‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 122 sur 168 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Retraite des Prussiens.

Deux jours après avoir lâché son manifeste, la nuit du 30 septembre au l 1 '' octobre, le duc de Brunswick leva son camp de la Lune, et, envoyant devant lui sa grosse artillerie et ses bagages, il ne fit qu'environ une lieue. Ce mouvement fut exécuté avec. le plus grand ordre. Dumouriez envoya sur-le-champ le général Dampierre avec une brigade d'infanterie , pour occuper" le camp de la Lune, qu'on trouva plein de cadavres d'hommes et de chevaux. Les fosses d'aisance étaient pleines de sang; de malheureux soldats y étaient tombes , et y avaient péri. Dampierre fut obligé d'abandonner aussitôt ce camp, pour ne pas infecter ses soldats de cette terrible épidémie.

Le général envoya ordre au lieutenant général d'IIarville de s'avancer très- prompte ment de Pont-fa vergues à Attigny , d'où il se dirigerait sur le Chine-Populeux avec prudence, mais cependant avec assez d'activité pour tomber sur l'arrière-garde des émigrés , qui naturellement devaient faire leur retraite par ce défilé. Il envoya nn officier en courrier par Rethel à Sedan , pour ordonner au général Miaczinski de se porter avec un fort détachement du côté de Tannay , pour les inquiéter dans leur marche sur Stenay ou Mouzon , au sortir du défilé du Chêne-Populeux. Il Ut partir sur-le-champ le général Chazot avec quatre bataillons et trois escadrons pour aller par Rethel , en forçant ses marches, prendre le commandement de Sedan, et se mettre aussitôt en campagne, avec quatre à cinq mille hommes, par la trouée de Cariguan , se concerter avec le général Ligneville pour faire le plus de mal qu'on pourrait aux Prussiens sur la route de Longwy. Il ordonna au général Dubouquet de venir de Fresnes à Virginy.

Il renforça encore de douze bataillons l'avant-garde de Beurnnnville à la droite de l'Aisne, avec ordre de harceler continuellement l'ennemi par Condé. Il ordonna au général Stengel de suivre l'arrière-garde de très-près, sans la perdre de vue; il lereu-

MÉMOIRES UK. DUUOUIUEZ,

força de toute la cavalerie légère commandée par Frêcheville, qui se porta rapidement par Rapsecourt et Hans sur Massige.

Il convint avec Kellermann qu'il pousserait la division du lieutenant général Desprez de Crassier , par la Croix-en-Champagne et Pertes, sur Manze et Morvaux ; qu'il enverrait le général Valence , avec les carabiniers , de la cavalerie et ses bataillons de grenadiers et chasseurs , prendre la gauche, du général Stengel, se dirigeant, par Ville-sur- Tourbe, sur Cliallerange et Bressy.

Il ordonna au général Dillob de tacher de s'avancer jusqu'à Clermont par les Islettes, et jusqu'à Varenues parla Chalade; de renforcer Keuilly par Passavant, pour qu'il put inquiéter la retraite sur Verdun; et dès qu'il aurait passé les défilés, de faire tout ce que l'occasion lui inspirerait pour faire le plus de mal qu'il pourrait au prince de Hohenlohe.

Les trois corps commandes par Beurnonville, SteDgel et Valence, formaient plus de vingt-eiuq mille hommes, l'élite de l'armée , conduits par les trois généraux les plus actifs : il semble qu'avec un peu d'audace , et en s'entendant bien , ils auraient pu au moins écraser l'arrière-garde des Prussiens.

Dumouriez fut obligé de rester ce jour-là au camp, pour foire les dispositions nécessaires pour un aussi grand mouvement ; car quoiqu'il s'y attendit depuis plusieurs jours, la position de l'ennemi l'avait empêché de rien préparer. Il ordonna qu'on fît relluer à Itethel et à Sedan tous les moyens de subsistance de son armée, et à Bar ceux de l'armée de Kellermanu. Il envoya un courrier à Metz, pour tenir à la disposition de Kellermann la grosse artillerie de l'armée de la Fayette, qu'il avait laissée dans cette place.

Le 2, n'apprenant rien de son avant-garde, voyant qu'on laissait retirer les Prussiens sans les inquiéter, il se porta au corps de Beurnonville , qui n'avait poussé en avant de lui que quelques détachements faibles, et qui était resté à Vienne-le- Châleau. Il n'avait aucune nouvelle de Stengel , quoique , d'après leur instruction , ils dussent se communiquer. Stengel , de son côté, avait pris des cantonnements le long de la Tourbe, et se contentait de ramasser quelques traîneurs.

Il reçut une lettre tin plaintes du lieutenant général Valence , qui , mettant plus d'ardeur et de précision dans ses mouvements, avait dépassé Massige, s'élait battu avec l'enuemi, et, n'ayant nouvelle ni de Stengel ni de Beurnonville , s'était replié. Le général perdit toute cette journée et telle du 3 à remettre l'ordre et la bonne intelligence dans cette avant-garde; il disposa tout pour attaquer Autry le lendemain, pendant qu'une colonne d'infanterie légère et de hussards, débouchant de Condé, pénétrerait par les bois dans son ancien camp. Grand-Pré était engorgé de malades et d'équipages. Il renforça de quatre bataillons le défilé de la Chalade , avec ordre au commandant de percer jusqu'à Varennes dès qu'il entendrait la canonnade du côte de Grand-Pré.

, La nuit du 3 au 4 , il reçut un billet du général Valence , avec copie de l'ordre qu'il venait de recevoir de son général Kellermann de le rejoindre. Valence mandait qu'il voyait bien qu'il y avait du malentendu , mais qu'il était forcé d'obéir, et qu'il marchait sur-le-champ. Cet ordre de Kellermann était daté de Suippe , et portait de venir l'y trouver sans délai , se dirigeant sur Chnlons, parce que , Dumouriez n'ayant plus besoin de lui , il croyait devoir se séparer, et prendre sa marche par Chàlons.

Le général fut indigné en recevant cet avis, qui achevait de sauver les Prussiens. Il n'avait rien caché à son collègue, il lui avait communiqué son mouvement; et, dans l'instant de compléter leur succès , il en était abandonné sons avoir été prê ; venu. D'ailleurs la marche de Kellermann par Suippe et Châlons élait absurde ; ses équipages étaient à Vitry , la destination qu'il indiquait était la Lorraine, son chemin était ou par Vitry ou par /levigny-aux-faches , ou par Clermont. Après une pareille défection , il n'y avait plus de ménagements à garder avec Kellermann.

Le général manda à Valence que Kellermann, ainsi que lui, étaient à'ses ordres tant que les armées étaient ensemble; qu'il lui défendait de rétrograder sur Suippe; qu'il lui ordonnait au contraire de reprendre sa position d'avant-garde à la gauche de Stengel, et de suivre les opérations indiquées. 11 lit passera Kellermann copie de l'ordre qu'il envoyait à Valence, et il char-

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gea Devaux, son aide de camp, île lui porter cette dépêche. Il envoya copie de tout aux commissaires de la convention , qui étaient à Sainte-Menehould , les priant de joindre leurs ordres aux siens, et faisant des plaintes très-vives de cette conduite inconcevable du général Kellermann.

Valence manda au général qu'il était très-embarrassé de se décider entre deux ordres aussi contraires, entre deux autorités qu'il reconnaissait également; que la plus directe pour lui était celle de Kellermann ; qu'il jugeait bien que son ordre était déplacé, mais qu'il ne pouvait pas désobéir tout à (ait; qu'il allait faire balte où il se trouvait, et qu'ayant envoyé à son général l'ordre qu'il venait de recevoir, avec ses propres représentations, il espérait qu'il ne tarderait pas à recevoir des ordres différents. Dumouriez ne put qu'approuver Valence; lui-même n'avait sauvé sa patrie qu'en désobéissant pendant toute la campagne : mais c'est une science très-délicate que celle de désobéir à propos.

Kellermann fut consterné des reproches du général Dumouriez et des sérieuses remontrances du colonel Devaux: il pleura, lit des protestations, et écrivit une lettre d'excuses Les commissaires qui arrivèrent à son camp achevèrent de troubler sa pauvre tête; il retourna à son ancien camp, et il ordonna à Valence de reprendre sa position, et d'exécuter tout'ce que lui prescrirait Dumouriez. Valence chercha par sa vïvacité-à réparer le

sur la vie militaire rtn général Kel 1er- core infiniment supérieures. Mail l)n-

mann, due de Vnlmy, rédigée sursej mouriez .'étant fait donner le comman-

nulei par M. de Hotidoui, son commis- dementen.chef des deux nrim'-M, le séné-

»atro ordonnateur, sons ce titre : Es- ni Kelïemnnn Ht obligé ii':itti ii:îr(- n i

oufi» de la carrière militaire de Fran- ordres pour je mettre en roon?enient.

çafs-ChrUlophe de Kellcrmunn , duc de ■ L'ennemi était en pleine retraite

Voimu, e(t., lSIT.Cet cerit,dans leque] dam les dernier! jours de septembre,

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