‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 131 sur 168 · LIV. IV. — ClïAP. II · texte numérisé non relu

LIV. IV. — ClïAP. II

Il avait débarrassé sa patrie des Prussiens : il eut l'espoir , en portant un grand coup à la maisou d'Autriche, de forcer ces deux puissances à désirer la paix. La France venait de subir dans son intérieur le fléau de la guerre ; il jugea qu'il était temps de la porter hors de ses frontières, et, ne voulant pas rompre la neutralité de l'Empire , il ne pouvait en établir le théâtre que dans les Pays-Bas; il comptait d'ailleurs sur les dispositions constantes des habitants.

En réussissant, il donnait à la France un allié utile dans le peuple belge ; il se procurait un moyen de faire faire la paix , de ramener en France les armées victorieuses, et d'employer leur influence à relever la constitution, par conséquent à rétablir le roi ; car dans ce voyage il n'aperçut rien qui pût lui faire craindre pour les jours de ce prince infortuné, soit qu'on ne fût occupé que de la joie de la retraite des Prussiens , soit que les deux factions ne se fussent pas encore assez violemment combattues pour regarder le malheureux Louis comme leur première victime. Marat était alors universellement haï , et n'avait pas encore acquis l'affreux ascendant qui a précipité la nation dans tous les crimes.

S'il avait pu lire dans l'avenir, il n'aurait pas balancé à fuir de sa patrie, non pas pour se joindre aux autres émigrés, et y porter le fer et la flamme , mais pour gémir sur les excès d'un grand peuple, devenu, en trois mois de temps, si dissemblable à lui-même. Il regrette de n'avoir pas passé alors en Angleterre et de là en Amérique , comme il en fit le projet; mais l'amour de la patrie et cet espoir de la sauver au dedans , comme il venait 'delà sauver au dehors, chimère dont il ne s'est que trop bercé, le retinrent; et, malgré tous ses dégoûts, il s'occupa tout entier de son objet.

Page 1