‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 127 sur 168 · LIT. III. — CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIT. III. — CHAP. XIV

position sur la leur, et il était sûr de faire manquer leur campagne en temporisant; ainsi il ne pouvait regarder leurs ouvertures que comme une preuve de leur embarras.

Les Français ont à se reprocher trois fautes. La première appartient au général Dumouriez tout seul : c'est d'avoir cru trop légèrement le rapport d'un subalterne, d'avoir dégarni de troupes le défilé de ta Croix-aux-BoU, et de l'avoir laissésurprendre par !e général Clairfayt. Elle a été réparée parce que l'ennemi n'a pas su en profiter , mais elle devait tout perdre.

La seconde est celle que Rellermann a faite le 20 septembre, en prenant son champ de bataille pour son camp; ce qui a occasionné la canonnade de Valmy, parce que le duc de Brunswick, en tardant trop de s'emparer de la hauteur de Gizaucourt , que Kellermann avait fait la seconde faute de ne pas occuper, et d'attaquer vivement le mouliu de Valmy, a perdu l'occasion de battre ce général '.

La troisième, qui appartient aux généraux de l'avant-garde, et encore plus à Kellermann, est d'avoir suivi très- mol le ment la retraite des Prussiens, et de leur avoir laissé repasser trop impunément le défilé de Grand-Pré.

Quant au surplus de la sortie du roi de Prusse du territoire français, et à l'évacuation de Verdun et Longwy, Dumouriez, qui était parti pour Paris le 12 octobre, n'y a aucune part; et comme Kellermann et Dillon ne lui en ont rendu aucun compte officiel, il n'en sait que ce qu'il a lu dans les bulletins de ce temps-là, et il eu ignore tous les détails. Mais il ne croit pas que l'armée prussienne ait été sauvée par des négociations, parce que sa retraite n'a jamais été dans le cas d'être coupée, ce qui serait arrivé si Kellermann, au lieu de rester accolé à Dillon, s'était porté derrière la Curne sur Louguyon , comme cela lui avait été expressément recommandé.

Quant à l'évacuation des places, Dumouriez l'avait calculée et prédite d'avance sur les maladies et la disette de vivres. Bien loin d'avoir pu penser à ravitailler ces deux villes, l'armée prussienne avait consommé depuis longtemps douze mille

i Voya plot baul lu Date relnUve à la bataille lia Valmy.

MÉMOIRES tiK DUMOOS1EZ.

sacs de grain qu'elle avait trouvés dans Verdun. Cette place est faible, et la garnison qu'on y aurait laissée eut été perdue. Peut-êlre le duc de Brunswick aurait-il dû lâcher de conserver Longwy, qui, étant sur l'extrême frontière, pouvait être ravitaillée et secourue en cas de siège, ou remettre cette place entre les mains des Impériaux ou dés émigrés.

Mais il sait qu'à cette époque le duché de Luxembourg elle pays de Trêves étaient épuisés; que l'importante place de Luxent bourg elle-même était sans vivres et encombrée des malades de cette malheureuse armée; que le général Ctairfayi était obligé de courir à grandes journées pour aller défendre les Pays-Bas, pendant que l'armée prussienne était obligée d'aller reprendre Francfort pour arrêter les progrès du géuéral distinct, et sauver Coulent/ et le pays de Trêves.

C'est à toutes ces circonstances réunies qu'il attribue l'évacuation de Longwy.

C'est une erreur de chercher des causes mystérieuses à des événements qui s'expliquent tout naturellement par les règles les plus simples de l'art militaire et du bon sens ; mais les hommes aiment le merveilleux. Un autre motifa donné naissances toutes ces fables. Les jacobins étaient passés de la plus grande consternation à la plus grande insolence. Ils ont cru d'abord voir arriver le roi de Prusse a Paris en conquérant. Quand la chance a tourné , ils n'ont pas douté de l'y voir amener chargé de fers. Ces scélérats croyaient qu'on prenait une armée avec autant de facilité qu'ils assassinaient un aristocrate ou un modéré dans les rues de Paris. Les l' ru d homme , les Marat ont inventé les calomnies les plus atroces et les plus stupides , et contre le roi de Prusse , et contre les généraux français. Cela exemptait de la reconnaissance envers ces derniers ; et, en inspirant à la nation des soupçons contre eux, ils diminuaient leur crédit, qui pouvait un jour s'opposer à leurs plans désorganisateurs et anarchiques.

Du mouriez venait bien certainement desauver sa patrie. De ce moment, on a cherché à le perdre. Quand les services sont trop grands , ils deviennent des crimes. La France naissante avait les vices de Rome décrépite , et ne pardonnait pas à ses généraux leurs victoires. Custine , Houehard , Biron , Brunei, ont été les.

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