‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 129 sur 168 · LIV. IV. — CBAP. I · texte numérisé non relu

LIV. IV. — CBAP. I

simples soldats. Les fédérés les entourèrent, et voulurent les massacrer. On avertit Chazot. La municipalité et les habitants réclamèrent son autorité contre ces cannibales. Il voulut les contraindre à relâcher ces malheureux ; on l'accabla d'injures , on voulut le tuer, et ces quatre infortunés furent massacrés. La municipalité dressa un procès- verbal, que le général Chazot envoya au général, avec une plainte eu règle. -. *

Il reçut cette nouvelle à Vouziers. Toute l'armée eut horreur de ce crime. Il ordonna à Beurnonville , qui passait près de Sedan pour aller en Flandre , d'environner ces deux bataillons , de les désarmer , de renvoyer leurs drapeaux à leurs sections , et d'envoyer les hommes à Paris par la maréchaussée , pour y être punis par les sections mêmes. Cependant il laissa Beurnonville maître de leur pardonner, en cas qu'ils déclarassent et qu'ils livrassent les coupables.

Beurnonville exécuta cette sentence avec autant d'esprit que de fermeté. Il alla trouver seul les bataillons , leur lut Tordre du général en chef, et leur ordonna de déposer leurs armes et leurs drapeaux. Ces malheureux tombèrent à ses genoux, fondant en larmes, reconnaissant l'énormité de leur crime, et livrèrent quarante deux coupables. Beurnonville leur pardonna, leur rendit leurs armes et leurs drapeaux , fit rentrer le bataillon de Mauconseil dans Sedan, et emmena avec lui le bataillon Républicain, qui était superbe, et qui depuis lors est devenu le bataillon de confiance du général, celui sur lequel il a toujours le plus compté, et le modèle de l'armée. Il parait qu'une aventure aussi atroce ne pouvait pas se terminer d'une manière plus heureuse. Le repentir était siucère, le crime était puni exemplairement; au moins les coupables étaient livrés et arrêtés , et on regagnait deux bons bataillons; aussi la convention et les sections de Paris furent-elles très-satisfaites.

Mais le principal coupable s'était échappé, et était sur-lechamp retourné à Paris. C'était un artiste nommé Palloy , un des vainqueurs de la Bastille, furieux jacobin, homme très-sanguinaire 1 . 11 était lieutenant colonel du bataillon Républicain. Il

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avait été porter ses plaintes à son ami Marat, dont vraisemblabtement il était l'un des agents. Aussitôt la tribune des jacobins avait retenti des plaintes contre le despotisme cruel du général Dumouriez, qui sacrifiait d'excellents citoyens, pour avoir fait un acte très-patriotique en massacrant d'infâmes émigrés. Cliazot , le district et la municipalité de Retbel, étaient gravement inculpésdansces violentes accusations. Les feuilles en furent remplies, mais on ne put déterminer ni les sections ni la convention à agir d'après ces déclamations.

Cependant les jacobins n'abandonnèrent pas cette affaire; leur comité nomma trois commissaires pour venir interroger le général. Ces commissaires étaient le monstre Marat , Eentabole et Montaut , tous les trois membres de la convention , tous les trois des scélérats furieux. Dans le moment où l'on ne pensait qu'à jouir de la fête, ils entrèrent, et demandèrent à parler au général ; on l'avertit que l'orateur était Marat , qui , le regardant avec des yeux de fureur , l'interpella pour lui demander brutalement comment il avait eu l'audace de commettre un acte de violence tyrannique contre des citoyens estimables.

Le général , le toisant avec mépris , lui répondit : Ah! c'est vous qu'on appelle Maratt Je n'ai rien à vous dire ; et il lui tourna le dos. Alors , ne connaissant pas les deux autres commissaires , il s'adressa à eux , et leur fit ou crut leur faire euten* dre raison. Ils se retirèrent, et laféte continua.

Pour achever l'histoire de cet assassinat , le général a appris , depuis qu'il a quitté la France, que Marat, devenu tyran avant que Charlotte Corday l'élevât au rang des dieux , a fait reprendre le procès des quarante-deux scélérats et de Palloy; qu'ils ont été déclarés innocents , et rétablis dans leurs bataillons comme ayant bien mérité de la patrie ; que le procès-verbal de la municipalité de Retliel a été déclaré faux et calomnieux , et que le général Chazot a été arrêté et mis en état d'accusation. Il ignore si le brave bataillon Républicain a pu se soumettre à recevoir sou indigne lieutenant-colonel et ses assassins.

nirtnut l'orthographe du inscriptions qui couvrent ces médailles donnent nus •'■transe 'née du patriotisme et surtout du «noir de leur auteur.

i*Qt,& l'éditeur.)

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