‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 10 sur 168 · CHAPITRE 1IÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1IÏ

Voyage en Italie et en Corse.

En allant, en 1762 ,avec son régiment dans ta tille de Saint- [,(>, Da mouriez avait traversé la petite ville du Pout-Audeuier, où demeurait une de ses tantes, sœur de son père, morte depuis en 1792, à l'âge de quatre-vingt-trois aus, veuve d'un marquis de Belloy. Elle avait deux filles, qui avaient perdu leur frère , officier d'infanterie plein de courage et d'esprit. Elles étaient toutes deux fort jolies et fort bien élevées. L'alnée était aimée par le marquis de Perry de Saiul-Auvant, )ieutenant T colonel du régimentde Nouilles cavalerie , qu'elle a épousé. Dumouriez devint très -amoureux de la cadette. 11 passa son hiver chez sa tante.

Cette dame et son père, quoique frère et sœur, se haïssaient : des disputes d'intérêt, dans une succession, les avaient rendus irréconciliables. Si la haine ne réfléchit pas , l'amour réfléchit encore moins, puisqu'il travaille sur des âmes plus jeunes. Il jouissait du sentiment d'une tendresse réciproque , et de l'espoir de s'unir un jour à sa cousine. La mère, prête à marier sa fille aînée, approuvait cette intelligence, dans laquelle elle prévoyait l'espérance plus éloignée , mais presque certaine , de l'établissement de sa Cille cadette. Il n'avuitque vingt-trois ans, sa cousine en avait dix-sept: doués tous les deux d'une âme pure et tendre, ils étaient assez raisonnables pour calculer que lui, ayant mangé au service la petite portion qu'il avait héritée du bien de s;i mère , elle n'ayant à réclamer que huit à neuf cents livres de rente du bien de son père, et dépendant, pour le reste de la fortune, d'une mère très-impérieuse et très-égoïsle, la paix prête à signer allant priver son amant de son état, il ne fallait pas penser, dans un ûge aussi tendre, à se marier. Ils se promirent d'attendre qu'il eut trente ans et un état. C'était sept ou huit ans de patience à avoir, et il espérait dans cet espace, bien long pour des amants, chercher et réussir à se taire un sort.

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