‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 109 sur 168 · UV. III. — CHAP. VIII · texte numérisé non relu

UV. III. — CHAP. VIII

de Prusse Était devant Grand-Pré ; qui lui annonçait que, s'il voulait faire une jonction, il fallait qu'il fit la moitié du chemin, et que, réunis ensemble, ils iraient livrer bataille au roi de Prusse. Dumouriez, qui voulait temporiser et ruiuer les Prussiens sans se battre, se serait bien gardé de hasarder une bataille. Il dénonça au ministre de la guerre la mauvaise volonté ou au moins les indécisions de son collègue, et il exigea sévèrement qu'il lui fut donné un ordre absolu de le joindre , et de ne plus contrarier son plan de campagne

CIUPITUE VI».

Lcsenuemis forcent la Croix -aux- Bois.— Retraite du camp de Grand-ITé.

Cet ordre fut effectivement donné avec promptitude, par le ministre Servan, à Kellermann, qui se vit forcé de l'exécuter. Ce fut dans ce même temps que le général Custine, pour faire unediversion, fut détaché de l'armée d'Alsace par Biron, et se porta à Spire, Worms et Mayenne. Il aurait pu alors s'emparer de Coblentz; et s'il l'eut fait, la retraite des Prussiens aurait été ensuite fort hasardée, à moins qu'ils ne l'eussent exécutée sur-lechamp; ce à quoi ils n'auraient jamais pu se résoudre, tant leurs espérances étaient grandes et les apparences favorables.

Dumouriez écrivit lettres sur lettres pour conjurer le général Biron d'ordonner à Custîne de marcher sur Coblentz et Trêves, pour pouvoir attaquer l'ennemi en flanc et par derrière , en se rendant maître de la Moselle, ce qui d'ailleurs dégageait Thionville et couvrait le pays Messin, dont Kellermann allait nécessairement être éloigné pour quelque temps. Biron donna les ordres ; mais Custine , enorgueilli par des- succès trop faciles et trop brillants, secoua le joug de son général, lui enleva presque toutes ses forces pour se faire une armée de vingt-deax mille

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hommes, négligea Coblentz, et passa le Rhin pour aller se jeter sur Francfort, dont la conquête rompit toute communication du plan général de campagne, rompit la neutralité de l'Empire, et attira (les disgrâces, bien méritées.

L'assemblée nationale et le ministère ne calculèrent pas mieux que (Justine ; ils ne virent que l'éclat des conquêtes ; leur avarice fut séduite par l'appât des contributions ; on regarda les représentations sages du général Du mou riez comme l'effet de sa jalousie, et comme le projet de se faire une dictature militaire, en soumettant toutes les opinions à la sienne; on éleva Custine jusqu'aux nues, on lui donna carte blanche. Mais cet infortuné général a payé bien chèrement ce moment de faveur, par l'injustice et l'ingratitude de ses compatriotes.

En Flandre on eut de mauvais succès et des alarmes, qu'on rejeta encore sur les plans de Duuiouriez; mais il ne partagea point les inquiétudes populaires. Il engagea seulement le ministre à renvoyer à cette armée le général la llourdonnaye qu'on avait fait venir à Chûlons pour commander une armée, pour couvrir Paris; et il lui Ut donner le titre de général d'armée, pour lui donner plus de considération et de pouvoir.

Ce projet de former une armée à Chûlons était encore une suite de la méfiance inspirée par la terreur. On ne doutait pas plus à Paris que dans le camp prussien, que le général Dumouriezne dût être battu et pris; que le roi de Prusse ne dût passer la Marne, et que rien ne s'opposerait à sa marche sur Paris. On avait fait le projet stupïde d'enceindre la capitale et de la défendre: au lieu d'envoyer des secours aux armées qui étaient en présence de l'ennemi , on dépouillait le département du Nord de l'artillerie et des munitions, pour rassembler à Paris d'immenses moyens de défense; et on y construisait un camp retranché, pour y rassembler une armée centrale qu'on formait à Soissous et à CMlons. Heureusement que les mouvements du duc de Saxe-Tesehen vinrent rompre ce projet , qui aurait achevé de tout perdre, et que les lettres et les succès de Dumouriez et de Custiue relevèrent un peu le courage. Cest ainsi que. les plus grands obstacles et les plus grands dangers naissaient des Français eux-mêmes, et que le général était plus embarrassé descon-

LIV. III. — CHAP, VIII. 27. r > traductions de ses compatriotes que des quatre-vingt mille Allemands qu'il avait devant lui.

■ On était déjà au 13 septembre. La saison pluvieuse rendait les chemins détestables. Les Prussiens, après avoir consommé les vivres qu'ils avaient trouvés dans Longwy et Verdun, achevaient de manger ce pays, déjà épuisé par l'armée française, et étaient obligés de tirer du pays de Trêves et de Luxembourg leur subsistance. Les garnisons de Sedan, Montmédy, Thionville, Metz même, allaient leur faire une guerre terrible en coupant leurs convois. Beurnonville al Lut arriver le 14 à Retliel, a dix lieues de Grand-Pré. Kellermann allait être le 18 au plus tard à Bar, d'où rien ne pouvait empêcher sa jonction. Toutes les attaques de l'ennemi ne faisaient qu'augmenter le courage de l'armée, dont la position paraissait inforçable. La campagne semblait décidée, et le roi de Prusse allait être obligé de faire sa retraite, ne pouvant plus risquer d'entre prendre des sièges avec une armée fatiguée, mourant de faim, et dans laquelle la dyssenterie commençait à faire desTavages, lorsqu'une faute du général Dumouriez mit la France à deux doigts de sa perte , et changea la belle situation dans laquelle il se trouvait en une position trèscritique et très-dangereuse.

Il avait placé à la Croix-aux-Bois un colonel de dragons avec son régiment, deux bataillons, et quatre pièces de campagne. Cette force lui avait paru suffisante pour défendre ce passage très-difficile, d'autant plus que ce colonel lui avait mandé qu'il avait ponctuellement exécuté ses ordres , et que ses retranchements et ahalis étaient inattaquables ; qu'il les avait prolongés jusqu'à la tête du bois; qu'il avait rendu la route impraticable par des tranchées et par des puits. Ce colonel mandait qu'outre ses deux bataillons, il y avait à Vouziers un excellent bataillon de volontaires des Ardenues, un de ceux de la garnison de Longwy ; qu'en lui donnant des armes , il suflirait à la défense de cette trouée, où la cavalerie était inutile ; qu'ainsi il le priait de lui permettre de revenir au camp avec ses deux bataillons et ses deux escadrons.

■Le général , sans autre examen et avec une légèreté impardonnable , ajouta foi au rapport de ce colonel, qui avait fait la

MÉMOIRES DE DimOURIEZ.

guerre d'Amérique , et qui était d'un âge mûr, et ne paraissait pas devoir le tromper. La lettre de ce colonel est du u , et le même jour le général lui donna ordre délaisser cent hommes dans les retranchements, et de rentrer au camp avec le reste de sa division. Il donna en même temps l'ordre le plus positif au commandant de l'artillerie d'envoyer sur-le-champ six cents fusils au bataillon des Ardennes , avec cent cartouches par arme; il ordonna au commandant de ce bataillon d'aller occuper les retranchements de la Croix-aux-llois avec sa troupe et s oiiante cavaliers delà gendarmerie nationale, qui étaient en quartier à Vouziers.

Quoique la Croix-aux-Bois fût très-près de Grand-Pré, le général n'avait jamais trouvé le temps d'aller visiter ce poste important; il s'en était rapporté à la Gdélité des cartes, et c'est une première faute. Il n'y avait pas même envoyé Thouvenot, qui l'aurait parfaitement suppléé; il n'y avait point établi de batterie de canons de huit ou de douze, quoiqu'il en eut en quantité; il s'en était rapporté aux talents et a l'expérience d'un subalterne qu'il ne connaissait pas assez ; et enfin il n'avait pas attendu que le bataillon des Ardennes fût armé et eût relevé son poste , pour lui donner l'ordre de rentrer au camp , ne laissant dans des retranchements aussi importants et aussi étendus que cent hommes commandés par un capitaine.

Le poste fut doue abandonné le 13, au matin. Pour surcroît de malheur, l'officier commandant le parc d'artillerie négligea l'exécution de l'ordre, quoiqu'il fût très-précis,- et les fusils et munitions ne furent point envoyés au bataillon des Ardennes, qui resta à Vouziers en les attendant. Le général Clayrfait fut averti sur-le-champ par les espions du pays. 11 envoya le 13, à la pointe du jour, le prince Charles de Ligne attaquer les abatis. Us étaient si mal faits , que ce n'étaient que des arbres coupés et jetés en travers du chemin , sans aucune liaison , et sans que les brandies fussent à demi enterrées, et présentassent des pointes à l'ennemi.

Les Impériaux les dérangèrent très-vite , pour se faire un passage. Quant aux chemins, ils avaient été si peu gâtés , que les impériaux y passèrent facilement avec de la cavalerie et de i'artille-

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