LIV. III. — CII4P. S
1res, ut il»; vinrent de fort bonnes troupes. C'est ainsi qu'il tirait son espoir et sa consolation de la constance , de la bonne volonté et de ia confia nce de ses soldats. Il passait les nuits à leurs feux, mangeait et buvait avec eux , leur expliquait sa position et celle des Prussiens, et soutenait leur persévérance, en leur annonçant que sous peu ils verraient fuir cette armée dont on s'effrayait tant de loin. j
Un jour il reçut une lettre du ministre Servan, qui lui annonçait qu'on regardait comme une opiniâtreté coupable sa constance à tenir dans son camp de Sainte-Menehould; que les bullans couraient jusqu'aux portes de Reims, et dévastaient tout; qu'il fallaitabsolument qu'il prit un parti différent. Il manda au ministre : « Je ne changerai point mon plan pour des bousardailles. 11 y a plus de dix mille hommes a Reims, les bullans qui courent jusqu'aux portes de cette ville sont peu nombreux; qu'on coure après eux, et qu'on les- égorge. »
L'assemblée nationale prit le parti de se changer en convention , d'abolir la royauté , et de constituer la France en république. Le général fut affligé de la précipitation d'une démarche aussi extrême; mais il avait les ennemis devant lui, et, quelle que fût son opinion , ce n'était pas à lui, dans une position aussi critique , à disputer à sa nation le droit d'anéantir une constitution qu'elle s'était donnée, et de changer la forme de son gouvernement.
Il pensait, comme il pense à présent, que la constitution monarchique , telle que la première assemblée l'avait établie , valait mieux , pour une grande contrée comme la France , que l'état républicain. Mais ce n'était pas le moment de soutenir son opinion , qui aurait entraîné uns scission effroyable dans son armée, et qui aurait livré sa patrie à un roi étranger et aux princes français qui avaient pris les armes contre la constitution , et qui, cédant aux vœux de vingt mille émigrés, auraient sur-lechamp rétabli le despotisme sur les débris et de la constitution et de la république. Il était alors le seul soutien de sa patrie; Il aurait en à se reprocher de l'avoir livrée aux étrangers , mais surtout a ses concitoyens qu'il regardait comme coupables de s'être armés contre elle; et il eût commis ce crime dans le temps où il
était sûr de les chasser bientôt du territoire français, où ils venaient porter le ravage et des lois d
Il ne doutait pas que, s'il a dans sou opinion, il eût faémigrés , <ui se battre seul , < nationale. 11 ne doutait pas que la famille royale n'eût été la victime de sa déclaration. Tous les partis auraient eu un droit pareil à lut reprocher cette catastrophe , que lui-même ne se serait jamais pardounée; au lieu qu'en ayant des succès assez décisifs
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rieuse pourrait lui donner assez d'influence pour assurer les jours du roi et le rétablissement de la constitution.
Au reste , quel que fût le parti qui eût fixé les. irrésolutions qu'une circonstance aussi délicate et aussi imprévue pouvaitjeter dans son esprit, il n'aurait eu le temps de rien préparer; car le décret de la convention arriva le 23 au soir; et le 24 il avait déjà dans son camp trois commissaires de cette convention , Sillery , Carra et Prieur, qui dès le lendemain firent prêter le serinent aux troupes. Ces commissaires lut prouvèrent évidemment que cette nouvelle révolution avait été désirée par tous les départements.
Ils étaient d'ailleurs très-bien choisis pour déterminer l'armée, dans laquelle se répandirent tout de suite d'autres émissaires qu'ils avaient amenés avec eux. Sillery était éloquent, lin et séduisant '. Carra, connu par ses feuilles, avait l'éloquence de la populace; il avait été, depuis 1789, le désorganisateur des armées et le protecteur de tous les soldats en insurrection. Depuis, il avait couru tous les camps, et s'était fait aimer des troupes.
LIT. m. CHAP. X.
Prieur était un jacobin violent et extrême; il était de la Champagne, qui avait fourni beaucoup de soldats dans cette armée.
Ces trois nommes, doués d'une grande activité, arrivant à ['improviste , auraient rompu toutes les mesures qu'il aurait pu prendre dans un temps aussi court. Les Français , par la suite de leur caractère si bien dépeint par César, mais surtout depuis la révolution, adoptaient sans hésiter el avec facilité tous les partis violents et extrêmes. Ainsi l'effet dë l'arrivée des commissaires fut très-prompt, et l'armée passa de l'état constitutionnel à l'état républicain à l'unanimité, avec la rapidité d'un torrent.
Les commissaires étaient aussi chargés d'engager le général à quitter le camp de Sainte- Menehould , et à passer la Marne. Il leur représenta sa position et celle dés Prussiens; il leur prouva combien les terreurs de Paris étaient mal fondées; il les assura que si, sous huit jours, les- ennemis ne s'en allaient pas, il ferait ce qu'on désirait de lui. Ces commissaires voyaient tous les jours arriver des prisonniers et des déserteurs; ils consentirent à attendre, et six jours après ils reconnurent la vérité de ce que le général avait annoncé el promis.
Il tira un autre avantage de leur présence : ce fut de contenir Kellennann et de le rendre plus souple. Ce général a peu d'esprit,.quo!qu'il ait de la finesse. Il était mal entouré. Sou étatmajor et ses aides de camp le portaient à se séparer, pour n'être plus aux ordres de son ancien. Plus Dumouriez le ménageait, moins il pouvait lui faire suivre les mesures qu'ils concertaient ensemble. L'esprit délié de Sillcry vint au secours de Dumouriez, sans cependant opérer une entière conversion dans Kellermann, qui Gt encore bien du mal ».
• Vojei la note de la page 292 , relative an général Ht llermnnn.
MÉMOIRES DE DUMODBIEZ.