour la première fois de ma vie, en habits impériaux, assis sur son trône. Qui eut alors pensé qu'en moins de cinq ans ce trône seroit renversé, et que celui qui l'occupoit, prisonnier de l'Angleterre, seroit relégué par elle sur un rocher au milieu de l'Océan! Nous fûmes ensuite présentés à Sa Majesté l'impératrice Marie Louise , et invités à dîner chez le grand-maréchal du palais, Duroc, duc de Frioul.
L'empereur constitua la députation en conseil de Hollande, et lui adjoignit trois de ses ministres, celui des finances, duc de Gaete, président, celui du trésor, le comte MoUien , et celui de l'intérieur, le comte Montalivet, pour concerter ensemble les moyens de fondre l'administration HoUandoise dans celle de la France.
Comme j'étois à la tête de la commission militaire ^ on crut que je ne devois pas être membre de ce conseil, à la première séance duquel je n'assistai pas. Mais l'empereur, ayant vu la liste des membres, qui
lui fat montrée par le duc de Gaete, demanda pourquoi je n'y étois pas compris et ordonna expressément de m'y appeUer.
En général les Hollandois qui vinrent à Paris, rencontrèrent un accueil flatteur, à la cour, à la ville, citez les ministres , surtout ceux de la commission , chez le prince Berthier et le ministre de la guerre, duc de Feltre. TJn soir que nous étions invités à St. Cloud pour le spectacle, Tempereur, quand il fat fini, fit appeller dans son cabinet une douzaine des plus marquants de la députation. J' étois du nombre. Il nous parla longuement de la Hollande, de nos intérêts, de tout ce qui étoit arrivé dans ces derniers temps, enfin de la réunion. Il nous, dit, en substance , qu'il connoissoit très bien le malheur de notre situation , froissés comme nous Tétions entre l'Angleterre et la France , et toutes les pertes que nous avions essuyées depuis la révolution et par la révolution même, mais qu'il y entroit aussi beaucoup de notre faute, par la désunion et par la haine des partis; que tous nos gouvernements successifs s'étoient constamment obstinés à contrarier ses vues politiques et ses mesures contre le commerce Anglois, ce qui l'avoit décidé à nous donner un de ses frères; que le roi Louis, contre son attente, avoitfait encore pis que les gouvernements qui l'avoient précédé; qu'il n'avoit vu, enfin, d'autre moyen de mettre un terme à cet ordre de choses si opposé à ses intérêts, que d'opérer la réunion. Il adressa de courts reproches à quelques-uns de nous, qu'il croyoit être de ceux qui avoient donné de mauvais conseils à son frère et qui l'avoient excité contre lui. Il loua beaucoup Mr. Van de Poil, qui étoit présent, pour la conduite qu'il avoit
tenue dans ces derniers temps comme bonrguemaistre d'Amsterdam. Enfin il nous exhorta à nous bien entendre avec ses ministres pour effectuer la jonction de la Hollande à l'empire de la manière la plus avantageuse pour les deux pays, et il promit que de son côté il feroit tout ce qui seroit possible pour le bien-être et la prospérité de ses nouveaux sujets; quoique pour le moment il ne pût en rien se relâcher de ses rigoureuses mesures contre le commerce de l'Angleterre, puisque c'étoit le seul moyen de contraindre cette puissance à faire la paix.
Je crois que je viens de rapporter fidèlement la substance de son discours , qui fut assez long et détaillé. H y auroit eu de quoi y répondre, dans les intérêts de la Hollande et dans les siensi propres. Mais personne ne s'avisa de dire un mot, excepté quelques-uns qui se disculpèrent des conseils dangereux qu'il les suppofloit avoir donnés à son frère. Qui auroit osé dans ce temps entrer en controverse avec Napoléon!