MÉHOIBKS DC DUUOUHIEZ
avait ordonné de les rassembler le 28 dans un camp sur l'extrême frontière, entre Quarouble et Quiévrain. Il ne se trouva de tentes et d'effets de campement que pour la moitié des quarante mille hommes qui composaient cette armée, qui brûlaitd'ardeur d'entrer en campagne. Le même retard causait tes mêmes embarras pour les rassemblements de Maubeuge et de Lille , quoique tout eût été prévu et arrangé pendant le séjour du général à Paris. Il attribua ce retard au changement de ministère et au renouvellement des bureaux.
Il avait un excellent commissaire-ordonnateur , nommé Malus , qui était déjà en butteaux commis de la guerre; on le traitait d'aristocrate, et on cassait tous les marchés qu'il faisait, sans eu substituer de nouveaux. Le ministre de la guerre s'occupait alors à détruire la régie des vivres de l'armée , qui en France avait été portée au point de la perfection par soixante années d'expérience, et qui, dans toutes les guerres précédentes, avait toujours assuré la subsistance des armées et les opérations des généraux. Précisément parce que c'était une ancienne institution, on l'accusait d'aristocratie ; quand même cela eût été vrai , il u'y avait pas un grand danger; il n'y avait qu'à surveiller les régisseurs.
Ils avaient rendu les plus grands services en Champagne, où , parla rapidité des mouvements imprévus, il leur eût été fort facile de faire manquer les subsistances, sans même donner prise contre eux , s'ils eussent eu dés intentions inciviques, comme on les enaccusait.Legénéralleur avait rendu un témoignage avantageux, et avait fait leur éloge dans son discours à la convention. C'était donc un corps qu'il accaparait pour sa propre utilité; il fallaitdouc le casser, pourôter ce moyen à l'ambition du nouveau César. Ainsi raisonnaient les jacobins et les bureaux , qui , dans un changement de régime , devaient trouver à gra piller.
Paclie , pour faire sa cour au peuple , s'attacha à décrier l'administration de ses prédécesseurs , et surtout de Servan , et à casser tous ses marchés , en promettant d'établir la plus stricte économie; et c'était dans le cours d'une campagne très-vive que, par cette cassation de tous les marchés, il paralysait toutes lus parties du service des armées. C'est ainsi qu'en chassant du service des armées tous les commis expérimentés pour y placer
LIT. rV. — CHAF. III.
tous les jacobins ignorants et affamés , il a fait monter les dépenses seules delà guerre à deux cents millions par mois, a réduit les armées à la plus affreuse misère , et a fait manquer les plans les mieux combinés et les plus certains.
Ces mêmes retards furent encore plus marqués pour le rassemblement de l'armée du général Valence à Givet. Il n'y trouva rien de prêt , et il fut obligé d'attendre son artillerie, ses munitions et ses chevaux de trait jusqu'au 19 novembre : ne pouvant pas se mettre en campagne , il ne put pas s'opposer au passage du général Clairfayt, qui fit sa jonction sans obstacle. Le général Durnourtez, voyant que la saison s'avançait, voulant profiter du mois de novembre qui fut superbe, crut qu'il valait mieux se passer de l'armée de Valence que de retarder sa campagne; et, décidé à commencer ses opérations dès tes premiers jours de ce mots , il fit au premier mouvement de son plan un changement.
11 ordonna à Valence, dès qu'il serait prêt, et sans attendre son artillerie de siège, de se porter rapidement par Cbarleroi sur Nivelle, pour, tourner le flanc gauche de l'ennemi, s'il voulait tenir dans la position de Bruxelles ; et comme ii calcula que ce premier mouvement de Valence coïnciderait avec le second mouvement des autres corps de l'armée , il dirigea le premier mon-.' veinent du lieutenant général d'Harvillede Haubeuge sur'Bincb, pour tourner le flanc gauche de l'ennemi dans la position de Mous , s'il s'obstinait à s'y tenir.
Il quitta Valenciennes le'28 , pour aller joindre son armée. Il avait fait une proclamation pour annoncer aux Belges que les Français entraient chez eux comme des frères et des amis; que leur dessein n'était que de les aider à assurer leur liberté ; qu'ils ne se mêleraient ni de leur gouvernement ni de leurs lois ; qu'ils les laisseraient les maîtres de se donner telle constitution qu'ils voudraient; qu'ils ne lèveraient aucune contribution, et n'exerceraient aucun acte de souveraineté et de conquête. Il envoya cette pièce à Paris; elle fut approuvée par la convention, qui alors se respectait encore elle-même. On la trouva conforme à ta Déclaration des droits de l'homme et à la constitution française, ainsi qu'a la saine politique.
MB1I0IBES DB DUKOUMEZ.
Elle fut adoptée , le général fut autorisé à la publier. Il la fit imprimer dans les deux langues , et l'envoya à ses généraux avec une instruction qui y était conforme , par laquelle il leur prescrivait, dès qu'ils entreraient dans les villes de la Belgique, d'assembler le peuple, de publier celtè proclamation, et de l'exhorter à changer sur-le-champ ses magistrats et ses administrateurs, sans cependant rien innover sur la forme des impâts et du gouvernement , ce droit résidant dans l'universalité de la nation , qui ne devait décider sur la constitution que dans une assemblée nationale, qui aurait lieu quand la Belgique serait entièrement délivrée des troupes impériales.
Ce fut à cette époque qu'il écrivit à la convention qu'il serait le 15 novembre à Bruxelles, il y est entré le 14 ; qu'il serait le 30 a Liège, il y est entré le 28. Sa campagne était calculée comme une partie d'échecs, d'après sa grande supériorité; et, sans les obstacles insurmontables qu'il a rencontrés de la part du ministre de la guerre , il aurait été le 20 à Liège , et le 30 à Cologne.
Son projet était alors de pousser vivement les Impériaux, de leur faire passer le Rhin, et de prendre ses quartiers d'hiver depuis Clèves jusqu'à Bonn ; d'envoyer Valence à Audernach pour > communiquer avec Kellermann par Coblenlz, tenant ainsi le cours du Rhin, bloquant Luxembourg par le corps d'armée d'Harville d'un côté, et par celui de Ligneville de l'autre: celte place, qui était encombrée de malades et de gros équipages, épuisée de vivres par le long séjour de l'armée prussienne , ne pouvant point en tirer du pays, qui par lui-même est stérile, ne pouvant recevoir aucun convoi de l'Allemagne , aurait été forcée à se rendre , peut-être même pendaut l'hiver, après avoir souffert la famine et des maladies , ou aurait facilement succombé à l'ouverture de la campagne. La retraite de Kellermann, qui a laissé les Prussiens maîtres de Coblenlz et de Trêves , et le prince Hohenlohe maître du Luxembourg, et les manœuvres coupables d'un ministre jacobin, ont fait manquer ce plan , qui aurait terminé la guerre.
L1V. IV. CH*P. tY.