‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 13 sur 168 · T. XI · texte numérisé non relu

T. XI

MEMOIRES I)B DUMODRIF.Z.

devant Tunis. L'équipage fut sur le point de mourir de faim. On fut obligé d'aborder, les armes à la main, une pinque. napolitaine, pour avoir des vivres. Des calmes succédèrent. Enfin on aborda à Marseille au bout de trente-trois jours , sans mSts , et coulant presque bas. Kn y arrivant, il apprit, dans les premiers jours d'octobre, que le traité delà France aveu Gènes était signé depuis quinze jours, et que le comte de Marbeuf, maréchal de camp, allait commander six bataillons dans les places que la France se chargeait de garder.

Pendant son affreuse navigation, il avait rédigé en deux mémoires toute son opération , et les propositions dont il s'était chargé. Toutes ses espérances semblaient renversées. Il va trouver le fameux Houx de Corse, le plus riche et le plus célèbre armateur de .Marseille, qui avait fait la guerre de 1757 , on son nom et avec sa propre marine, à l'Angleterre. Cet homme avait un «cuie qui embrassait avec ardeur les projets les plus vastes ; îl lui développe ses plaus, et fait avec lui des marchés pour transporter en Corse désarmes, des munitions^ et des canouniers : cet armateur avait tout sous sa main. 11 consent à se payer avec des bois de construction qu'il tirera de Porto* Veccliio, même à faire le sacrifice de ses avances, pourvu que le projet réussisse. Un fait des marchés simulés sous des noms juifs d'Avignon, pour ne pas compromettre le commerce de Marseille. On convient que si le duc de Choiseul adopte le plan, sur les premières plaintes des Génois, il fera un grand éclat, donnera les prohibitions les plus sévères , et confisquera même deux ou trois barques qu'on lui désignera.

Ce point arrangé , il part dans la carriole du courrier, marché jour et nuit, et arrive le quatrième jour à Paris. Il revenait sans étal, il avait laissé ses habits et sa montre eu gage à Marseille, pour donner quelque argent aux cinq officiers qu'il avait eus jusqu'alors à sa solde. Il n'avait pas voulu, par une délicatesse trop scrupuleuse, confier ses besoins a ltoux de Corse, homme noble et généreux, .qui lui aurait prêté on donné tout ce qu'il aurait demandé. Il ne lui restait que dix louis et un peu de linge. Il se garda bien d'iiller se présenter en cet état à son père : il alla prendre un asile chez son ami Favier, qui le reçut comme son

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