‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 120 sur 168 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Suspension d'armes. — Négociation. — Manifeste du duc de Brnnswick. — Cessation de la suspension.

La retraite de Gvaiid-Pré, la jonction de Kellermann, le combat de Valmy, les attaques manquees contre le poste des Istettes, la position du camp de Sainte-Menehould , avaient fait juger aux Prussiens qu'il leur serait difficile de iitrir la campagne de vive force. Le 22 , Kellermann fit dire au général que le général Heymann lui avait fait demander une conférence pour le colonel Manstein , adjudant général du roi de Prusse. Il se rendit sur-le-champ à Dampierre, au quartier général de Kellermann , où il trouva ce colonel avec Heymann , que le roi de Prusse avait fait général major à son service depuis sa fuite avec Bouillé. Le prétexte de cette conférence était la nécessité de faire un cartel d'échange pour les prisonniers entre les Français et les Prussiens.

Après les premiers compliments, le colonel Manstein dit à Dumouriez qu'on lui rendait justice dans l'armée prussienne ; qu'on connaissait le grand pouvoir qu'il avait sur son armée; qu'il dépendait de lui de faire finir cette guerre , et que , bien loin d'être gêné dans ses démarches , il aurait tous les secours qu'il désirerait, s'il voulait faire cesser les désordres de la France; qu'il serait le mattre de la paix , et qu'il rendrait service à sa patrie et à toute l'Europe.

Il répondit que la France n'avait point déclaré la guerre au roi de Prusse; que rien n'était plus aisé que d'avoir la paix ; que l'armée prussienne n'avait qu'à se retirer aux frontières, et rester neutre comme les autres souverains de l'Empire; que bientôt les Impériaux , livrés à eux-mêmes , et le roi de Sardaigne sans secours, chercheraient à s'accommoder : qu'ainsi la paix dépendait entièrement du roi de Prusse : que quant à ce qui se passait en France , quoiqu'il en désapprouvât une partie , ce n'était pas à lui à y remédier ; qu'il ne pouvait pas même y

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travailler, pendant qu'il était obligé de donner tous ses soins à repousser une armée aussi formidable. Il conclut par dire que , pour le moment , il fallait se borner à dresser le cartel d'échange.

On se mit à table; après dîner, la conversation devint trèsamicale. Alors le colonel Manstein , s' étant expliqué encore plus clairement , le général lui dit : Colonel , vous m'avez dit qu'on m'estimait dans l'armée prussienne : je croirais qu'il n'en est rien, si vous continuiez à me proposer (le*s choses qui me déshonoreraient. Je désire témoigner au roi de Prusse mon respect , je désire vous revoir , je désire cultiver votre amitié : ainsi ne partons plus de pareilles propositions.

Dans cette conférence , on convint que le colonel Manstein viendrait le surlendemain dîner à Saiute-Menehould citez le général. MM. de Manstein et Heymann proposèrent de faire cesser les tirailleries sur le front du camp, en spécifiant bien eux-mêmes que ce ne serait que sur le front du camp. Dumouriez convint que ces tirailleries étaient inutiles , et dès le soir la suspension d'armes fut établie sur le front des deux armées.

Dès qu'il fut rentré dons son camp , il envoya ordre au général Dubouquet, qui se trouvait en avant de Châlons, au camp de Notre-Dame de l'Épine , de marcher avec seize bataillons qu'il avait rassemblés , et deux escadrons de dragons , et de se rendre à Fresnes près de Soinmièvre> Il ordonna à Kellermann de faire avancer le général Desprez de Crassier , avec deux mille hommes d'infanterie et mille de cavalerie , sur Espense et Noirlieu. 11 fit passer sous les ordres de Frécheville , colonel d'un régiment de enasseurs , dix-huit escadrons de cavalerie légère vers Sommièvre , llerpont et Moyon , pour inquiéter le flanc droit de l'armée prussienne. Il réitéra l'ordre au lieutenant général d'Harville de s'avancer à Po nt-F a vergues , et même jusqu'à Saint-Hilaire.

Ces mouvements firent reculer le corps des émigrés, qui se replia de Suippe sur la Croix-en- Champagne. Alors le eolonel Frécheville , sûr d'être soutenu et de pouvoir toujours se replier sur le camp de Fresnes , se porta très hardiment sur les derrières de l'ennemi avec celte cavalerie, qui fit beaucoup de prises. En même temps il fit partir de Passavant le général Neuilly avec de.

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la cavalerie et de l'infanterie légère , pour tourner la forêt d'Argonne, se porter a Faucaucourt et Aulrecourt, et inquiéter la gauche et les derrières de l'ennemi.

Par une autre disposition il forma au général Beurnonvilleune avant-garde de quinze escadrons et vingt-quatre bataillons , outre les troupes légères , lui joignant le général Duval ; il les posta sur la rive droite de l'Aisne , avec ordre de s'avancer jusqu'à Sernon et Coudé , poflr inquiéter les convois qui passaient par Aubry et Grand-Champ. Il lui ordonna de faire pénétrer des hussards et de l'infanterie légère par Marque, jusqu'à l'ancien camp de Grand-Pré, au travers de la forêt. Comme aucun de ces points n'était sur le front du camp , il était en règle quant à l'armistice; et les Prussiens commencèrent à se ressentir de cette guerre faite à leurs convois. Un escadron de Lauzun-hussards traversa la forêt par un endroit où certainement jamais cheval n'avait passé, entra dans Buzancy, y hacha un convoi qu'il ne put pas emmener , et fit prisonniers quarante-sept cavaliers de son escorte. Ce genre de guerre plaisait fort aux troupes légères , qui devinrent très-riches.

Le colonel Mansteiu vint, le 24 , dîner chez le général. On. traila du cartel d'échange. Il voulut parler des émigrés : il lui fut représenté que c'étaient des Français armés contre leur patrie , faisant la guerre eu leur propre nom, avec des dénominations de troupes entièrement françaises, comme mousquetaires , gendarmes, régiment du Roi, etc. ; que ce qui les regardait ne concernait pas les Prussiens. Le colonel Manstein abandonna cette cause , et on convint d'un cartel pour les troupes prussiennes , h es s ois es et autrichiennes.

Dumouriez entama alors une discussion politique, pour prouver que le roi de Prusse se trouvait engagé dans une guerre contre son propre intérêt; que les Français combattaient avec beaucoup de répugnance contre ce monarque ; que l'alliance entre les deux peuples leur serait mutuellement avantageuse, et qu'elle était très-facile à faire. De son côté , le colonel Manstein lui dit que le roi de Prusse ne désirait pas la continuation de la guerre avec la France; qu'il ne désirait pas s'immiscer dans sa constitution ni dans son gouvernement; que ses désirs étaient

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très- modérés; et en même temps il lui remit des propositions tressages eu six articles , dont le premier portait que le roi serait délivré de prison , et qu'on lui rendrait son autorité comme il l'avait avant le 10 août.

Pour réponse, Dumouriez lui remit le bulletin qu'il venait de recevoir officiellement, qui contenait le décret qui changeait l'assemblée nationale en convention nationale, et la monarchie en république. Le colonel Manstein en parut très-affilé, et le général lui-même ne lui cacha pas qu'il était très-fâché que les choses fussent poussées à cette extrémité, d'autant plus qu'il n'y voyait pas de remède. Le colonel Manstein partit pour son camp, et on convint que le lendemain lecolonelThouvenot irait au quartier général de Hans, pour signer le cartel.

Le général , ayant appris que le roi de Prusse manquait de café et de sucre, prit la liberté de lui eu envoyer douze livres , n'en ayant pas trouvé davantage, et quelques fruits avec du pain blanc. Le présent fut reçu , mais on lui fît dire de ne pas en envoyer davantage. La plus grande cordialité s'établit entre les avant-postes des deux armées, et les Français partageaient leur pain avec les Prussiens , qui mouraient de faim. La dyssenterie faisait les plus grands ravages parmi eux ; et la mauvaise qualité des eaux et des fourrages faisait périr leurs chevaux , qu'ils écorchaient et qu'ils dévoraient. ■

Le colonel Thouvenot alla le lendemain au quartier général du roi de Prusse , où il fut très-bien reçu. Le duc de Brunswick voulut le voir , dit des l'Iiost'S obli^i-antes pour Du ni ou riez , se rappela qu'il l'avait fait prisonnier trente-deux ans avant, et qu'il l'avait vu alors fort blessé. Le marquis de I.uccbesini causa aussi avec Thouvenot, qui s'en lira avec beaucoup d'esprit, et qui a fait imprimer sa conférence '. Le colonel Manstein et le

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général Heymrmn avaient voulu engager Dumouriez à se rendre au camp prussien ; il n'avait répondu ni oui ni non. Mais il se serait bien gardé de faire une pareille démarche , non pas cju'îl craignît rpion put violer en sa personne !e droit des gens , mais parée qu'un peuple libre étant toujours soupçonneux , le général ■ doit Être très- circonspect.

Pendant que Thouvenot était au camp prussien, Dumouriez fit un mémoire dans lequel il rejetait tous les torts de la guerre sur la maison d'Autriche , et cherchait à persuader ail roi de Prusse que son intérêt était de se détacher de son alliance, nui n'était ni naturelle ni avantageuse. Il envova ce mémoire au colonel Maiistein, en le priant, pour l'intérêt des deux nations, de le faire lire au roi. Mansteinle promit, mais il mandacn même temps que ce mémoire ne ferait aucun effet, et qu'il le désapprouvait.

nation magnanime telle que In nation hâtions, et ncns en uvnns l'espoir, dis

frnnenise, conatituée en république, v Le hommes libres aont des liliaj chez uni...

duc de llruusvïicli eeasu d'insister. ■ Si nnus ne sommes Jintlua ni l'on

Il s'informa eusuitcdc In siluntinndc ni l'antre, vous tous serez affaiblis

In France et des armée,. '] houvenol nli- par dra maladies , pnr Ira désertions...

Jcrvu qn'll éliiit hum rarnrn-rc .ifjii-n-l v.i, llumii-i'h srrnut rn drsnrdrr, ïtitre

pour répondreaeeaqueations. s Tonte- voyage, infructueux; il n'en résulte™

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Dumourïez était alors de très-bonne foi l'ennemi, uou pus personnel, mais politique de la maison 'd'Autriche ; on était en guerre , et il faisait son devoir en tachant de lui enlever un allié. Peut-être que s'il eût réussi, les sanglantes catastrophes de la France n'auraient pas eu lieu ; peut-être que la paix eût été faite . la même année ; peut-être que les calamités que toute l'Europe éprouve, et celles , plus grandes encore, dont elle est menacée, eussent été effacées du livre des destins.

Le 28 au matiu , un aide de camp prussien vint s'annoncer de la part du duc de Brunswick, ot remit par son ordre au . général un manifeste. Cette, pièce était si inipérative, si dure, si déplacée^ que le général , après l'avoir lue deux fois, dit à l'aide de camp : » Monsieur , j'ai pris la liberté de faire passer un mémoire au roi de Prusse; je ne me suis point adressé à M. le duc de Brunswick : il me prend sans doute pour nu bourgmestre d'Amsterdam. Dites-lui que dès ce moment la trêve cesse, et que j'en donne l'ordre devant vous '. »

Effectivement il en donna l'ordre sur-le-champ, et cet ordre lit grand plaisir à toute l'armée. Il en'écrivit de même au colonel Manstein , et toute négociation fut rompue. Le manifeste , qui avait été composé par quelque ministre émigré, était fait et imprimé depuis deux mois; le duc de Brunswick le donnait d'autant plus mar-à propos à cette époque, que deux jours après il leva son camp pour exécuter sa retraite.

Tous ces pourparlers, toutes ces allées et venues d'officiers prussiens au camp français, d'ofllci ers français au camp prussien, n'altérèrent pas un moment la confiance de l'armée. Duiliouriez, pour la sonder, demanda un jour à ses soldats, qui faisaient toù-

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