‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 11 sur 168 · L1V. I. — CHAP. III · texte numérisé non relu

L1V. I. — CHAP. III

Connaissant l'aversion de sou père pour la mère ue sa maitresse, il lui avait caché sou séjour au Pont-Audemer, datant toujours ses lettres de Saint-Lô. Le régiment en partit au commencement de 1-7IÎ3, pour aller subir la réformeà Abbeville; Dumouriez obtint facilement de ses supérieurs la permission de rester encore un mois au Poni-Audemer. Ce mois allait expirer, il était prêta partir pour al 1er rejoindre son corps, lorsque son père, qui, par l'indiscret ion d'un officier, avait appris ce qui se passait, écrit à sa sœur la lettre la plus violente. 11 lui mande qu'elle est la cause de la désobéissance et des mensonges de son fils, parce qu'elle clierche à se débarrasser de ses liiles; que son fils n'a pas de bien, et va se trouver sans état; que s'il avait l'un et l'autre, elle doit bien savoir qu'il ne consentirait jamais à l'union de son lils avec une de ses filles; il ajoute, dans cette lettre incroyable de la part d'un nomme vertueux , des doutes atroces sur la conduite de ses. nièces, et il y joint un billet très-sec pour son fils, contenant l'ordre d'aller joiudre son régiment.

Sa tante, tout aussi aveuglée par sa haine que son frère, lit avec une fureur froide cette lettre à ses dem filles et à son neveu, s'en prend à lui de l'affront qu'elle vient de recevoir; et sur ce que sa fille cadette répond avec fermeté qu'elle aimera toujours son cousin et qu'elle n'aura pas d'autre mari , elle lui ordonne de se préparer à aller au couvent. On a beau lui représenter que cette démarche, à l'époque du dépari de son neveu , répandra des soupçons injustes sur la conduite de sa fille; on a beau employer des amis : personne , pas même son mari , ne peuvent la dissuader de cette démarche imprudente. Alors la fille aînée prend un parti très-noble ; elle annonce à sa mère qu'elle accompagnera sa sœur au couvent,, et qu'elle y restera jusqu'à sou mariage, qui devait peu tarder. Les deux demoiselles partent pour Caen, Dumouriez part pour Abbeville; et cette fatale lettre fait le malheur de toute une famille qui ne le méritait pas.

En écrivant l'histoire de sa vie, Dumouriez doit sacrifier à la vérité les traits qu'il se reproebe , et en faire l'aveu. Il avait été témoin de toute cette scène avec un désespoir muet; il aimait son père, il lui devait son éducation, mais il ne pouvait pas lui pardonner le malheur de sa cousiue-, qui était partie malade; il ne

pouvait se résoudre , ni à se venger sur son père , ni à bisser sa duretéimpunie;ilétait ta cause innocente dudésordrearrivé dans cette famille; il ne voyait plus aucun espoir de le réparer, puisqu'il allait perdre son état; après cette perte, il se voyait contraint à retourner dans la maison paternelle; il ne pouvait pas se déterminer à aller vivre avec i'anteur de ses maux , et à dépendre de lui. Il n'a jamais été attaché à la vie, ce qui a toujours été cause de sa tranquillité dans tous les événements qui l'ont ou menacée ou agitée douloureusement. Il pensa qu'après sa mort sa cousine, fort jeune, dégagée da ses serments, pourrait oublier une passion malheureuse, et retrouver le honneur dans mi nouvel attachement.

Quoique né avec des passions impétueuses , i) n toute sa vie raisonné toutes ses actions. Au lieu de suivre le grand chemin delà Picardie, il avait passé la Seine à un bac au-dessous de Rouen; il errait à l'aventure, côtoyant les bords de la mer. II n'y a personne qui n'ait éprouve ce que. le roulement des vagues de ce terrible élément inspire d'idées profondes et mélancoliques. Il faisait cette route à pied, suivi de son domestique conduisant ses chevaux. Rieu ne se présenta à son esprit pour combattre sa résolution désespérée. Il entre dans Dieppe, rencontre plusieurs amis , ne donne aucun signe qui puisse faire soupçonner ledessein qu'il médite, les quitte un moment, va acheter chez un apothicaire quinze grains d'opium, vient les retrouver, soupe très-tranquillement avec eux, s'enferme, écrit à son père une lettre dans laquelle il le remercie de l'éducation qu'il lut a donnée, l'assure de sa tendresse, lui dit qu'il meurt sa victime, envoie celte lettre ii la poste, se couche, et avale l'opium dans un verre d'eau.

Son sang s'agite, ses idées changent entièrement; le suicide lui paraît une action lâche et absurde; il prévoit que sa mort peut occasionner celle d'un père violent et sensible; que sa cousine ne lui survivra pas. Plein d'horreur de lui-même, condamnant comme une lâcheté cet acte de désespoir que , deux minutes auparavant, il regardait comme un acte de courage héroïque, il se lève avec fureur, arrive dans un corridor où brillait une lampe, avale toute l'huile, rend tout ce qu'il a dans l'estomac avec de violents efforts, et tombe évanoui. Au bout d'une heure ou

deux , il revient à lui, rassemble ses idées, qui étaient très-confuses , a une peine infinie à se relever, et encore plus à regagner sa chambre. Heureusement tout le monde était couché; Use remet au lit; de nouveaux vomissements et une grande sueur lui font attendre le jour avec impatience. 11 se lève, et se trouve très-faible. Il écrit à son père une lettre pleine de repentir et de vraie philosophie, et il part sur-le-champ. Heureusement que, pour ne pas désespérer sa malheureuse cousine, i! lui avait caché sa funeste résolution ; elle ne l'a sue que longtemps après.

En arrivantà Ahbeville, il apprend que son père esUrès-malade , et il se fait les reproches les plus amers et les mieux fondés. Ce malheureux père avait reçu sa seconde lettre, mais elle n'avait pas pu empêcher l'effet de la première sur un caractère aussi impétueux. Cet effet était d'autant plus violent, que, pour cacher l'action désespérée de son fils, il avait brûlé sur-le-champ cette lettre , et ne pouvait confier à personne le sujet de son noir chagrin.

Quinze jours après cet événement arrive la revue de l'inspecteur, et il va rejoindre son père, qui lui pardonne ; mais il reste entre eux un fonds de méfiance qui n'a duré que trop longtemps. Cette aventure n'a été sue que de trois amis, auxquels il avait été obligé de se confier pour l'arrangementde ses affaires. C'était encore trop. Son père ne la lui a jamais reprochée , parce que le reproche retombait sur lui-même,

Dumouriez ne rapportait de ses services, au bout de sept ans , que vingt-deux blessures , une stérile décoration , un brevet de pension de six cents livres qui n'a jamais été payée, et des dettes. 11 n'avait que vingt-quatre ans , il était sans état, sans fortune, à la charge d'un père qui n'était pas riche, mais qui était infirme, chagrin, impatient. Les lettres.de la cousine, qui supportait sa réclusion avec impatience, sa sœur venant de se marier, imprimaient dans son âme la résolution la plus forte de se faire un état indépendant, pour la délivrer. Son père était souvent à la campagne ; mais comme il avait une maison à Paris , son fils y restait presque toujours. Il s'était lié avec le célèbre Favier, le plus habile politique île l'Europe, mais qui, conservant dans un lige avancé les passions les plus impétueuses d'un hoiume de

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vinst ans et .loué d'un caractère très-caustique , s'est tait bande tous les ministres, qui le consultaient comme le plus savant homme de son siècle , et est mort pauvre , n'ayant qu une pension de six mille livres, très-i ..suffisante pour.les énormes bee ses fougueuses passions. Il a appris de lui tout ce qu il

soins G

sait en politique '.

Il avait unautre ami intimedont l'âge était pins assorti ». il se nommait Bullioud, était d'une figure charmante , et avait reçu la croix de Saint-Louis à l'âge desèize ans, pour s élrecon- 2 héroïquement à la bataille de Creveld, 11 aval, alors v.n^ deux ans Leur sort était pareil . tons deux maux deglo.re, doues

nez , e J or0aer , e , cl „dier. Ce malheureux

TiïSiïlZZ »™ condamné de, médecins pour et ..manie ™» , dails , es b „ s de son ami ,

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Bullioud est mort au printemps de son âge :

Comme «ne fleur, il n'a duré qu'un jour.

De Mars il avait le courage,

Et l'air séduisant de l'Amour.

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