LIT. I. — CHAP. III
fils. I ! lui raconta son voyage d'Italie et de Corse, sans lui confier sod plan.
Précisément Favier, lié alors avec le fameux Jean du Barry i ^ et avee mademoiselle l'Ange ou Voubernier, devenue ensuite raaîtrRsse du roi , et qui Tient d'Être guillotinée, venait d'obtenir un intérêt dans la petite armée de Corse. Les intéressés, uuiquement pour grossir leurs profits, s'étaient coalisés avec le marquis de Sorba , ministre de la république de Gènes a Paris , pour faire doubler au moins le nombre detroupes du subside. L'espoir du ministre génois était de faire changer la nature du traité de défensive en offensive, et d'engager la Frauce dans une guerre contre Paoli. Tous les entoure du due de Choiseul étaient dans ee complot, et même la duchesse de Gramont sa sœur, qui y était entraînée par une femme de chambre nommée Julie, fameuse intrigante, à laquelle le marquis de Sorba avait promis, si tout cela réussissait, de lui changer cinq cent mille francs de billets Nouelte ou du Canada, qui perdaient soixante- quinze pour cent, contre pareil le somme en bons billets sur la banque de Saint- George. C'est ainsi que se faisaientalors les affaires de la France. Le maréchal de Duras et une partie de la cour étaient intéressés dans cellede Corse.
Du mouriez arrivait fort à propos pour cette faction. On voulait couvrir cette affaire sous des prétextes spécieux de politique. Favier venait d'être chargé par la coalition défaire un mémoire, pour lequel on lui avait promis un présent de cinq cents louis. Il détailla tout ce plan à Du m ou riez, et lui promit de lui faire avoir cent louis s'il voulait fournir les matériaux du mémoire. Celuici dissimula son indignation ; ii venait traiter des intérêts tout opposés, et qui, sans compromettre la France, Lui paraissaient bien plus avantageux pour elle.
Il se rend lelendemainà Versailles, demandeune audience secrète au duc de Choiseul , l'obtient sur-le-champ , lui détaille tout son plan de république corse, et lui en démontre tous les avantages. Le ministre en est frappé, regrette d'avoir signé le traité de Gênes, et dit qu'il n'est plus temps. Dumouriez avait sa réponse toute prête.
• Choisissez entre les deux parlis que je s ous pmpose. inon-
sieur le duc. Ou exécutez votre traité qui est purement défensif; permettez que Roux de Corse nous fournisse les secours, conséquemment au marché que vous avez sous les yeux ; laissez-nous faire, nous abattrons Paoli, dont vous devez vous métier, parce que, n'ayant qu'une affaire, il vous trompera toujours facilement, et un jour vous mettra dans l'embarras; nous respecterons les places que vous tiendrez, et une fois la Corse réunie en un seul parti, nous trouverons des tempéraments pour le reste.
« Ou bien, si le traité vous gène, comme il est défensif, et par conséquent passif, je vais vous donner un moyen de ne pas l'exécuter, sans cependant le rompre. Vos troupes doivent s'embarquer le t cr novembre ; retardez leur embarquement, sans qu'on puisse vous soupçonner de le faire à dessein. Ces retards sont faciles dans une expédition maritime. Je vais retourner sur-le-champ en Corse, j'enlèverai Ajaccio, qui est une des planes nommées dans le traité : si je ne réussis pas , vous exécuterez le traité ; si je réussis, le traité sera rompu de fait, et vous direz aux Génois de remettre les choses dans l'état où elles étaient, ou de négocier surun nouveau plan. »
Le duc se rend à ces arguments, le caresse beaucoup, lui demande le secret, exige deux jours de réflexion pour se déterminer, et lui promet, dans ce terme, de prendre un parti définitif. Dumouriez retourne à Paris, et s'aperçoit, dès 1e lendemain , que l'alarme est au camp des coalisés. On se plaint des vacillalions du ministre ; on ne peut pas en comprendre la cause: on presse Favier d'achever son mémoire. Dumourie», fidèleà la fois à l'amitié et à sou plan, lui avait donné des notes; le mémoire paraît, est envoyé au duc, et il retourne le surlendemain à Versailles. Il s'aperçoit, à l'air froid et contraint du ministre, qu'il a entièrement changé d'opinion. Il juge que ce changement ne venait pas du mémoire, qui ne présentait que des motifs vagues et faibles, détruits d'avance dons sa première conférence.
Il reprend tous les raisonnements qu'il lui avait détaillés. Le duc lui répond sèchement : « Tout cela n'est qu'un tas de chimères, et je me tiendrai au traité. » Alors il lui dit qu'il en est )e maître, mais qu'au moins il ne veut pas lui laisser ignorer davantage les moyens qu'on a mis en usage pour lui faire signer